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Sous le thème « Sensibiliser et prévenir la pneumonie », les laboratoires Pfizer ont organisé une conférence de presse à l’occasion de la Journée mondiale de la pneumonie, lundi dernier à Casablanca. L’objectif de la conférence était de mettre en exergue cette maladie. Plusieurs spécialistes  sont intervenus lors de cette rencontre. Parmi eux, le Professeur Mohamed Tawfik El Fassi Fihri, chef de service de  pneumologie à l’hôpital Ibn Sina, à Rabat.

 

Mohamed Tawfik El Fassi Fihri, chef de service de  pneumologie à l’hôpital Ibn Sina, à Rabat.   Photo Yassine TOUMI

Mohamed Tawfik El Fassi Fihri, chef de service de pneumologie à l’hôpital Ibn Sina, à Rabat. Photo Yassine TOUMI

Le vaccin est disponible

« La pneumonie est  dû à un microbe qui touche les poumons. Il y a les pneumonies virales et bactériennes. Ces dernières se traitent par des antibiotiques, mais les virales peuvent s’aggraver sans traitement antibiotique», explique le Professeur. Cette maladie atteint surtout les âges sensibles : les moins de 5 ans et les plus de 60 ans. Pour ce qui est de la prévention, le Professeur met l’accent sur une hygiène impeccable, pas uniquement pendant les périodes épidémiques, mais quotidiennement. Un état nutritionnel satisfaisant et une amélioration des facteurs environnementaux sont eux aussi à prendre en considération. « Si on fait cela, c’est déjà un mur assez puissant contre la maladie.

De plus, il y a le vaccin maintenant». L’anti-peumococique 13-Valents répond aux critères des autorités de santé et est mis gratuitement à disposition des enfants dans tous les dispensaires de santé. Pour ce qui est de la prise en charge, « elle se fait selon le profil du patient. Chacun a droit à un traitement diffèrent, car la maladie engendre des conséquences qui diffèrent d’une personne à une autre », précise El Fassi Fihri. Le hic est qu’il n’y a pas d’association au Maroc qui lutte contre la pneumonie. «

Et le secteur de la santé n’est pas encore conscient de la gravité de cette maladie », révèle le médecin. En ce qui concerne la recherche et le développement, le professeur, avoue que « la pneumonie n’a jamais été un axe de recherche prioritaire et qu’il y a d’autres créneaux qui sont plus encouragés… » .

Pas assez de R&D …

Côté financement, le professeur résume cela en quelques mots : « l’argent est le nerf de la guerre. Si on arrive à prouver à nos décideurs qu’il est moins cher de prévenir que de guérir, l’argent nous parviendra ». Le diagnostic reste lui aussi un des problèmes que rencontre la lutte contre la pneumonie au Maroc. Rappelons que cette maladie est la première cause de mortalité infantile dans le monde chez les  enfants de moins de 5 ans et que dans le monde arabe. Le Maroc enregistre, tout comme l’Algérie, 14% de décès d’enfant de moins de 5 ans à cause de cette maladie.◆

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Derrière son regard dévoué, sa voix raffinée et son sourire d’enfant, Amina Slaoui cache une crainte, celle de ne pas être soutenue jusqu’au bout dans son combat de tous les jours : la protection des personnes handicapées. Rencontre.

Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH. Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH.

Lors du dernier Tedx, organisé le week-end dernier à Casablanca, elle a ébloui une assistance venue nombreuse l’écouter parler de la nécessite de casser les frontières, quelle qu’en soit la nature. Sa modestie et son courage sont connus de tous. C’est donc tout naturellement qu’Amina Slaoui arrive à convaincre et à susciter l’intérêt chez son auditoire. En fait, elle revient de loin.
La vice-présidente de l’Association marocaine des handicapés (AMH), Amina Slaoui, a perdu la motricité de ses membres inférieurs quand elle était plus jeune à la suite d’un malheureux accident de bicyclette.

Aujourd’hui sur un fauteuil roulant, elle est animée d’un militantisme passionné. « L’AMH a été créée par des personnes handicapées et des sympathisants en 1992. C’est une association de soutien aux handicapés et en même temps de service et de développement », nous apprend Amina. Comptant près de 25 000 membres, l’AMH soutient les personnes handicapées en mettant à leur disposition des appareillages, notamment les fauteuils roulants, en leur facilitant l’accès aux soins et en les accompagnant pour la recherche d’emploi.

