Nous vivons une crise politique assidue. Nous avons tous pris –même si tard un peu- conscience de notre inconscience. Les responsabilités politiques sont entrain de « dégager » en réponse intelligible aux nombreux « DEGAGE » scandés dans les manifestations de février 2011 ou bien avant. Combien de fois avons-nous entendu cette phrase nauséabonde et migraineuse : «  je m’en fous. Lah Ghaleb. Ils sont tous des voleurs. » A ce point, nous lâchons prise, nous les marocains ? Je n’ai jamais connu de marocains qui rendent les armes ainsi ? Les boycotteurs iront se réfugier dans le temple du M20F ? Ce dernier n’est qu’un paracétamol social, un défouloir magnifique de revendications et son existence est certes inéluctable, mais en parallèle, l’acte du vote est une complémentarité nécessaire.

Si j’ai pris la décision aujourd’hui de voter, ce n’est pas parce qu’hier ou la semaine dernière mais amis USFPistes ou RNIstes ou PJDistes (ou autres) m’ont fait un lavage de cerveau ou ont essayé de me convaincre mais les raisons sont autres.

 

J’ai pris la décision de voter pour donner tort aux boycotteurs et empêcher les politiciens dépravés de décrocher encore une fois la tête du futur gouvernement. Ma décision de voter vient aussi du fait que je suis optimiste. Tout est entrain de muter vers l’amélioration. Rien au Maroc n’est plus comme auparavant. Pour la petite histoire, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais j’ai constaté durant la campagne électorale la présence d’un type de femmes voilées en jellaba, manches retroussées entrain de faire la promotion de leur parti, et ces femmes là m’ont assuré n’avoir pas touché un sou de corruption. Ces femmes là le font par amour au Pays, par amour à leur mari ou encore par éveil- tout simplement. Partout dans le monde nous assistons à des scènes de corruption dans ce genre de jeu politique… Il ne faut quand même pas chercher la perfection, encore moins vouloir agir en terme de transmutation de valeurs morales. La philosophie du marteau est entrain de s’installer petit à petit au Maroc. Il faut fustiger les dépravés et leur lancer un regard noir… ; en votant. Le RNI a un programme économique alléchant et c’est normal. Le PJD a un programme social dévoué et c’est obligé. L’USFP pour son compte a derrière lui des légendes qui peuvent à n’importe quel moment de la vie politique du Maroc ressusciter. Les autres parties ont eux aussi de l’ambition mais pas assez de communication, pas assez de conscience, pas assez de mentalité 2.0. Je vote donc par élimination. Non pas parce que je n’ai pas le choix mais par ce que j’ai un pressentiment aussi qu’il faut voter cette année là. Nous avons tous une nouvelle responsabilité qui surgit de je ne sais ou –comme l’envie de manger, de rigoler, de dormir- nous avons une envie d’être politiquement responsable. Sans le vote, aucune trace de notre action ne sera retenue. Quand on ne participe pas à un événement national, j’ai personnellement l’impression d’avoir raté une chance de me responsabiliser, de donner mon avis, de me battre contre une loi, une croyance, un circulaire…

La jeunesse marocaine fuit les urnes non seulement parce que les institutions sont dépravées, mais aussi parce que les règles du jeu politique sans dur à comprendre. La règle du jeu est tout de même simple –simpliste j’allais dire- c’est prendre une décision. Et c’est ce que j’ai fait aujourd’hui – et j’estime que ca comment par là- j’ai décidé de voter. J’estime aussi que chacun d’entre nous devrait convaincre le maximum de son entourage à voter. C’est un projet d’avenir collectif et il faut le réussir. Le boycott n’a pas de double choix. Le boycotteur va constamment avec l’idée du tous-pourris, alors que tout le monde sait que nous sommes un tantinet responsables de ce tous-pourri et c’est pourquoi il faut donner sa voix… « On n’est pas assez impliqués », me diraient certains. Et bien votez et proposons tous un nouveau contrat social. Internet au Maroc jouit d’une immense démocratie. Avouons alors qu’une grande partie de cette dernière et acquis. Avons-nous fait assez de bonnes actions avec ? « Mais je n’ai  pas envie de voter, c’est mon droit», va rétorquer un boycotteur. En s’unissant, nos votes tonifieront cette démocratie incomplète… répondrais-je. Enfin, je vote aussi pour faire de la force de notre union un énorme pas social de changement, sans violence ni baltajisme. Je vote car plus on vote et plus notre pouvoir est légitime. Je vote car plus on vote et plus nous mettrons de la pression positive sur nos élus que nous avons-nous même choisi, pour une fois. Je vote, oui,  mais si on continu dans la même trajectoire de la dépravation, c’est la première et la dernière fois que je vote, ce vendredi 25 Novembre 2011.


Le 31 octobre 2011, les Palestiniens ont vécu à Paris une journée historique. Leur État a obtenu le statut de membre à part entière à l’Unesco, l’un des principaux organes de l’ONU. Mécontents, Les États-Unis d’Amérique ont bloqué ipso facto leur financement de l’Unesco.
Le pourquoi du comment avec Gabriel Banon, ex-conseiller de Yasser Arafat.

 Gabriel Banon : «<em> C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance  le reconnaisse</em>». l’État palestinien</em>».Gabriel Banon : « C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance le reconnaisse». l’État palestinien».

Après l’admission de la Palestine à l’Unesco, en tant que membre à part entière, à quoi rime le mécontentement américain ?
Le président Obama est en pleine campagne électorale pour un deuxième mandat, et, par conséquent, il a besoin de l’appui du Congress et de tous les Démocrates. Chez ces derniers ainsi qu’au Sénat, il y a un grand nombre – ou plutôt une majorité de membres – qui soutiennent Israël. Inconditionnellement. Il est obligé de prendre une position dans cette optique d’élection même si cela peut aller à l’encontre de ses propres déclarations. Ceci, dans la mesure où le président américain a déclaré qu’il était pour un État palestinien dans les frontières de 1967. C’est une politique purement intérieure.

L’Unesco cherche-t-elle a démontrer son indépendance vis-à-vis des États-Unis ? 
Pas vraiment. La question, c’est que l’Unesco s’est retrouvée face à un blocage total. Le processus d’Oslo est mort et Netanyahou l’avait même dit en affirmant : « J’ai tué le processus d’Oslo. » Le Quartet [États-Unis, Russie, UE, ONU] s’agite beaucoup mais ne fait rien de concret. Autrement, c’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël ; et, maintenant, il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance reconnaisse l’État palestinien. Ceci dit, on savait que la situation serait sans issue. Bien que les deux tiers des États membres de l’assemblée soient pour la création d’un État palestinien. Par sa reconnaissance en tant qu’État, la Palestine a décroché une victoire diplomatique indéniable. Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné.

« Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné ».

