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Les péripéties d’Un film ont tourné au cauchemar. Critiqué fortement puis rapidement retiré des salles de cinéma, ce film aux scènes et au langage osés raconte l’histoire d’un réalisateur en quête de production du film de l’année. Fatym Layachi, comédienne du film, nous explique le mauvais sort qu’a connu ce dernier.

Un film, œuvre controversée pour cause de «<em>scènes osées</em>» et de «<em>mots crus</em>». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.Un film, œuvre controversée pour cause de «scènes osées» et de «mots crus». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.

Nombreux parmi ceux qui ont vu Un Film disent ne pas avoir saisi le message du film. Quelle histoire raconte-t-il au juste ?
C’est l’histoire d’un jeune réalisateur qui a envie de faire son premier film et ne sait pas comment s’y prendre. Il cherche le sujet idéal, le scénario parfait. C’est une quête d’inspiration et de créativité. Mais, dans cette quête assez délirante, il entraîne deux personnes avec lui, sa femme et son meilleur ami, qui sont tous les deux comédiens, et les embarque dans son imaginaire. Le film est une production à 100 % marocaine et a été fait un peu «à la cow-boy», sans aucun financement, dans une sorte d’urgence et dans des conditions assez rock’nroll. Mais il a été réalisé avec énormément de sincérité de la part de toute l’équipe. Nous avons cru à ce projet, et nous avons tous accepté de le faire sans aucune contrepartie.

Cinématographiquement parlant, comment jugez-vous la qualité du film ? 
Même si nous avons fait ce film à l’arrache, il a été travaillé avec rigueur : un scénario écrit, des plans bien étudiés… Il y avait forcément peu de moyens techniques mais suffisamment de lumière, un son irréprochable et énormément de professionnalisme.

Un film contient des scènes et un langage assez osés. Quelle est le bien-fondé de la démarche ?
Il n’y a pas d’autre philosophie que celle de la sincérité. Le langage est en effet cru mais jamais gratuit. Je défie quiconque de faire de la poésie ou de parler un langage soutenu dans un bar, là où les propos crus sont par ailleurs tenus… Les mots rudes et le langage frontal, quand ils sont là, c’est que la scène ne peut avoir de sens sans eux… Le langage est forcément intime et tiré du quotidien marocain.

«Un film ne peut pas plaire à certains. Mais la polémique est démesurée et ne parle plus de cinéma mais de dépravation des mœurs, d’atteinte à la pudeur»

La polémique autour de ce film vaut-elle la peine ? 
Je trouve cette polémique ahurissante. Si ce film ne plaît pas à certains, c’est un choix et c’est le propre de toute œuvre d’art. Malheureusement, la polémique, que je juge démesurée, ne parle plus de cinéma mais de phénomène de société, de dépravation des mœurs et d’atteinte à la pudeur.
Nous n’avons obligé personne à aller le voir. La critique est acceptable. Mais la censure, est inadmissible. Je ne comprends pas le fait que, sous la pression de certains liberticides, le film soit retiré des salles de cinéma. Il y a énormément de musique et de film qui ne me plaisent pas, mais ces réalisations ont le droit d’exister, tout comme moi, vous et votre journal.

La comédienne Fatym LayachiLa comédienne Fatym Layachi. Photo Yassine TOUMI

Qui est la cible d’Un film ?
Quand on réalise un film, on a envie que cela plaise au plus grand nombre de spectateurs. Après, si on se penche sur la commission qui donne le visa d’exploitation et sa décision d’interdire ce film aux moins des 16 ans, je trouve cela tout à fait normal et légitime. C’est un devoir de mettre en garde les familles et leur dire que ce n’est pas un film pour les enfants.

Comment concevez-vous le flop du film ?
Je ne peux pas parler de flop, car, pour qu’il y ait un échec commercial, il faut que le film ait d’abord une vie commerciale. Un film, qui est retiré quatre jours après sa diffusion en salles, est un cas très grave.
Sous prétexte qu’un film ne plaît pas à certains, on le retire des salles. D’ailleurs, après la sortie du film, pendant la première semaine, la presse culturelle a fait du bon travail, en parlant du film et en le critiquant. Mais, dès que le débat s’est déplacé sur le terrain de l’analyse sociologique, le film a été retiré. Il faut donner à ce film le droit d’exister ! C’est un droit que nous accorde d’ailleurs la nouvelle Constitution…

Un film a-t-il participé ou participera-t-il à des festivals ?
Il a déjà participé au Festival national du festival de Tanger où il a été primé. Il a eu le Prix de la première œuvre, et Fahd Benchemsi a eu le Prix du meilleur second rôle. Ensuite, il a été sélectionné pour le Festival de Cannes dans cadre du programme « Cinémas du monde». Pour le festival de Marrakech, il a été jugé hors délai.