Le difficile accès au soins

Elle leur apporte aussi  une assistance administrative et juridique. De plus, « on construit nous même des centres de rééducation. Le premier centre est déjà opérationnel à Bouskoura et s’appelle Annour. Un deuxième va prochainement ouvrir ses portes à Casablanca », précise Amina.

Interrogé sur le nombre de handicapés au Maroc, Amina dit ne pas trop faire confiance aux chiffres officiels. « On dit qu’il y a environ 1,5 million de handicapés au Maroc, mais je pense que le chiffre le plus exact tournerait autour de 10 % de la population, soit facilement le double des statistiques officielles, comme le confirme l’OMS », révèle-t-elle. Une catégorie qui vit parfois dans le rejet et l’exclusion sociale quasi totale. « Les handicapés n’ont pas tous accès aux soins nécessaires. Pour ce qui est de l’assurance maladie obligatoire AMO, j’avoue qu’il y a aujourd’hui une couverture sociale plus large, mais la plupart de nos adhérents n’ont pas accès à cette dernière, alors que les soins et la rééducation coûtent cher et que ce sont les personnes handicapées issues de milieux défavorisés qui en ont le plus besoin… », s’indigne Amina.

Des lois et des barrages

Autre dada de l’AMH : l’accessibilité des personnes à mobilité réduite aux lieux publics. « L’accessibilité est une bataille pour nous. Ce n’est pas l’état de nos corps qui limite nos actes mais c’est les barrières qui nous excluent. Ces barrières sont érigées par l’environnement, qui fait barrage à notre libre circulation et notre indépendance. Au lieu d’avoir de l’assistance pour monter les escaliers ou aller aux toilettes, l’État se doit de nous y faciliter l’accès », explique Slaoui.

La situation est effectivement embarrassante. Et pour le handicapé, et pour la personne qui l’assiste. « On se sent très frustrés vis-à-vis de ce problème d’accessibilité. Cela fait 20 ans qu’on se bat pour cela, et il existe même une loi qui est censée consacrer des espaces aux personnes à motricité réduite.  Mais elle n’est pas appliquée malheureusement. C’est pourquoi on trouve des trottoirs trop élevés pour nos fauteuils roulants ou des moyens de transport qui s’en fichent des handicapés et de leurs limites de déplacement. Il y a encore un grand chemin à faire ! », enchaîne-t-elle.

La vérité est dure à entendre, mais Amina n’arrête pas de marteler « Les marocains vivent très mal leur handicap. Parce qu’ils ne sont pas insérés, parce qu’ils ne vont pas à l’école, parce qu’ils n’ont pas d’emploi, pas de logement et pas de moyens de transport adaptés. En attendant, c’est la famille qui supporte un handicap chaque jour plus lourd qu’à porter. Ajoutons à cela le regard des autres, tout simplement insupportable. En 20 ans, cela a un peu changé, mais les handicapés ne sont pas toujours traités comme des citoyens à part entière».

Autofinancement oblige

Autant dire que les militants de l’AMH se sentent seuls dans leur combat. Et hormis une aide de l’Union européenne basée sur des projets ponctuels et des  fonds alloués par la Fondation Mohammed-V pour la solidarité, l’AMH n’a d’autre choix que de s’autofinancer. « Le ministère de la Santé n’accorde aucune aide à l’association. Mais nous ne sommes pas dans cette logique de demandeurs d’aide. On veut être indépendant et autonome. Quand on veut organiser des événements ponctuels ou faire des achats de fauteuils ou autres matériels d’assistance, on organise une soirée et on collecte un peu d’argent », explique Amina. Et d’émettre un regret. « Ce que je trouve regrettable, c’est qu’avec toute l’énergie et l’effort que nous fournissons, les résultats ne sont pas à la hauteur. Personne ne prend la relève. Rares sont ceux qui font un geste pour nous aider. C’est cela le handicap pour moi ».

Après un long soupir, elle nous révèle une définition magistrale : « C’est le résultat de l’interaction entre nos limites, d’un côté, et les barrières que dresse la société, de l’autre », conclut-elle. La marche ne s’arrête pas pour autant.


En novembre 2010, les fortes pluies qui se sont abattues sur le Maroc, et surtout sur la région de Casablanca ont causé d’énormes dégâts. La Lydec a-t-elle retenu la leçon et prévu un plan pour contrer les aléas de la pluviométrie ? Réponses et clarifications d’une responsable.