À votre avis, où est- ce que le conflit israélo-palestinien bloque ? Qui le bloque ? 
Le processus de paix est bloqué parce que Netanyahou est prisonnier d’une fragile majorité à la Knesset. En face, il existe une minorité d’extrémistes extrêmement puissante. Netanyahou tient beaucoup à son siège : il ne faut pas oublier cela. Un vrai chef d’État aurait pris ses responsabilités quitte à perdre la fonction de Premier ministre.

Gabriel BanonGabriel Banon

Qu’est-ce que le Printemps arabe a apporté à ce conflit ? 
Là où le Printemps arabe a cartonné, c’est surtout en Égypte et aujourd’hui en Syrie. Il a changé la donne de la politique étrangère, car Israël se disait être le seul État démocratique dans un contexte arabe qui ne serait jamais ouvert à la démocratie.
Aujourd’hui, le monde arabe démontre qu’il peut changer et qu’il veut lui aussi la démocratie. D’ailleurs, à la place d’Israël, je serais content car il y ait à l’avenir des partenaires beaucoup plus fiables et bien plus puissants.
C’est grâce à l’intervention de l’Égypte, en outre, que le soldat Shalit a été libéré. Le Printemps arabe pose beaucoup de problèmes aux Israéliens, car les rapports vont inéluctablement changer.

Israël osera-t-il déclarer la guerre à l’Iran ? 
Je n’ai pas une boule de cristal, mais je ne pense pas qu’Israël attaquera l’Iran. Ceci dit, c’est toute une manœuvre en cours en Israël et dont l’objectif est de profiter du nouveau rapport de l’AIÉA [Agence internationale de l’énergie atomique] et avec pour finalité de pousser l’ONU à durcir les sanctions envers Ahmadinejad et, idéalement, de faire tomber son régime.
Des actions que je juge peu efficaces, car, justement, elles ne menacent pas l’Iran mais tentent timidement de l’étouffer petit à petit en soutenant les opposants…

Quelles sont les erreurs commises par Yasser Arafat et qui ont peut-être handicapé le processus de paix ? 
J’étais un grand partenaire d’Arafat. Il a fait des erreurs comme tout chef d’État, mais elles n’étaient pas fatales. Ses options étaient saines, objectives et constantes.
Par exemple, il a toujours pris une position courageuse en disant que les Palestiniens ne sont pas en guerre contre les juifs mais que les Palestiniens ont un différend avec les Israéliens.
Il était toujours convaincu que les deux entités pouvaient vivre ensemble. Sa politique a été, dans ce sens, claire.


Sous le thème « Sensibiliser et prévenir la pneumonie », les laboratoires Pfizer ont organisé une conférence de presse à l’occasion de la Journée mondiale de la pneumonie, lundi dernier à Casablanca. L’objectif de la conférence était de mettre en exergue cette maladie. Plusieurs spécialistes  sont intervenus lors de cette rencontre. Parmi eux, le Professeur Mohamed Tawfik El Fassi Fihri, chef de service de  pneumologie à l’hôpital Ibn Sina, à Rabat.

 

Mohamed Tawfik El Fassi Fihri, chef de service de  pneumologie à l’hôpital Ibn Sina, à Rabat.   Photo Yassine TOUMI

Mohamed Tawfik El Fassi Fihri, chef de service de pneumologie à l’hôpital Ibn Sina, à Rabat. Photo Yassine TOUMI

Le vaccin est disponible

« La pneumonie est  dû à un microbe qui touche les poumons. Il y a les pneumonies virales et bactériennes. Ces dernières se traitent par des antibiotiques, mais les virales peuvent s’aggraver sans traitement antibiotique», explique le Professeur. Cette maladie atteint surtout les âges sensibles : les moins de 5 ans et les plus de 60 ans. Pour ce qui est de la prévention, le Professeur met l’accent sur une hygiène impeccable, pas uniquement pendant les périodes épidémiques, mais quotidiennement. Un état nutritionnel satisfaisant et une amélioration des facteurs environnementaux sont eux aussi à prendre en considération. « Si on fait cela, c’est déjà un mur assez puissant contre la maladie.

De plus, il y a le vaccin maintenant». L’anti-peumococique 13-Valents répond aux critères des autorités de santé et est mis gratuitement à disposition des enfants dans tous les dispensaires de santé. Pour ce qui est de la prise en charge, « elle se fait selon le profil du patient. Chacun a droit à un traitement diffèrent, car la maladie engendre des conséquences qui diffèrent d’une personne à une autre », précise El Fassi Fihri. Le hic est qu’il n’y a pas d’association au Maroc qui lutte contre la pneumonie. «

Et le secteur de la santé n’est pas encore conscient de la gravité de cette maladie », révèle le médecin. En ce qui concerne la recherche et le développement, le professeur, avoue que « la pneumonie n’a jamais été un axe de recherche prioritaire et qu’il y a d’autres créneaux qui sont plus encouragés… » .

Pas assez de R&D …

Côté financement, le professeur résume cela en quelques mots : « l’argent est le nerf de la guerre. Si on arrive à prouver à nos décideurs qu’il est moins cher de prévenir que de guérir, l’argent nous parviendra ». Le diagnostic reste lui aussi un des problèmes que rencontre la lutte contre la pneumonie au Maroc. Rappelons que cette maladie est la première cause de mortalité infantile dans le monde chez les  enfants de moins de 5 ans et que dans le monde arabe. Le Maroc enregistre, tout comme l’Algérie, 14% de décès d’enfant de moins de 5 ans à cause de cette maladie.◆


Derrière son regard dévoué, sa voix raffinée et son sourire d’enfant, Amina Slaoui cache une crainte, celle de ne pas être soutenue jusqu’au bout dans son combat de tous les jours : la protection des personnes handicapées. Rencontre.

Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH. Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH.

Lors du dernier Tedx, organisé le week-end dernier à Casablanca, elle a ébloui une assistance venue nombreuse l’écouter parler de la nécessite de casser les frontières, quelle qu’en soit la nature. Sa modestie et son courage sont connus de tous. C’est donc tout naturellement qu’Amina Slaoui arrive à convaincre et à susciter l’intérêt chez son auditoire. En fait, elle revient de loin.
La vice-présidente de l’Association marocaine des handicapés (AMH), Amina Slaoui, a perdu la motricité de ses membres inférieurs quand elle était plus jeune à la suite d’un malheureux accident de bicyclette.

Aujourd’hui sur un fauteuil roulant, elle est animée d’un militantisme passionné. « L’AMH a été créée par des personnes handicapées et des sympathisants en 1992. C’est une association de soutien aux handicapés et en même temps de service et de développement », nous apprend Amina. Comptant près de 25 000 membres, l’AMH soutient les personnes handicapées en mettant à leur disposition des appareillages, notamment les fauteuils roulants, en leur facilitant l’accès aux soins et en les accompagnant pour la recherche d’emploi.