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Son essai «Et si l’amour durait?» définit l’homo sentimentalis contemporain à travers la littérature du XVIIe au XXe siècle.Amour effusion, amour mortification, amour compassion… Les manifestations du sentiment amoureux sont multiples. Elles renvoient pourtant à la seule chose qui compte en ce jardin à la fois si beau et si épineux: tenir parole.

 

«L’AMOUR DE L’AMOUR EST UNE TENTATION COMPRÉHENSIBLE D’UNE CULTURE QUI A TOUJOURS FAIT GRAND CAS DU SENTIMENT AMOUREUX.» Alain Finkielkraut

 

En sommes-nous capables?, questionne Alain Finkielkraut, «amourologue» dont les astres sont des romans. La princesse de Clèves de Mme deLa Fayette, Les meilleures intentions d’Ingmar Bergman, Professeur de désir de Philip Roth et L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera forment la constellation observée par le philosophe. Et si l’amour durait: fausse hypothèse, vraie espérance.

 

«Et si l’amour durait»: quelle est donc cette étrange vision des sentiments?

Paul Valéry dit: «Le renoncement à la durée marque une époque du monde. Nous sommes entrés dans l’ère du provisoire.» L’amour n’échappe pas à la règle. Nos engagements, à nous autres postmodernes, ne nous engagent plus. C’est notre ultime liberté: nous ne sommes enchaînés par rien, pas même par notre parole. Mais nous savons aussi que renoncer à la durée en amour, c’est en quelque sorte renoncer à l’amour. Une déclaration d’amour est une déclaration d’éternité. Aussi libérés que nous nous voulions, nous ne sommes pas prêts à faire de l’amour une pure et simple variante sentimentale de la consommation.

 

Nous sommes dans «la civilisation de l’amour», écrivez-vous, mais également, ajoutez-vous, dans «la civilisation de l’amour de l’amour», dont «l’homo sentimentalis» est le représentant. Ces deux civilisations sont-elles différentes l’une de l’autre?

Non, je ne dirais pas qu’elles sont différentes. L’amour de l’amour est une tentation très compréhensible d’une culture qui a toujours fait grand cas du sentiment amoureux. Seulement, il y a toujours, dans l’amour de l’amour, le risque d’oublier le destinataire de l’amour pour mieux s’aimer soi-même. Or la chance de l’amour c’est qu’il vous permette de vous oublier vous-même.

Voilà qui rejoint votre combat contre d’autres narcissismes: l’amour de son origine, l’amour de sa religion…

Si vous voulez (il sourit). Il faudrait que j’y réfléchisse. Laissons cela dans l’implicite.

La princesse de Clèves de Mme deLa Fayetteest l’un de vos objets d’étude. Vous prenez, à votre façon, fait et cause pour la princesse de Clèves qui renonce à son véritable amour, M. de Nemours. Sadomasochisme, relève Philippe Sollers, que vous citez. Idiotie?

Tout mon propos est au contraire de réhabiliter la princesse de Clèves. Elle a renoncé à l’amour. Pourquoi ? Pour deux raisons, dont l’une est noble et l’autre, désespérée. La noblesse, d’abord. Son mari est mort de chagrin. Ce chagrin, elle l’a causé en lui révélant qu’elle aimait M. de Nemours. Son mari lui dit: je vais mourir et vous pourrez arriver à vos fins, je ne serai plus un obstacle sur le chemin de l’amour. Si Mme de Clèves épouse M. de Nemours, elle transforme en aubaine la mort de son mari. Elle ne peut pas s’y résoudre. Ce serait, à ses yeux, indigne. Elle s’avilirait. Fantôme de devoir, lui dit M. de Nemours. Non, devoir qu’elle a vis-à-vis d’un fantôme obsédant et aussi vis-à-vis d’elle-même.