Les réseaux aménagés pour les pluies sont dimensionnés pour des pluies décennales avec un seuil technique fixé par le contrat de gestion déléguée.  Photo Yassine TOUMILes réseaux aménagés pour les pluies sont dimensionnés pour des pluies décennales avec un seuil technique fixé par le contrat de gestion déléguée. Photo Yassine TOUMI

Il a fallu quelques heures de pluie pour voir, ces derniers jours, des égouts bouchés et des rues inondées. Jean’s mouillés jusqu’aux genoux, un passant ne cache pas sa colère : « Sajid, le ministère de l’Équipement et la Lydec sont tous responsables de la situation chaotique de Casablanca. Le mot gestion, chez eux, fait défaut ».

Le Soir échos s’est adressé aux «mis en cause» pour avoir des réponses aux questions que se posent le citoyen lambda.Alors que Sajid est resté injoignable, au ministère de l’Équipement c’est  Khadija Bourara, conseillère en communication du ministre qui nopus apprend qu’ « Un livre blanc, récemment publié, contient toutes les réponses que se poseraient les gens sur les questions d’infrastructure et de gestion d’intempéries. Il faut passer le prendre au ministère ou le commander».

Seule Bouchra Ghiati, directeur de la communication à la Lydec a bien voulu s’expliquer et faire la part des choses. « Les réseaux aménagés pour les pluies sont dimensionnés pour des pluies décennales (22 mm/heure, NDA), un seuil technique fixé par le contrat de gestion déléguée. C’est donc une pluie plus que centennale qui a été enregistrée fin novembre 2010, dépassant tous les précédents records avec un cumul de précipitations sur 24h équivalent à 50 % du total annuel habituel», précise-t-elle. De plus, le désastre est naturel et il serait malhonnête de ne culpabiliser que les humains.

Les chantiers et travaux, tels que le Tramway ou le TGV, seront  mis sous haute protection contre les intempéries.

« Oued Bouskoura est sorti de son lit et a inondé les quartiers riverains de la route d’El Jadida au quartier Beau Séjour. Plusieurs bassins d’orage ont débordé et plusieurs quartiers d’habitats informels non équipés ont été inondés. L’élévation du niveau de la nappe phréatique et les ruissellements ont, en outre, provoqué l’inondation de sous-sols et de nombreux postes de distribution publique d’électricité. », remarque Bouchra Ghiati. Mais, du moment que la situation reste gérable, et une fois que la nature attaque, la Lydec contre-attaque. « Nos équipes se sont mobilisées pour faciliter l’écoulement des eaux (ouverture des tampons de regards, dégagement des ordures et gravas apportés par les ruissellements, pompage des trémies…) et à intervenir, avec l’appui de la Protection Civile dans les zones non équipées », détaille Bouchra. Quelque 350 000 m³ ont été pompés  dans 16 douars à Casablanca. En ce qui concerne l’assainissement, près de 710 collaborateurs de Lydec (sur les 1200 mobilisés) et 200 agents d’entreprises sous-traitantes ont été déployés sur le terrain avec 19 hydro-cureuses et 50 motopompes. Si l’année 2010 était hyper-pluvieuse, la Lydec ne se mobilise pas que dans les cas critiques.

De Charybde en Scylla

Hormis la gestion des eaux, la Lydec fait aussi dans l’écologie. Les égouts, remplis de gravats de chantier, de déchets ménagers, de sacs en plastique, de filasses en provenance des industries textiles entre autres, sont  péniblement nettoyés. « De septembre 2010 à fin août 2011, nos actions ont permis de retirer plus de 25.000 m3 de sédiments (soit l’équivalent de la charge de 950 camions semi remorques), d’évacuer des rejets en mer avec plus de 3.800 m3 de sable (soit l’équivalent de la charge de 190 camions semi-remorques, NDA) et de nettoyer plus de 90.000 ouvrages (grilles et avaloirs, NDA) », explique Bouchra. En plus de cela, la directrice de communication de la Lydec parle «d’efforts supplémentaires », fournis pour éviter le drame avant d’ajouter  « Durant le 1er semestre 2011, Lydec a renforcé la capacité de pompage à l’échelle de la ville, ainsi que les moyens d’intervention de proximité (pompes et groupes électrogènes) dans les zones à risque. Ces moyens ont été décentralisés pour être au plus près des points sensibles. De leur côté, les autorités prévoient d’intensifier les actions de mise en conformité avec les règles de l’urbanisme, telles que l’interdiction de construire en zone inondable, la suppression des rampes d’accès aux trottoirs ou la mise aux normes des sous-sols (installation de pompe et de clapet anti-retour…) ».