Le difficile accès au soins

Elle leur apporte aussi  une assistance administrative et juridique. De plus, « on construit nous même des centres de rééducation. Le premier centre est déjà opérationnel à Bouskoura et s’appelle Annour. Un deuxième va prochainement ouvrir ses portes à Casablanca », précise Amina.

Interrogé sur le nombre de handicapés au Maroc, Amina dit ne pas trop faire confiance aux chiffres officiels. « On dit qu’il y a environ 1,5 million de handicapés au Maroc, mais je pense que le chiffre le plus exact tournerait autour de 10 % de la population, soit facilement le double des statistiques officielles, comme le confirme l’OMS », révèle-t-elle. Une catégorie qui vit parfois dans le rejet et l’exclusion sociale quasi totale. « Les handicapés n’ont pas tous accès aux soins nécessaires. Pour ce qui est de l’assurance maladie obligatoire AMO, j’avoue qu’il y a aujourd’hui une couverture sociale plus large, mais la plupart de nos adhérents n’ont pas accès à cette dernière, alors que les soins et la rééducation coûtent cher et que ce sont les personnes handicapées issues de milieux défavorisés qui en ont le plus besoin… », s’indigne Amina.

Des lois et des barrages

Autre dada de l’AMH : l’accessibilité des personnes à mobilité réduite aux lieux publics. « L’accessibilité est une bataille pour nous. Ce n’est pas l’état de nos corps qui limite nos actes mais c’est les barrières qui nous excluent. Ces barrières sont érigées par l’environnement, qui fait barrage à notre libre circulation et notre indépendance. Au lieu d’avoir de l’assistance pour monter les escaliers ou aller aux toilettes, l’État se doit de nous y faciliter l’accès », explique Slaoui.

La situation est effectivement embarrassante. Et pour le handicapé, et pour la personne qui l’assiste. « On se sent très frustrés vis-à-vis de ce problème d’accessibilité. Cela fait 20 ans qu’on se bat pour cela, et il existe même une loi qui est censée consacrer des espaces aux personnes à motricité réduite.  Mais elle n’est pas appliquée malheureusement. C’est pourquoi on trouve des trottoirs trop élevés pour nos fauteuils roulants ou des moyens de transport qui s’en fichent des handicapés et de leurs limites de déplacement. Il y a encore un grand chemin à faire ! », enchaîne-t-elle.

La vérité est dure à entendre, mais Amina n’arrête pas de marteler « Les marocains vivent très mal leur handicap. Parce qu’ils ne sont pas insérés, parce qu’ils ne vont pas à l’école, parce qu’ils n’ont pas d’emploi, pas de logement et pas de moyens de transport adaptés. En attendant, c’est la famille qui supporte un handicap chaque jour plus lourd qu’à porter. Ajoutons à cela le regard des autres, tout simplement insupportable. En 20 ans, cela a un peu changé, mais les handicapés ne sont pas toujours traités comme des citoyens à part entière».

Autofinancement oblige

Autant dire que les militants de l’AMH se sentent seuls dans leur combat. Et hormis une aide de l’Union européenne basée sur des projets ponctuels et des  fonds alloués par la Fondation Mohammed-V pour la solidarité, l’AMH n’a d’autre choix que de s’autofinancer. « Le ministère de la Santé n’accorde aucune aide à l’association. Mais nous ne sommes pas dans cette logique de demandeurs d’aide. On veut être indépendant et autonome. Quand on veut organiser des événements ponctuels ou faire des achats de fauteuils ou autres matériels d’assistance, on organise une soirée et on collecte un peu d’argent », explique Amina. Et d’émettre un regret. « Ce que je trouve regrettable, c’est qu’avec toute l’énergie et l’effort que nous fournissons, les résultats ne sont pas à la hauteur. Personne ne prend la relève. Rares sont ceux qui font un geste pour nous aider. C’est cela le handicap pour moi ».

Après un long soupir, elle nous révèle une définition magistrale : « C’est le résultat de l’interaction entre nos limites, d’un côté, et les barrières que dresse la société, de l’autre », conclut-elle. La marche ne s’arrête pas pour autant.


Fondateur d’AB-CB (Amine Bendriouich Culture & Bullshit), Amine Bendriouich, 25 ans, compte déjà un prix, le Créateurope, qu’il a décroché à Berlin en 2009, et, surtout, une vision unique de l’habit. Dans cet entretien, il nous apporte son regard sur la manière dont nous, Marocains, nous habillons. Un moment de pure vérité.

Amine Bendriouich : «<em> Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne .</em>»  Photo FRANK SCHOEPGENSAmine Bendriouich : « Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne .» Photo FRANK SCHOEPGENS

Quel regard portez-vous, en tant que styliste, sur la manière de s’habiller des Marocains ? 
Ça dépend. Je n’aime pas les généralités, mais il me semble que l’on a beaucoup perdu de la classe que l’on avait. Aujourd’hui, on est entré dans une standardisation de l’aspect vestimentaire. C’est comme si nous étions tous invités à une soirée et on nous a demandé de suivre le même dress code. Tous les hommes sont en chemises blanches ou polo et un jean ,et les femmes aussi, même si elles osent un peu plus.
Il reste encore beaucoup d’effort à faire, notamment sur le plan de l’imagination.

Pourquoi y a-t-il encore ceux qui ne savent pas marier les couleurs ou avoir un goût vestimentaire propre à eux ? 
Les gens qui ont un style distingué ne s’affichent justement pas beaucoup au Maroc, à cause du regard de l’autre, de la société qui les juge. Mais la donne change. Petit à petit, on commence à s’assumer et s’accepter comme on est. Certains préfèrent se montrer même si leur aspect vestimentaire est jugé saugrenu.

Sommes-nous des fashion victims ? 
On peut dire que nous le sommes; c’est péjoratif comme notion. Quand certains jeunes veulent briser les limites de leur paraître, ils cherchent à imiter le style des mannequins qui posent pour les magazines, ou bien ils achètent des tenues et accessoires vues dans des soirées ou des séries télévisées.

À votre avis, de qui s’inspire la majorité des Marocains pour s’habiller ?
Malheureusement, nombre de gens s’inspirent des séries pourries et traduites en darija qui passent à la télévision. D’autres s’inspirent de leurs amis qui ont fait le choix d’un style qui les arrange.
En général – et ce qui est déjà un grand pas –, la communauté de la mode que nous avons ici au Maroc s’est inspirée des styles des genres de musiques internationales tels que le rock, le hip hop, le punk, etc. Nous restons, encore une fois, otages de l’ostentatoire et du spectacle. Et nous oublions que notre culture est aussi riche en sources d’inspiration. Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne. C’est ce que l’on n’a pas encore exploité.

«On est rentré dans une standardisation vestimentaire. C’est comme si nous étions tous invités à une soirée et que l’on nous ait demandé de suivre le même dress code».

