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Le 31 octobre 2011, les Palestiniens ont vécu à Paris une journée historique. Leur État a obtenu le statut de membre à part entière à l’Unesco, l’un des principaux organes de l’ONU. Mécontents, Les États-Unis d’Amérique ont bloqué ipso facto leur financement de l’Unesco.
Le pourquoi du comment avec Gabriel Banon, ex-conseiller de Yasser Arafat.

 Gabriel Banon : «<em> C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance  le reconnaisse</em>». l’État palestinien</em>».Gabriel Banon : « C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance le reconnaisse». l’État palestinien».

Après l’admission de la Palestine à l’Unesco, en tant que membre à part entière, à quoi rime le mécontentement américain ?
Le président Obama est en pleine campagne électorale pour un deuxième mandat, et, par conséquent, il a besoin de l’appui du Congress et de tous les Démocrates. Chez ces derniers ainsi qu’au Sénat, il y a un grand nombre – ou plutôt une majorité de membres – qui soutiennent Israël. Inconditionnellement. Il est obligé de prendre une position dans cette optique d’élection même si cela peut aller à l’encontre de ses propres déclarations. Ceci, dans la mesure où le président américain a déclaré qu’il était pour un État palestinien dans les frontières de 1967. C’est une politique purement intérieure.

L’Unesco cherche-t-elle a démontrer son indépendance vis-à-vis des États-Unis ? 
Pas vraiment. La question, c’est que l’Unesco s’est retrouvée face à un blocage total. Le processus d’Oslo est mort et Netanyahou l’avait même dit en affirmant : « J’ai tué le processus d’Oslo. » Le Quartet [États-Unis, Russie, UE, ONU] s’agite beaucoup mais ne fait rien de concret. Autrement, c’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël ; et, maintenant, il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance reconnaisse l’État palestinien. Ceci dit, on savait que la situation serait sans issue. Bien que les deux tiers des États membres de l’assemblée soient pour la création d’un État palestinien. Par sa reconnaissance en tant qu’État, la Palestine a décroché une victoire diplomatique indéniable. Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné.

« Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné ».

À votre avis, où est- ce que le conflit israélo-palestinien bloque ? Qui le bloque ? 
Le processus de paix est bloqué parce que Netanyahou est prisonnier d’une fragile majorité à la Knesset. En face, il existe une minorité d’extrémistes extrêmement puissante. Netanyahou tient beaucoup à son siège : il ne faut pas oublier cela. Un vrai chef d’État aurait pris ses responsabilités quitte à perdre la fonction de Premier ministre.

Gabriel BanonGabriel Banon

Qu’est-ce que le Printemps arabe a apporté à ce conflit ? 
Là où le Printemps arabe a cartonné, c’est surtout en Égypte et aujourd’hui en Syrie. Il a changé la donne de la politique étrangère, car Israël se disait être le seul État démocratique dans un contexte arabe qui ne serait jamais ouvert à la démocratie.
Aujourd’hui, le monde arabe démontre qu’il peut changer et qu’il veut lui aussi la démocratie. D’ailleurs, à la place d’Israël, je serais content car il y ait à l’avenir des partenaires beaucoup plus fiables et bien plus puissants.
C’est grâce à l’intervention de l’Égypte, en outre, que le soldat Shalit a été libéré. Le Printemps arabe pose beaucoup de problèmes aux Israéliens, car les rapports vont inéluctablement changer.

Israël osera-t-il déclarer la guerre à l’Iran ? 
Je n’ai pas une boule de cristal, mais je ne pense pas qu’Israël attaquera l’Iran. Ceci dit, c’est toute une manœuvre en cours en Israël et dont l’objectif est de profiter du nouveau rapport de l’AIÉA [Agence internationale de l’énergie atomique] et avec pour finalité de pousser l’ONU à durcir les sanctions envers Ahmadinejad et, idéalement, de faire tomber son régime.
Des actions que je juge peu efficaces, car, justement, elles ne menacent pas l’Iran mais tentent timidement de l’étouffer petit à petit en soutenant les opposants…

Quelles sont les erreurs commises par Yasser Arafat et qui ont peut-être handicapé le processus de paix ? 
J’étais un grand partenaire d’Arafat. Il a fait des erreurs comme tout chef d’État, mais elles n’étaient pas fatales. Ses options étaient saines, objectives et constantes.
Par exemple, il a toujours pris une position courageuse en disant que les Palestiniens ne sont pas en guerre contre les juifs mais que les Palestiniens ont un différend avec les Israéliens.
Il était toujours convaincu que les deux entités pouvaient vivre ensemble. Sa politique a été, dans ce sens, claire.

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Les rencontres culturelles judéo-marocaines sont souvent l’occasion de cerner plusieurs quiproquos entre l’Islam et le Judaïsme. Rencontre avec Simon Ley, directeur du musée judéo-marocain.