23,5 millions de DH pour l’eau

Question budget, notre interlocutrice communique au Soir échos les chiffres phares « Les réalisations, à l’horizon 2015, ont concerné le Passage sous le Pont Longométal (9 millions DH HT), le Pont Carnaud (3,7 millions DH HT), la Trémie Voie des préfectures (7 millions DH HT) et une solution provisoire pour le quartier Mabrouka Al Hofra (3,8 millions DH HT.) »  En ce qui concerne les chantiers et travaux, tels que le Tramway ou le TGV, ils seront notamment soumis à une haute protection contre les intempéries. « Les trémies équipées de stations de pompage (Mosquée Hassan II, Allée de l’Aude, Al Qods, Voie des Préfectues, Roudani, Bd 2 Mars) ont été dotées en 2010 de sondes ultra son ou piézométriques de mesure de hauteur d’eau.

Ces informations sont transmises par les systèmes de télé-alarme vers le Bureau Central de Conduite. Pour les trémies non équipées de stations de pompage (Carnaud, Sous pont ONE, Longométal, Ouled Ziane, Zerktouni et Résistance), Lydec a programmé la mise en place de sondes de télé-surveillance durant le 4ème trimestre 2011. » conclut Bouchra.

Si la Lydec peine a gérer les débordements pluviaux, les autorités se doivent de faire respecter les règles de civisme et les Marocains devraient faire preuve de tolérance.◆

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D’un engraissement copieux, à un marchandage avare, en passant par une flopée de métiers saisonniers, dans quelques jours, les moutons de l’Aïd al-Adha nous jetteront, à bras-le-corps, dans la fête du même nom !

Entre le moment de l’achat de l’animal et celui de son égorgement, il est en principe bichonné, en l’occurrence mieux nourri… vacciné.  Photo Yassine TOUMIEntre le moment de l’achat de l’animal et celui de son égorgement, il est en principe bichonné, en l’occurrence mieux nourri… vacciné. Photo Yassine TOUMI

Le ministère de l’Agriculture a annoncé récemment les chiffres : six millions de têtes de moutons pour l’offre contre 5,1 pour la demande. Mais les prix ont connu une hausse de 9 % par rapport à 2010. Une hausse qui génèrera 7,8 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Au delà de ces chiffres vertigineux, se succèdent efforts, métiers éphémères et pratiques insolites.

«La « préparation » du mouton commence quatre mois avant sa mise sur le marché. Le premier mois, on le fait rentrer de la ferme, où il broutait n’importe comment, vers un coin plus convivial près de notre maison », nous explique Ahmed Bouchob, l’un des éleveurs de Casablanca. Durant ce premier mois, le mouton s’habitue petit à petit à son nouveau foyer, à ses nouveaux amis… Il a droit à un traitement plus clément et à une hygiène impeccable. « Nous lui injectons des vaccins contre tous les virus susceptibles de le toucher », rassure Ahmed. Les mois suivants sont d’ordre festif. Dans le langage agricole, on parle d’engraissement. « On alimente le mouton de manière ponctuelle et régulière pour produire et de la viande et de la graisse», témoigne Lahcen Mouhsine, ingénieur agronome. Le mélange de l’avoine se fait avec d’autres aliments nourrissants. « La méthode artisanale lui offre un menu consistant, à base d’avoine, d’orge, de maïs, de petits pois et de soja. La méthode moderne lui assure les sels minéraux et les vitamines principales », nous apprend Lahsen Mouhsine. à une semaine pour l’Aïd, les repas complets se transforment en de simples entrées. « C’est pour que son estomac ne soit pas trop rempli », justifie l’éleveur.

Inégalités animales et humaines

Les moutons ne sont pas égaux, et tout le monde le sait. Au marché des moutons, certains sont plus prisés que d’autres. « Il y a plusieurs races de moutons. Le sardi, à la tête blanche, est le meilleur de tous. Le hamri (le roux), l’oujdi, le timahdét ont, eux aussi, leurs amateurs », nous explique Ahmed.