Existe-t-il des coachs pour l’image au Maroc, de façon à aider les gens à améliorer leur manière de se vêtir ? 
Pas vraiment, et c’est tant mieux. Les coachs n’ont rien à nous enseigner sauf, peut-être, une manière de se voir et de se présenter dans la société. Avec toutes les limites de la démarche. J’essaye moi-même de comprendre pourquoi ce style serait meilleur que l’autre. Je peux à la limite donner des conseils, mais le plus important pour moi, c’est que chacun doit s’habiller de la manière dans laquelle il se sent le plus à l’aise.
Le style ou la tendance du moment obsède les gens, et c’est pourquoi il ne faut pas les suivre d’une manière irréfléchie. Être soi-même, c’est chic.

Vos créations s’inspirent de l’univers urbain. Pensez-vous que les Marocains accepteraient des styles nouveaux. Qu’est-ce que cela signifie au juste ?
Notre société est de plus en plus urbaine. À un certain moment, il faut commencer à assumer cela. Je ne peux pas dire mieux que le naturaliste français Georges-Louis Leclerc de Buffon : « Le style est l’Homme même ». Hassan II, lui aussi, comprenait très bien cette phrase.
Il existe des gens qui portent un sac de patates et que l’on trouve extraordinaires. D’autres peuvent porter les costumes et les robes les plus in du moment, et ils vont avoir l’air de rien.
Pour moi, le vêtement est l’accessoire de l’attitude. Et c’est l’attitude qui dit au monde qui nous sommes.


Organisée autour du thème « Explorer les frontières », la deuxième édition de TEDx Casablanca se voulait un moyen de redéfinir les barrières entre politique et économie, sphère privée et publique et même la vie et (le droit à) la mort. Compte-rendu.

Abdelhadi Tazi, ex conseiller de feu Hassan II et ancien historien du Royaume.  Photo Brahim TAOUGARAbdelhadi Tazi, ex conseiller de feu Hassan II et ancien historien du Royaume. Photo Brahim TAOUGAR

Aux Etats-Unis, l’événement, vieux de 25 ans, est considéré comme un des plus grands rendez-vous d’intellectuels. Le concept a émergé pour la première fois à Monterrey en Californie. Depuis, TED (Technology Entertainment Design), et connaissant un succès chaque fois plus grand, s’est développé dans le monde entier, traitant de  divers sujets, du moment comme d’ordre philosophique. Samedi, Le TEDx Casablanca en était à sa deuxième édition. « La 1ère édition TEDx Casablanca s’est tenue en septembre 2010 et a été la déclinaison du concept américain au Maroc et c’était aussi la première dans le Maghreb et elle avait coïncidé avec celle de TEDx Carthage en Tunisie ».

« La seule frontière qui reste, c’est l’univers que nous n’avons pas totalement exploré et nos convictions qui nous enchaînent ».
Fadhila Brahimi, coach.

C’est avec un amour paternel que Réda El Ourouba, l’un des initiateurs et organisateur du TEDx Casablanca, nous a  parlé, samedi, de cette dernière. Pour lui, le rassemblement est un « spectacle »  d’idées et de partage. « Avec tout le cœur que les huit  membres de notre équipe mettent à l’ouvrage, nous comptons faire de cet événement une rencontre de qualité ». Hormis le TEDx Casablanca, TEDx est passé par Al Akhawayn, Rabat, Agadir. Des cycles TEDx sont aussi en préparation à Kénitra et  à Tanger ainsi qu’au niveau de tout le réseau des écoles ISCAE. Pour Réda, la spécificité du TEDx Casablanca du samedi se résume en deux points «  Il est le cinquième en terme de notoriété dans la région MENA et nous sommes les premiers en termes d’audience au Maghreb », explique-t-il. Si TEDx Casablanca 2010 avait comme thème «Cinq qualités qui font échouer à l’école mais réussir dans la vie», celui de cette année a été plus bref mais plus pertinent : Explorer les frontières. « On entend dire que les marchés surveillent l’évolution politique future de pays comme l’Espagne et on se pose donc la question fatidique: quelles frontières y a-t-il, par exemple, entre l’économie et la politique ? La France, pays laïc, vit des débats houleux sur sur la religion, alors on se demande quelles frontières il y a entre la sphère privée et publique du religieux? Certains personnes veulent s’euthanasier… Y a-t-il une frontière entre  vie et  mort ? Le concept doit être redéfini. C’est cela le but. », nous résume Réda.

                                                                          Reda El Ourouba, l’un des initiateur du TEDx Casablanca

La fin des frontières

Cette phrase, tous les invités TEDx Casablanca l’on répétée samedi, mais c’est Fadhila Brahimi, fille de parents algériens, mais surtout coach et initiatrice du concept de Personnel Branding en France qui a déclenché des applaudissements quand elle l’a annoncé en premier. « La seule frontière qui reste, c’est l’univers que nous n’avons pas totalement exploré et nos convictions qui nous enchaînent », explique Fadhila. Cette dernière se définit en tant qu’exploratrice, car « nous ne devons pas oublier que nous le sommes tous par nature… ». Pour explorer les frontières, Fadhila juge que nous manquons de courage et qu’il faut passer par des étapes : « Se protéger, avoir de l’empathie mais aussi porter de l’intérêt aux autres… », dit-elle. Le message féministe le plus fort, c’est elle qui le transmet. « La femme aujourd’hui a ce don de nous montrer comment nous pouvons vivre ensemble malgré toutes nos différences ! », martèle-t-elle.

De la religion et du handicap

Si TEDx Casablanca est une rencontre d’idées, aucune limite ne devrait être tenue contre les discours théologiques. C’était en tout cas la conviction de deux des intervenants de cet événement, Hamza Aboulfeth, président de la société d’hébergement web, Genious Communication et Abdelhadi Tazi, historien du Royaume et conseiller de Feu Hassan II. « Je ne veux pas sombrer dans le prosélytisme, mais Dieu TED ! , témoigne Hamza avec humour, en parlant des frontières célestes et terrestres. Il t’aide si tu l’implores, mais à côté, il faut travailler dur. » De sa part, l’historien évoque une citation duProphète qui a ému l’audience : « le messager de Dieu a dit : faites attention! Nous sommes, tout un chacun, responsables et maîtres de nos actes… ». Mais, pour Amina Slaoui, présidente de l’Association marocaine des handicapés et Adil Fakir, directeur de la régie publicitaire de la SNRT, la vraie croyance c’est de croire en soi quelle que soit notre perception des choses. « Il faut rejeter le statu quo. Nous avons le pouvoir de dire non ! », constate Adil. Amina Slaoui a de son côté franchi une énorme limite : « J’ai dépassé les frontières de la mort et de la peur après mon accident à vélo », raconte-t-elle.

Samedi, TEDx Casablanca avait consacré beaucoup de surprises aux invités. L’une des plus belles fût, le surpassement d’une frontière virtuelle anonyme : @CitizenKayen , un grand actif de la twittoma qui n’est personne d’autre que… Adel Fakir !