«Entre les religions, la tolérance n’a jamais existé», a estimé Simon Lévy. Photo Yassine TOUMI

Organisé par la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain, en partenariat avec le Mimouna club , le 3e Colloque annuel des journées juives marocaines s’est tenu mercredi  21 septembre, à Ifrane à l’Université Al-Akhawayn et a été suivi d’un second à Casablanca, organisé jeudi, au Musée du patrimoine judéo-marocain, dans le quartier de l’Oasis. Thème du débat : « Mohamed V, un juste parmi les Nations ». Une opportunité pour la communauté juive de rendre hommage à la tolérance universaliste du sultan. D’autres sujets ont été traités, tels que la darija dans les livres juifs et l’identité israélienne. Simon Levy, en aparté, nous livre quelques unes de ses positions sur ses sujets.

Pourquoi le fait de souligner que les juifs écrivaient en darija est important ?
C’est plus important que c’en a l’air. La majorité pense que les juifs parlent uniquement hébreu, alors que ce n’est pas vrai. Les juifs parlaient et écrivaient en darija comme les Marocains musulmans. Depuis 1860, l’Alliance israélite universelle, la plus grande association française de juifs, a imposé au Maroc d’enseigner uniquement la langue française au juifs. La langue qui progresse le plus au Maroc, c’est le français, pourquoi ? Parce que l’on ne fait aucun effort pour que l’arabe soit puissant. L’arabe est simple à l’oral mais compliqué à l’écrit. C’est malheureux.

Pourquoi dites-vous que l’Histoire du Maroc n’est pas intégrale et nous n’en avons que des bribes  ?
Malheureusement, dans les écoles marocaines, on n’enseigne que les exploits et les bonnes actions des sultans qui ont gouverné le Maroc. L’histoire du Maroc n’est pas uniquement faite de cela. Il  existe bien d’autres personalités et évènements majeurs, parfois désenchantants, qui ont marqué l’Histoire du Maroc et qui ne sont pas enseignés…

Y a-t-il une crise de l’Autre au Maroc dans le domaine religieux ?
Entre les religions, la tolérance n’a jamais existé. Elles se supportent. Les religions ne s’acceptent pas, ni au Maroc ni ailleurs.
Personnellement, je pense que si les trois religions monothéistes ont un même Dieu, cela signifie que c’est une même religion. Elles n’ont pas forcément les mêmes rites   et les mêmes traditions, mais c’est la même croyance. Est-ce qu’il n’est pas temps que les théologiens reconnaissent cela ?

Que va être le sort d’Israël après une reconnaissance de l’État palestinien ?
L’État d’Israël sera plus fort après la reconnaissance de l’État Palestinien, parce qu’il aura réglé une grande partie de ses problèmes. En tout cas, c’est mon souhait. J’espère que cette année, la question de la paix va être réglée une fois pour toute. Je trouve cela ridicule qu’un homme intelligent comme Obama n’ait pas compris cela, alors qu’il s’est fait élire pour ce problème précisément. Et le monde entier lui a fait confiance …

Êtes-vous pour ou contre la réouverture de l’ambassade d’Israël au Maroc ?
Cela n’est pas un problème. C’est simplement une politique pour faire plaisir à Israël et aux USA. Est-ce qu’on avait déjà eu un problème auparavant quand elle était ouverte ? Non. Mais il faut qu’Israël elle aussi donne quelque chose en retour.
En Israël, les gens commencent à prendre conscience du Printemps arabe. Il se trouve qu’une nouvelle jeunesse est plus souple et qu’il faut ouvrir avec elle un nouveau débat en Tunisie, en égypte, en Libye… Les leaders israéliens doivent revoir leur façon de faire la politique et l’adapter au nouveau visage du monde arabe. Reprendre un mouvement et des objectifs vers la paix, je le répète : vers la paix !

Quand et qui va nominer feu Mohamed V, « un juste parmi les nations », lui qui avait refusé de mettre en œuvre la politique judéophobe du gouvernement de Vichy ?
Nous considérons feu Mohamed V comme un juste parmi les nations, c’est déjà fait. Il y a plusieurs avenues Mohamed V à Israël.

Vous avez dernièrement critiqué la suppression du mot « juif » de la nouvelle Constitution marocaine et son remplacement par le mot « hébraïque ». Pourquoi ? 
Ceux, qui ont eu honte de mettre le mot «  juif » dans la nouvelle Constitution et ont cherché à le remplacer par le mot « hébraïque », n’ont rien compris à l’Histoire. « Hébraïque » ne veut rien dire du tout dans la Constitution.ça relève de l’Histoire ; ça date d’il y a 5 000 ans.
D’un côté, le Maroc fait un pas en avant en disant qu’il faut reconnaitre l’existence des juifs au Maroc, et, de l’autre, nous n’allons pas les appeler officiellement des juifs ? Qu’est ce que cela veut dire ? C’est ridicule. Je suis heureux d’avoir des droits au Maroc. Je ne me considère pas hébreu mais juif.