En ce qui concerne les perles rares, les villes marocaines connues pour leurs moutons irréprochables sont Khouribga et Berrechid. « Un mouton bien cornu, c’est parfait ! Les gens aiment les cornes. Le mouton idéal serait un sardi, à la tête blanche, au contours des yeux noir et âgé d’un an », nous dit avec assurance, le fils d’Ahmed. Interrogé sur la situation actuelle du marché, ce dernier se montre gêné et impatient : « Les vendeurs sont là, mais les acheteurs, pas encore. » Pour les prix, c’est chacun selon ses moyens.

« Il y a entre 2 000 et 8 000 dirhams. Cela dépend de ce que chacun désire. Le beurre ou l’argent du beurre », nous révèle Ahmed. « Le poids idéal serait entre 110 et 120 kilos », enchaîne notre ingénieur agronome.

Mais Ahmed, tout comme Lahsen, ils reconnaissent la baisse du pouvoir d’achat. Pour eux, « tout est tombé en même temps cette année : la pluie tardive, la rentrée scolaire, la crise. Parfois, les gens qui n’ont pas les moyens nous supplient de leur faire un bon prix. On finit par donner les moutons gratuitement. Il faut s’entraider. » Pour les gens qui ont du cholestérol, pas question de rater le banquet.

Une fête d’aubaines

Le chevreau (J’di), faible en matière grasse, n’est pas nocif pour la santé de ceux qui veulent à tout prix manger de la viande lors de la fête.

Hormis le mouton, sa viande et son champ lexical, Aïd al-Adha est également connu pour ses traditions, ses excès et ses métiers saisonniers. Alors que les opérateurs téléphoniques offrent des triples recharges improbables et que les maisons de crédit se maquillent de gratuité, d’autres s’offrent une protection contre le mauvais œil afin que l’Aïd se déroule bien comme il faut. « Avant le sacrifice, nous mettons du henné sur nos cheveux et nous couvrons notre tête d’un tissu blanc. Dès que le mouton est égorgé, nous pouvons enlever notre voile blanc et être sûr de passer une fête inoubliable », nous raconte Fatéma, une sexagénaire, vendeuse d’herbes aromatiques. Bien que ces traditions commencent à s’évaporer d’année en année, certains métiers persistent. « C’est hallucinant ! Le jour de l’Aïd, tout le monde devient boucher, bûcher, charbonnier, vendeur de couteaux et de broches, polisseur, engraisseur, vendeur de peau de mouton ou transporteur de ce dernier ou encore loueur de garage, et j’en passe. Chaque année, je me dis la même chose et je ne suis jamais déçu : ça va saigner et on va se régaler ! », conclut Fatema avec humour.◆

 

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .


« Les dérives sexuelles sur Internet au Maroc », tel est le thème d’une étude dont les grandes lignes ont été présentées par Imane Kendili, psychiatre, psychologue et addictologue au CHU Ibn-Rochd, lors du 15e Congrès marocain de sexologie, qui s’est tenu les 14, 15,16 octobre à Casablanca.

Tous les jours, un tiers des 12-18 ans se connecteraient à Internet, et presque la moitié le feraient durant une à trois heures.Tous les jours, un tiers des 12-18 ans se connecteraient à Internet, et presque la moitié le feraient durant une à trois heures.

Le Congrès marocain de sexologie aura été moins théorique cette année. La 15e édition s’est penchée sur  les rapports des Marocains à internet. Parmi les sujets traités dans cette étude, qui sera prochainement publiée, on retrouve « Internet et les violences sexuelles au Maroc»,  «La cyberaddiction sexuelle au Maroc» ou encore «Couples, infidélité et Internet au Maroc».

L’étude a été réalisée par les psychiatres membres de l’Association marocaine universitaire de santé sexuelle (Amuss), Imane Kendili, Roquia Benjelloun, Adil Khoubila et Nadia Kadiri, en collaboration avec le laboratoire de Santé mentale, de Cognition et de Psychopathologie et le Centre psychiatrique universitaire Ibn-Rochd. Sur les objectifs de cette étude, les chercheurs avancent que «dans un pays comme le Maroc où les tabous et les non-dits sévissent, Internet représente un espace de liberté empreint d’anonymat où l’individu vit des échanges divers hors du regard sociétal mais réalise aussi des penchants ou fantasmes pouvant conduire  à des mésusages dont découlent  des dérives certaines que nous nous sommes proposés de sillonner».