Une liste de sites marocains aurait été piratée par des hackers algériens. L’opération aurait été menée en réponse à une attaque hacktiviste marocaine contre plusieurs sites gouvernementaux algériens.

Hackers
Dimanche (06 novembre 2011) , des hacktivistes marocains auraient piraté des sites gouvernementaux et financiers algériens parmi lesquels figurent ceux  de la Direction générale des impôts, le ministère de l’Énergie et des Mines, la Direction des grandes entreprises, la Wilaya, le site du foncier économique algérien ou encore le Ministère de l’Industrie algérien, d’après le site algérien « Tout sur l’Algérie » (TSA). «174 sites ont été piratés par des hackers algériens», a indiqué mardi un des hackers dans un message adressé au site algérien TSA. Mais, en visitant cette liste exagérée « où les noms des sites sont répétés plus de deux fois », comme le fait remarquer un internaute marocain, seuls une dizaine de sites marocains auraient succombé aux coups de l’attaque cybercriminelle algérienne. Jusqu’à hier, tous les sites marocains de ladite liste étaient opérationnels, hormis innovate.ma et buzznbuzz.net.

Des messages flous, mais haineux

Les hacktivistes algériens, durant ces derniers jours, n’ont pas lésiné sur les messages de haine qu’on pouvait lire mardi sur les sites marocains piratés : « F*** triple Hack », ou encore «En réponse à un groupe de marocains idiots ». Du côté marocain, le verbe a été moins vulgaire mais plus populiste. L’occasion prétexte aurait été la fête de la Marche verte, célébrée dimanche.

Les sites marocains hackés comporttaient des messages insultants.Les sites marocains hackés comporttaient des messages insultants.

Sur un arrière-plan noir, avec la musique de l’hymne national comme fond sonore, les hacktivistes marocains ont laissé le message « Les forces de dissuasion marocaines défendent les intérêts suprêmes du Royaume » sur le site de la Direction générale des impôts algérienne. Signant leur « exploit » par Xdz-Team, ces hacktivistes marocains affichent leur royalisme par d’autres messages comme « Dieu, la Patrie et le Roi » et « Le Sahara est marocain, n’en déplaise aux Algériens ».

Ce qui reste flou dans cette histoire, c’est que d’autres hacktivistes marocains ou algériens auraient piraté des sites de leur propre pays afin d’étaler leur savoir en la matière. « Dans le temps, les guerres se menaient au front et non pas en face d’un écran », commentait un internaute algérien sur le site TSA. Mais, les internautes marocains préfèrent ne pas donner de dimension politique à cet incident, car « il n’est question que d’une faille informatique générale, il ne faut pas exagérer ! », conclut un marocain sur le réseau de microblogging, Twitter.


En novembre 2010, les fortes pluies qui se sont abattues sur le Maroc, et surtout sur la région de Casablanca ont causé d’énormes dégâts. La Lydec a-t-elle retenu la leçon et prévu un plan pour contrer les aléas de la pluviométrie ? Réponses et clarifications d’une responsable.

Les réseaux aménagés pour les pluies sont dimensionnés pour des pluies décennales avec un seuil technique fixé par le contrat de gestion déléguée.  Photo Yassine TOUMILes réseaux aménagés pour les pluies sont dimensionnés pour des pluies décennales avec un seuil technique fixé par le contrat de gestion déléguée. Photo Yassine TOUMI

Il a fallu quelques heures de pluie pour voir, ces derniers jours, des égouts bouchés et des rues inondées. Jean’s mouillés jusqu’aux genoux, un passant ne cache pas sa colère : « Sajid, le ministère de l’Équipement et la Lydec sont tous responsables de la situation chaotique de Casablanca. Le mot gestion, chez eux, fait défaut ».

Le Soir échos s’est adressé aux «mis en cause» pour avoir des réponses aux questions que se posent le citoyen lambda.Alors que Sajid est resté injoignable, au ministère de l’Équipement c’est  Khadija Bourara, conseillère en communication du ministre qui nopus apprend qu’ « Un livre blanc, récemment publié, contient toutes les réponses que se poseraient les gens sur les questions d’infrastructure et de gestion d’intempéries. Il faut passer le prendre au ministère ou le commander».

Seule Bouchra Ghiati, directeur de la communication à la Lydec a bien voulu s’expliquer et faire la part des choses. « Les réseaux aménagés pour les pluies sont dimensionnés pour des pluies décennales (22 mm/heure, NDA), un seuil technique fixé par le contrat de gestion déléguée. C’est donc une pluie plus que centennale qui a été enregistrée fin novembre 2010, dépassant tous les précédents records avec un cumul de précipitations sur 24h équivalent à 50 % du total annuel habituel», précise-t-elle. De plus, le désastre est naturel et il serait malhonnête de ne culpabiliser que les humains.

Les chantiers et travaux, tels que le Tramway ou le TGV, seront  mis sous haute protection contre les intempéries.

« Oued Bouskoura est sorti de son lit et a inondé les quartiers riverains de la route d’El Jadida au quartier Beau Séjour. Plusieurs bassins d’orage ont débordé et plusieurs quartiers d’habitats informels non équipés ont été inondés. L’élévation du niveau de la nappe phréatique et les ruissellements ont, en outre, provoqué l’inondation de sous-sols et de nombreux postes de distribution publique d’électricité. », remarque Bouchra Ghiati. Mais, du moment que la situation reste gérable, et une fois que la nature attaque, la Lydec contre-attaque. « Nos équipes se sont mobilisées pour faciliter l’écoulement des eaux (ouverture des tampons de regards, dégagement des ordures et gravas apportés par les ruissellements, pompage des trémies…) et à intervenir, avec l’appui de la Protection Civile dans les zones non équipées », détaille Bouchra. Quelque 350 000 m³ ont été pompés  dans 16 douars à Casablanca. En ce qui concerne l’assainissement, près de 710 collaborateurs de Lydec (sur les 1200 mobilisés) et 200 agents d’entreprises sous-traitantes ont été déployés sur le terrain avec 19 hydro-cureuses et 50 motopompes. Si l’année 2010 était hyper-pluvieuse, la Lydec ne se mobilise pas que dans les cas critiques.