L’étude signale notamment que le Maroc se situe à la tête des pays africains en termes d’intensité de connectivité avec un taux de pénétration de 41,3 %, laissant derrière l’Italie avec 37 % et l’Espagne à 34 %.

«Le Maroc compte, en janvier 2011, près de 13 millions d’internautes, un chiffre en hausse continue. De plus, le nombre d’internautes est presque dix fois supérieur au nombre d’accès à Internet. Cela s’explique par le fait que les Marocains ne se connectent pas forcément depuis leurs domiciles, mais aussi à partir des cybercafés. En effet, le pays compte un très grand nombre de cybercafés avec un prix qui varie entre trois et six dirhams pour une heure de connexion », selon les auteurs de l’étude.

Autre constat, à l’échelle du monde  arabe, le Maroc, encore une fois, est le pays «qui a le plus de pages Web référencées par Google».

Technicité de la méthode

Le phénomène de cette excessive «cyberexistence» des Marocains et les psychopathologies, que génère un phénomène jamais étudié au Maroc auparavant, constituent l’esprit de cette étude. Toutefois, l’étude fait face à plusieurs critiques quant aux échelles sur lesquelles elle doit se baser. Imane Kendili évoque les Critères de Griffiths (1996), les Critères diagnostiques des dépendances comportementales de Goodman (1990), les Critères de Young, les Critères diagnostiques de l’usage problématique d’Internet de Beard et Wolf (2001) et les Critères diagnostiques d’addiction à Internet chez les élèves de collège Ko et al (2009). En ce qui concerne les personnes interrogées, l’étude a tenté de cibler un échantillon diversifié. Le premier questionnaire a été distribué dans des établissements universitaires publics «sans oublier la crainte qui pouvait émaner de la vague islamiste et les grèves ainsi que les insultes et les réactions agressives verbales ou écrites», remarque la psychanalyste. Le deuxième questionnaire, destiné aux adolescents de 12 à 18 ans, comporte 58 items et explore les domaines suivants : données socio-démographiques, usage général d’Internet, comportement vis-à-vis de la Toile, vie et violence sexuelles sur Internet. Les chercheurs ont pris soin de poser un questionnaire 3-en-1 avec 3 variations interrogeant distinctement les plus de 18 ans, les moins de 18 ans et un autre questionnaire en ligne destiné au grand public. En ce qui concerne le type de question qui ont été posées, l’étude s’est appuyée sur des «interrogations d’ordre général», «Internet et vous», «Votre vie intime», ou encore  des «Questions pour les couples ».

Quant aux paramètres, l’étude intéressée est basée sur le «sentiment de perte de contrôle» vis-à-vis d’Internet chez les Marocains et «l’usage et la durée excessifs passés sur Internet ». L’étude révèle notamment des chiffres emblématiques. « Sur un échantillon de 600 Marocains, 16,5 % ont une durée de connexion de 3 à 8 heures par jour alors que 3,3 % passent plus de 8 heures devant leurs ordinateurs quotidiennement. » Pour ce qui est de la fréquence de la connexion, « 75,6 % des Marocains se connectent le plus souvent le soir dont 64,9 % à des sites de discussion en ligne. Pour ceux qui ne se contrôlent pas du tout, le chiffre atteint 11,4 % », dévoile l’étude.

Les 12-18 ans encore plus accro

Pour les jeunes Marocains âgés entre 12 et 18 ans, Imane Kendili avoue qu’« il n’est pas si facile de poser des questions qui relèvent du tabou à des personnes si jeunes.» Mais, sur des questions plus vagues, les réponses ont été spectaculaires. «32,8  % d’entre eux se connectent tous les jours et 46,6% se connectent à Internet durant une à trois heures quotidiennement Au-delà de 8 heures de connexion par jour, ils sont à peine 7,8% à l’avouer», indique l’étude. Pour ce qui est de la soirée, les 12-18 ans atteignent les 64,7% alors que 57,8% ne peuvent vraiment pas se passer d’Internet. Bref, dans l’ensemble de l’échantillon, la cyberaddiction est aigüe.

Parmi les solutions que propose l’étude, mise à part l’urgence de tirer la sonnette d’alarme, il y a  la nécessité d’établir des campagnes de sensibilisation, de prévention et de sécurisation. Le Centre  d’addiction en ligne (Cali) est aussi là pour aider les «drogués» au Web, via un dispositif payant.

En attendant la publication de cette étude, n’oublions jamais, après tout, l’existence inéluctable de notre cher monde réel…


En 2009, la sexologue, psychiatre et psychothérapeute Nadia Kadiri publie, en collaboration avec la psychiatre Soumia Berrada, un manuel d’éducation sexuelle destiné aux jeunes. Ce guide a-t-il fait son effet depuis ?

L’éducation sexuelle se fait d’abord à la maison par des parents avisés, puis à l’école à travers des cours dédiés.L’éducation sexuelle se fait d’abord à la maison par des parents avisés, puis à l’école à travers des cours dédiés.

Le manuel a été accueilli avec beaucoup de sérénité et d’enthousiasme. C’est dire que la Marocaine et le Marocain sont capables de distinguer un produit «honteux» de celui qui traite de sujets éducatifs en les respectant », explique Nadia Kadiri. Mais, manifestement, les Marocains n’ont pas assimilé le livre des deux sexologues, plusieurs pratiques sexuelles s’avérant être déviantes à l’égard de la religion et tombant dans l’hypocrisie sociale. Deux ans après la publication du guide, Nadia Kadiri fait le point.
« La moitié de notre population est jeune, et, aujourd’hui encore, des jeunes filles entament une vie sexuelle sans y être préparées.

L’entourage et l’éducation n’inculquent rien en matière d’hygiène corporelle, de contraception et des risques d’un coït sans protection », constate Nadia Kadiri. Cette dernière trouve que les jeunes garçons conçoivent encore les filles comme un objet sexuel. Dans la majorité des cas, ce sont des prostituées qui éduquent sexuellement ces mêmes garçons.

Des chiffres pas du tout sexy

« Les garçons sont très mal ou pas informés. Aucune responsabilité. Ils vont vers les jeunes filles pour calmer leurs fortes pulsions. Si la fille tombe enceinte, ils ne se sentent pas concernés. D’ailleurs, beaucoup de jeunes hommes ont leur première relation sexuelle avec une prostituée. Alors que la première relation doit être vécue d’une façon exceptionnelle… », précise la sexologue. Ce genre de première expérience, souvent « bâclée », engendre chez les Marocains un grand nombre de problèmes dans leur future vie de couple . La perversion, par exemple, de personnes en manque affectif ou sexuel, peut pousser à des violences sexuelles contre les enfants et les femmes ou encore engendrer des grossesses indésirées.

«Une étude américaine avait mentionné un taux d’abus sexuel de 9,2 % », nous révèle Nadia  Kadiri. Pour ce qui est des grossesses hors mariage, les chiffres – officiels – de 2002 parlent de « 300 000 enfants abandonnés et récupérés par les orphelinats. En 2008, au moins 800 IVG quotidiennes, effectuées dans des conditions d’hygiène très douteuses, ont été recensées », nous confie-t-elle.

Peu informés en matière de sexualité, les Marocains vivent très mal leurs problèmes sexuels, selon la sexologue. « Les dysfonctionnements sexuels chez la femme au Maroc sont de 26,6%. Chez l’homme, les troubles érectiles sont, eux aussi, fréquents. D’après une étude que j’ai réalisée sur Casablanca avec un groupe de sexologues, 54 % des hommes souffrent de problèmes d’érection et d’éjaculation précoce», raconte la sexologue.

Ce qui doit changer aujourd’hui

L’ignorance fait que bon nombre de Marocains ne se protège pas contre les infections sexuellement transmissibles (IST). « Selon l’OMS, le nombre de cas d’adultes et d’enfants vivant avec le VIH en 2007, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, s’élève à 380 000, et ces chiffres sont en augmentation », souligne Nadia Kadiri.

En 2009, une étude réalisée sur la virginité au Maroc par un groupe de sexologues a confirmé que la sodomie reste l’une des seules échappatoires aux pulsions tues par les jeunes filles. Les résultats indiquent que la virginité doit être préservée, jusqu’au mariage, même si la jeune fille a déjà une vie sexuelle. « Pour concilier la contrainte biologique et sociale, les filles ont donc souvent recours à des arrangements… La préservation de la virginité devient alors hypocrisie », constate la sexologue.