De Charybde en Scylla

Hormis la gestion des eaux, la Lydec fait aussi dans l’écologie. Les égouts, remplis de gravats de chantier, de déchets ménagers, de sacs en plastique, de filasses en provenance des industries textiles entre autres, sont  péniblement nettoyés. « De septembre 2010 à fin août 2011, nos actions ont permis de retirer plus de 25.000 m3 de sédiments (soit l’équivalent de la charge de 950 camions semi remorques), d’évacuer des rejets en mer avec plus de 3.800 m3 de sable (soit l’équivalent de la charge de 190 camions semi-remorques, NDA) et de nettoyer plus de 90.000 ouvrages (grilles et avaloirs, NDA) », explique Bouchra. En plus de cela, la directrice de communication de la Lydec parle «d’efforts supplémentaires », fournis pour éviter le drame avant d’ajouter  « Durant le 1er semestre 2011, Lydec a renforcé la capacité de pompage à l’échelle de la ville, ainsi que les moyens d’intervention de proximité (pompes et groupes électrogènes) dans les zones à risque. Ces moyens ont été décentralisés pour être au plus près des points sensibles. De leur côté, les autorités prévoient d’intensifier les actions de mise en conformité avec les règles de l’urbanisme, telles que l’interdiction de construire en zone inondable, la suppression des rampes d’accès aux trottoirs ou la mise aux normes des sous-sols (installation de pompe et de clapet anti-retour…) ».

23,5 millions de DH pour l’eau

Question budget, notre interlocutrice communique au Soir échos les chiffres phares « Les réalisations, à l’horizon 2015, ont concerné le Passage sous le Pont Longométal (9 millions DH HT), le Pont Carnaud (3,7 millions DH HT), la Trémie Voie des préfectures (7 millions DH HT) et une solution provisoire pour le quartier Mabrouka Al Hofra (3,8 millions DH HT.) »  En ce qui concerne les chantiers et travaux, tels que le Tramway ou le TGV, ils seront notamment soumis à une haute protection contre les intempéries. « Les trémies équipées de stations de pompage (Mosquée Hassan II, Allée de l’Aude, Al Qods, Voie des Préfectues, Roudani, Bd 2 Mars) ont été dotées en 2010 de sondes ultra son ou piézométriques de mesure de hauteur d’eau.

Ces informations sont transmises par les systèmes de télé-alarme vers le Bureau Central de Conduite. Pour les trémies non équipées de stations de pompage (Carnaud, Sous pont ONE, Longométal, Ouled Ziane, Zerktouni et Résistance), Lydec a programmé la mise en place de sondes de télé-surveillance durant le 4ème trimestre 2011. » conclut Bouchra.

Si la Lydec peine a gérer les débordements pluviaux, les autorités se doivent de faire respecter les règles de civisme et les Marocains devraient faire preuve de tolérance.◆

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .


Fondatrice du Centre International du développement et de la formation et la résolution des conflits, Rowaida Mroue est une militante libanaise qui n’a pas froid aux yeux. Les conflits mondiaux, c’est sa vie et son combat. Dans cet entretien, elle nous livre son analyse sur le conflit au Sahara, un problème vieux de 36 ans.

Rowaida Mroue, fondatrice de l’ICTR.Rowaida Mroue, fondatrice de l’ICTR.

Très actifs dans les pays arabes ainsi que dans les régions à conflit interne, l’ICTR veille à développer les capacités des jeunes et des journalistes afin de faire pression, envoyer des pétitions, mettre sous les projecteurs toutes les régions vulnérables. Rowaida Mroue s’intéresse très particulièrement au conflit du Sahara. Pour elle, l’Algérie s’entête comme un enfant qui a peur de perdre ce qu’il n’a pas. Le Maroc est pour elle, par contre, le maître de la situation et le pays qui mérite son Sahara. ITCR ( juin 2010) est le Centre international du développement et de la formation et la résolution des conflits, c’est une ONG dont le siège est au liban à Beyrouth.

Le conflit entre le Maroc et le Polisario est encore au stade des pourparlers informels. Avec la nouvelle donne politique dans la région, pensez-vous que l’Algérie pourrait revoir sa position vis-à-vis du Polisario ?
Dernièrement, le Maroc a insinué dans la majorité de ces pourparlers avec le Polisario qu’il ne veut plus continuer ce type de discussions informelles. Les deux parties ne se réunissent sur aucune vraie base de dialogue, avec la présence d’une Mauritanie qui dégage une neutralité positive. Aucune évolution n’est constatée. L’Algérie n’a rien à perdre. Pour le Maroc la question de l’autonomie est indiscutable. Même chose pour le Polisario concernant le plan d’autodétermination. Les Etats-Unis ont exprimé leur penchant vers la solution marocaine car elle est la plus réalisable mais pour le Polisario, l’arme la plus fatale reste le hors-sujet. L’Algérie ne changera jamais sa position tant qu’il n’y a pas de pression de l’international. Soyons réaliste, plusieurs points sont clairs. Premièrement, tous va se jouer sur les messages que va adresser le CNT au Maroc. Deuxièmement, il faut médiatiser les déclarations des membres du CNT qui parle avec assurance de la marocanité inéluctable du Sahara. Troisièmement, et ce point est encore louche, je me demande comment va être la relation de la Libye avec l’Algérie. Quatrième point, qui parait anodin mais qui est important, c’est le résultat des élections de la Tunisie et sa nouvelle politique vis-à-vis du Maghreb arabe. La Mauritanie, pour son compte, a une neutralité positive, mais suit beaucoup ses propres intérêts.

«Personne dans le monde arabe ne peut soutenir un front séparatiste et laisser tomber un grand pays comme le Maroc»

Depuis toujours, la Libye a soutenu le Polisario. Avec l’installation du CNT, comment voyez vous la relation future entre la Libye et le Polisario, sachant que le CNT a capturé des milices du Polisario pro-Kadhafi ?
Je ne pense pas que le CNT et ceux qui vont le suivre, soient prêts à lier leur destin à celui des fronts séparatistes, car la communauté civile va remarquer que le CNT n’a pas aboli le système déchu du dictateur Kadhafi. Le CNT va faire l’impossible pour enjoliver sa réputation et donc il aura des avis pacifiques.

En nous basant sur le printemps arabe et toutes les idéologies qu’il a véhiculées, ne pensez-vous pas que les nouveaux régimes arabes auront un problème avec la marocanité du Sahara et seront plus pour des mouvements séparatistes ?
Personne dans le monde Arabe ne peut soutenir un front séparatiste et laisser tomber un grand pays comme le Maroc connu pour sa diplomatie étrangère intelligente et son équilibre dans les positions politiques du monde Arabe. L’objectivité du Maroc lui fait gagner la sympathie de l’Europe, des Etats-Unis et des autres puissances mondiales.

L’Algérie, pays hôte des camps de Tindouf, ne devrait pas un jour ou l’autre se débarrasser des milices qui perturbent la sécurité dans la région ?
C’est parce qu’il manipule la force du Polisario et le destin du Sahara en ce qui concerne les camps de Tindouf que l’Algérie n’a pas peur de son destin intérieur. Un système qui est basé sur les services de renseignement militaire sait très bien que s’il finance n’importe quelle région, cette dernière peut lui obéir s’il lui demande de semer le chaos, n’ importe où dans le monde. L’Algérie est protégée par ces fronts séparatistes et ne se sent aucunement gênée par le trafic d’armes et de drogues qui se passe sous ses yeux et l’enlèvement des militants européens. Aucune pression n’est exercée sur l’Algérie, c’est révoltant.

L’Algérie refuse catégoriquement la participation du Maroc aux opérations anti-terroristes dans la région. Pourquoi à votre avis ?
Je pense que ce refus est logique, car l’Algérie ne veut pas que le Maroc démontre sa capacité militaire à gérer de tels troubles. L’Algérie veut se montrer comme étant le pays qui est fort et qui gère le tout dans la région. Si le Maroc rentre dans cette histoire, il n’en sortirait que gagnant et c’est pourquoi l’Algérie essaye d’éviter cette gloire.

« Pour les prérogatives de la Minurso, j’ai la conviction que le fait de compter sur les Nations unies pour trouver des solutions est une perte de temps »

Que pensez-vous des prérogatives de la Minurso, notamment de les étendre vers le volet des droits de l’homme ?
Aujourd’hui, il y a trois points que le Maroc essaye d’étudier en ce qui concerne le conflit du Sahara. Le premier point est celui de l’atteinte aux droits de l’homme dans les camps de Tindouf et la polémique sur les recensements. Le deuxième point est ce que véhicule à l’étranger le Polisario à propos de l’exploitation marocaine des ressources naturelles sahariennes et l’inégalité de la distribution de ces dernières, chose qui est fausse. Car le Maroc donne à la région du Sahara d’autres ressources plus importantes et qui n’existent pas dans la région. Le troisième point reste le plan d’autonomie qui est réalisable et soutenable.
Ceci dit, le Polisario ne changerait jamais sa position qui est le référendum. Cette équation n’a pas de solution à part celle de l’application des droits l’homme. Quelqu’un qui vit au Maroc, qui à un passeport marocain, et qui est en sécurité au Maroc n’a pas la droit de revendiquer un référendum. Maintenant, pour les prérogatives de la Minurso, j’ai la conviction que le fait de compter sur les Nations unies pour trouver des solutions est une perte de temps. En tant que citoyenne de la société civile, le monde arabe tout comme les médias et les bloggueurs doivent se mobiliser pour trouver une solution finale à ce conflit. Des communiqués, des pourparlers et des manifestations pour rien, Basta !◆

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .


Son essai «Et si l’amour durait?» définit l’homo sentimentalis contemporain à travers la littérature du XVIIe au XXe siècle.Amour effusion, amour mortification, amour compassion… Les manifestations du sentiment amoureux sont multiples. Elles renvoient pourtant à la seule chose qui compte en ce jardin à la fois si beau et si épineux: tenir parole.

 

«L’AMOUR DE L’AMOUR EST UNE TENTATION COMPRÉHENSIBLE D’UNE CULTURE QUI A TOUJOURS FAIT GRAND CAS DU SENTIMENT AMOUREUX.» Alain Finkielkraut

 

En sommes-nous capables?, questionne Alain Finkielkraut, «amourologue» dont les astres sont des romans. La princesse de Clèves de Mme deLa Fayette, Les meilleures intentions d’Ingmar Bergman, Professeur de désir de Philip Roth et L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera forment la constellation observée par le philosophe. Et si l’amour durait: fausse hypothèse, vraie espérance.

 

«Et si l’amour durait»: quelle est donc cette étrange vision des sentiments?

Paul Valéry dit: «Le renoncement à la durée marque une époque du monde. Nous sommes entrés dans l’ère du provisoire.» L’amour n’échappe pas à la règle. Nos engagements, à nous autres postmodernes, ne nous engagent plus. C’est notre ultime liberté: nous ne sommes enchaînés par rien, pas même par notre parole. Mais nous savons aussi que renoncer à la durée en amour, c’est en quelque sorte renoncer à l’amour. Une déclaration d’amour est une déclaration d’éternité. Aussi libérés que nous nous voulions, nous ne sommes pas prêts à faire de l’amour une pure et simple variante sentimentale de la consommation.

 

Nous sommes dans «la civilisation de l’amour», écrivez-vous, mais également, ajoutez-vous, dans «la civilisation de l’amour de l’amour», dont «l’homo sentimentalis» est le représentant. Ces deux civilisations sont-elles différentes l’une de l’autre?

Non, je ne dirais pas qu’elles sont différentes. L’amour de l’amour est une tentation très compréhensible d’une culture qui a toujours fait grand cas du sentiment amoureux. Seulement, il y a toujours, dans l’amour de l’amour, le risque d’oublier le destinataire de l’amour pour mieux s’aimer soi-même. Or la chance de l’amour c’est qu’il vous permette de vous oublier vous-même.

Voilà qui rejoint votre combat contre d’autres narcissismes: l’amour de son origine, l’amour de sa religion…

Si vous voulez (il sourit). Il faudrait que j’y réfléchisse. Laissons cela dans l’implicite.

La princesse de Clèves de Mme deLa Fayetteest l’un de vos objets d’étude. Vous prenez, à votre façon, fait et cause pour la princesse de Clèves qui renonce à son véritable amour, M. de Nemours. Sadomasochisme, relève Philippe Sollers, que vous citez. Idiotie?

Tout mon propos est au contraire de réhabiliter la princesse de Clèves. Elle a renoncé à l’amour. Pourquoi ? Pour deux raisons, dont l’une est noble et l’autre, désespérée. La noblesse, d’abord. Son mari est mort de chagrin. Ce chagrin, elle l’a causé en lui révélant qu’elle aimait M. de Nemours. Son mari lui dit: je vais mourir et vous pourrez arriver à vos fins, je ne serai plus un obstacle sur le chemin de l’amour. Si Mme de Clèves épouse M. de Nemours, elle transforme en aubaine la mort de son mari. Elle ne peut pas s’y résoudre. Ce serait, à ses yeux, indigne. Elle s’avilirait. Fantôme de devoir, lui dit M. de Nemours. Non, devoir qu’elle a vis-à-vis d’un fantôme obsédant et aussi vis-à-vis d’elle-même.

Quelle est la raison désespérée?

Mme de Clèves pense que M. de Nemours ne tiendra pas parole, qu’il cessera un jour de l’aimer. Elle veut s’épargner ces souffrances. Aujourd’hui, nous ne voyons même plus le problème. Mme de Clèves dit: l’amour ne tiendra pas ses promesses. Nous disons qu’elle a raison et qu’il n’y a pas de quoi en faire un plat. Eh bien au moins est-elle là pour nous rappeler que peut-être il faut en faire un plat, que peut-être nous devons réfléchir à cette étrange situation, que peut-être nous ne pouvons pas faire notre deuil de la grande promesse de l’amour.