Aujourd’hui encore, les choses n’ont pas ou très peu évolué. « Vivre sa sexualité au quotidien est complexe et reste lié aux règles de la société en matière de libertés individuelles, d’émancipation des femmes et d’éducation sexuelle. C’est la raison pour laquelle la virginité féminine est toujours considérée comme une «valeur» à préserver, que les rapports sexuels hors mariage sont prohibés et que la sexualité n’échappe pas à l’expression de rapports de force sociaux et économiques entre les hommes et les femmes. »

Interrogée sur la manière avec laquelle l’éducation sexuelle doit être dispensée, Nadia Kadiri évoque trois points essentiels : « Acquérir des comportements de prévention contre les MST (maladies sexuellement transmissibles, ndlr), les violences sexuelles et les grossesses hors mariage». La maturité psychologique permettra une maturité sexuelle. La confiance et l’aisance pendant le rapport suivront. L’éducation sexuelle se fait alors à la maison, par le biais de parents avisés, et à l’école, via des documentaires éducatifs, des tables rondes et des ateliers, et non pas sur Facebook.◆


Bien que déficient visuel, Driss Meroudi maîtrise l’arabe, le français, l’anglais, l’espagnol. Mais c’est d’abord un jeune qui chante sa douleur à travers le langage sans concession du rap. Son seul handicap : le regard des autres… Portrait d’un clairvoyant.

Le rappeur Driss Meroudi.  Photo Yassine TOUMI

 

Le rappeur Driss Meroudi. Photo Yassine TOUMI

À 22 ans, Driss Meroudi a d’ores et déjà un passé. Enfant, il a du mal à se faire des amis à cause de sa déficience visuelle. Plus tard, il se livre à la plus belle des expériences musicales, découvrant la puissance des mots à travers le rap, chose très appréciée par les membres de son entourage. Grâce à eux et au rap, il arrive à exorciser ses peines mais aussi à transmettre un message universel, celui prônant l’égalité entre êtres humains et le dépassement de leurs différences, de leurs handicaps.

«Je suis né dans un bidonville à Hay Mohammadi, où j’ai passé sept années. J’y ai intègré une école consacrée aux déficients visuels. Avec les promesses du ministère de l’Habitat, nos bidonvilles finissent par disparaître, et nous nous  sommes retrouvés dans une maison décente», nous raconte Driss.

Cette joie est assombrie par le peu d’enthousiasme des enfants de son quartier pour ce nouveau venu, malvoyant.

Le rap comme lunettes de vue

Avec son Bac littéraire et ses bonnes connaissances en anglais, le jeune rappeur entame sa dernière année de licence ès lettres anglaises, en vue de l’enseigner plus tard dans une école au Hay Mohammadi. Outre l’apprentissage de cette langue dans un but professionnel conventionnel, il se met à  avoir recours dans ses morceaux qui répandent l’amour et la tolérance.

«L’amour du rap m’est venu en écoutant plusieurs rappeurs de l’époque, marocains inclus», indique-t-il. En 2007, l’enfant prodige pense sérieusement à la création d’un groupe de musique, composé de trois autres de ses amis, dont deux sont déficients visuels. «Nizar Zayd, Zakaria Wadih, Jorgan Hansson, un ami suisse, et moi-même. L’idée de la création du groupe Blind-boyz & G est née en 2007. Nous sommes le premier groupe de déficients visuels dans le monde arabe». Au tout début, les Blind-boyz &G avait un espoir quelque peu excessif. «Le matériel coûtait cher, et face à notre handicap, les gens handicapaient la procédure…», s’irrite Driss.

Heureusement, il trouve refuge auprès d’une association près de chez lui : l’association Kira 13. «C’est ainsi que trois titres ont pu voir le jour : Oum El Mekfouf, Sahara 4 Ever – en anglais, français et arabe –, Untrue Love, Let’s have a Party et Poverty. Nous nous produisons souvent en plein-air, grâce aux organisateurs de la Commune urbaine du Hay Mohammadi, l’association française DIA de l’Initiative urbaine et le réseau des associations de Hay Mohammadi», explique Driss. Les Blid-Boyz & G rencontrent des problèmes financiers, comme la majorité des artistes des quartiers populaires. À cela s’ajoute l’attitude rétive des sponsors potentiels. Malgré tout, «rien ne peut nous arrêter», prévient l’artiste. Si Driss a un message à transmettre, c’est bien celui-ci : «Sur le plan national, nous représentons une communauté marocaine. L’État doit ouvrir l’œil sur notre futur, car nous, nous l’avons déjà fait…», conclut le rappeur.◆