La seconde raison, la désespérée, nous est commune. Elle se traduit notamment par le prosaïque: je le largue ou je la largue avant de me faire larguer…

On peut dire qu’il y a comme un principe de précaution sentimentale chez Mme de Clèves. Mais elle révèle aussi la difficulté de l’amour. L’amour peut-il ou non être à la hauteur de ses promesses? Et s’il ne le peut pas, que doit-on penser de ce sentiment? Au fond, nous sommes tous remplaçables les uns pour les autres. L’amour proclame l’irremplaçabilité d’un être. Fautil accepter que cette irremplaçabilité soit temporaire? Je n’en suis pas sûr.

Dans le cas de la princesse de Clèves, l’amour ne dure pas puisqu’elle ne rend pas sa réalisation possible avec celui qu’elle aime, M. de Nemours.

Non, elle ne cesse pas pour autant d’aimer. Elle sacrifie son amour parce qu’elle a cette espèce de lucidité, parce qu’elle ne veut pas transiger. Bien sûr, nous savons qu’en dépit de ses efforts, elle mourra amoureuse du duc de Nemours. Il ne s’agit de la citer en exemple. Il s’agit de savoir si elle a mis le doigt sur un véritable problème, c’est tout.

 

 

Quel est ce véritable problème?

Il est ceci: l’amour est-il voué à ne pas tenir parole?

Est-ce stupide de ne pas apporter de réponse?

Je n’ai pas écrit un essai. J’ai réuni un certain nombre de livres et j’ai essayé de réfléchir avec eux, autour d’eux, à travers eux. C’est la grâce du roman. Il n’argumente pas. Il décrit des situations et il envisage des réalités ou des problèmes à travers des individus, ou des cas. C’est tout ce que j’ai voulu faire. Dans Les meilleures intentions, d’Ingmar Bergman, on s’aperçoit qu’un autre cadre, familial celui-là, interfère dans la destinée des deux héros et amants, Henrik et Hannah. DansLa Princessede Clèves, l’amour était soumis à la loi, voici désormais qu’il fait la loi. Oui, Hannah et Henrik vivent sous l’œil de leurs parents, qui voient cette union d’un mauvais œil. Il reste qu’ils ne peuvent rien faire pour l’empêcher, et que si les choses vont mal, c’est pour des raisons internes à cette relation. Nous ne sommes plus dans le cas du différend entre l’ordre social et le sentiment. C’est le sentiment lui-même qui débouche sur une catastrophe. Les parents sont aussi très présents dans le livre de Philip Roth, Professeur de désir. Mais voyez comme les choses ont changé. Ce ne sont pas les parents en tant que puissance mais en tant que fragilité. La mère meurt, le père va mourir. Ils sont vulnérables et dépositaires, aussi, d’une manière d’être vouée à la disparition. Ils sont les objets d’une intense nostalgie. Une certaine vérité de l’amour va peut-être mourir avec eux.

Alors que David Kepesh, leur fils, est l’incarnation de l’impossibilité de l’amour durable.

Il aime Claire Ovington mais il sent que son désir le fuit. Il s’enchantait de la libération du désir et il prend conscience que le désir lui-même est une sorte de despote qui n’en fait qu’à sa tête. Il est donc désolé, il va devoir rompre avec celle qu’il aime, sa vie se présente à lui comme une succession d’intérims. Philip Roth superpose à cette description mélancolique l’évocation de l’amour invincible et évident des parents de David Kepesh. Ils étaient jeunes, Abe et Belle, quand ils se sont vus pour la première fois. Pour reprendre une citation de Kierkegaard, «il la garde dans l’étreinte fidèle de sa résolution».

A l’inverse de David Kepesh, l’amour qui soude Tomas et Tereza, les deux héros de L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera, roman avec lequel vous fermez votre livre, apparaît comme l’exemple à suivre.

Il n’y a pas d’exemple à suivre. Je ne donnerai pas raison à Tomas et Tereza en les opposant à David Kepesh. Reste qu’il y a un paradoxe, avec Kundera. Cet auteur libertin a parlé d’amour comme nul autre avant lui. Curieusement d’ailleurs, ce paradoxe n’a pas été, je crois, étudié. On célèbre en Kundera le continuateur du siècle des lumières, l’héritier de Diderot et de Vivant Denon. Il est vrai que de roman en roman, il mène une guerre implacable contre le romantisme, mais il nous dit quelque chose du sentiment amoureux et même de la fidélité amoureuse que personne n’avait dit avant lui. C’est le cas dans L’insoutenable légèreté de l’être, c’est vrai aussi dans deux autres romans, L’ignorance et Le livre du rire et de l’oubli. L’un des héros de L’ignorance, Joseph, revient à Prague après la chute du mur de Berlin, il avait émigré au Danemark. Il a une aventure, cette aventure est belle, il pourrait tomber amoureux, mais il est veuf. Veuf veut dire disponible dans le langage courant. Or il n’est pas disponible: sa femme qui est morte et qu’il a tant aimée, n’a plus que lui, elle s’est remise entre ses mains. Il est mu par une invincible compassion et par une fidélité déraisonnable. Son travail du deuil consiste non pas à oublier la morte mais à en entretenir le souvenir. Nul ne peut, encore une fois, citer cette attitude en exemple, reste à constater que Kundera explore cette dimension de l’amour, la fidélité, par-delà la mort.

Kundera, dans L’insoutenable légèreté de l’être, fait en quelque sorte l’éloge de la compassion comme transport amoureux, compassion qu’il comprend dans le sens de «souffrir avec», le mitleiden allemand.

Je vous citerai Levinas: «Ce qu’on appelle, d’un terme un peu frelaté, amour est par excellence le fait que la mort de l’autre m’affecte plus que la mienne.» L’amour de l’autre c’est l’émotion de la mort de l’autre. L’autre vous est cher, et plus il vous est cher, plus il vous apparaît fragile, plus vous pouvez penser à sa disparition. Cela rejoint le mitleiden de Kundera.

Que vous inspire l’affaire DSK, ou plutôt le roman DSK, où l’on voit une épouse, Anne Sinclair, manifestement amoureuse d’un mari infidèle? Où se situe-t-on?

Je réponds avec d’extrêmes précautions car je n’ai pas tous les éléments. Je pense qu’ils sont tous les deux amoureux. Elle lui a pardonné, ou elle lui pardonnait en dépit de tout, parce qu’elle était sous le charme. C’est le mystère des couples, des arrangements, et là-dessus je n’aurai aucun commentaire à faire. Je ne me suis permis d’intervenir sur l’affaire Strauss-Kahn que parce que, justement, on a voulu, à toute force, en oublier la singularité pour en faire le procès non seulement de la domination masculine mais de la galanterie française. Quoiqu’on puisse dire de cette relation dans le Sofitel, la galanterie n’était pas en cause. Ce n’était pas un acte galant.

Le libertinage n’est donc pas l’ennemi de l’amour?

J’essaie de ne pas être un moralisateur. Je ne considère pas que le libertinage soit une solution, je ne pense qu’il soit une libération et je ne pense pas qu’il soit condamnable. C’est une manière d’être au monde. Ce n’est pas la mienne. Et voilà.