Quelle est la raison désespérée?

Mme de Clèves pense que M. de Nemours ne tiendra pas parole, qu’il cessera un jour de l’aimer. Elle veut s’épargner ces souffrances. Aujourd’hui, nous ne voyons même plus le problème. Mme de Clèves dit: l’amour ne tiendra pas ses promesses. Nous disons qu’elle a raison et qu’il n’y a pas de quoi en faire un plat. Eh bien au moins est-elle là pour nous rappeler que peut-être il faut en faire un plat, que peut-être nous devons réfléchir à cette étrange situation, que peut-être nous ne pouvons pas faire notre deuil de la grande promesse de l’amour.

La seconde raison, la désespérée, nous est commune. Elle se traduit notamment par le prosaïque: je le largue ou je la largue avant de me faire larguer…

On peut dire qu’il y a comme un principe de précaution sentimentale chez Mme de Clèves. Mais elle révèle aussi la difficulté de l’amour. L’amour peut-il ou non être à la hauteur de ses promesses? Et s’il ne le peut pas, que doit-on penser de ce sentiment? Au fond, nous sommes tous remplaçables les uns pour les autres. L’amour proclame l’irremplaçabilité d’un être. Fautil accepter que cette irremplaçabilité soit temporaire? Je n’en suis pas sûr.

Dans le cas de la princesse de Clèves, l’amour ne dure pas puisqu’elle ne rend pas sa réalisation possible avec celui qu’elle aime, M. de Nemours.

Non, elle ne cesse pas pour autant d’aimer. Elle sacrifie son amour parce qu’elle a cette espèce de lucidité, parce qu’elle ne veut pas transiger. Bien sûr, nous savons qu’en dépit de ses efforts, elle mourra amoureuse du duc de Nemours. Il ne s’agit de la citer en exemple. Il s’agit de savoir si elle a mis le doigt sur un véritable problème, c’est tout.

 

 

Quel est ce véritable problème?

Il est ceci: l’amour est-il voué à ne pas tenir parole?

Est-ce stupide de ne pas apporter de réponse?

Je n’ai pas écrit un essai. J’ai réuni un certain nombre de livres et j’ai essayé de réfléchir avec eux, autour d’eux, à travers eux. C’est la grâce du roman. Il n’argumente pas. Il décrit des situations et il envisage des réalités ou des problèmes à travers des individus, ou des cas. C’est tout ce que j’ai voulu faire. Dans Les meilleures intentions, d’Ingmar Bergman, on s’aperçoit qu’un autre cadre, familial celui-là, interfère dans la destinée des deux héros et amants, Henrik et Hannah. DansLa Princessede Clèves, l’amour était soumis à la loi, voici désormais qu’il fait la loi. Oui, Hannah et Henrik vivent sous l’œil de leurs parents, qui voient cette union d’un mauvais œil. Il reste qu’ils ne peuvent rien faire pour l’empêcher, et que si les choses vont mal, c’est pour des raisons internes à cette relation. Nous ne sommes plus dans le cas du différend entre l’ordre social et le sentiment. C’est le sentiment lui-même qui débouche sur une catastrophe. Les parents sont aussi très présents dans le livre de Philip Roth, Professeur de désir. Mais voyez comme les choses ont changé. Ce ne sont pas les parents en tant que puissance mais en tant que fragilité. La mère meurt, le père va mourir. Ils sont vulnérables et dépositaires, aussi, d’une manière d’être vouée à la disparition. Ils sont les objets d’une intense nostalgie. Une certaine vérité de l’amour va peut-être mourir avec eux.

Alors que David Kepesh, leur fils, est l’incarnation de l’impossibilité de l’amour durable.

Il aime Claire Ovington mais il sent que son désir le fuit. Il s’enchantait de la libération du désir et il prend conscience que le désir lui-même est une sorte de despote qui n’en fait qu’à sa tête. Il est donc désolé, il va devoir rompre avec celle qu’il aime, sa vie se présente à lui comme une succession d’intérims. Philip Roth superpose à cette description mélancolique l’évocation de l’amour invincible et évident des parents de David Kepesh. Ils étaient jeunes, Abe et Belle, quand ils se sont vus pour la première fois. Pour reprendre une citation de Kierkegaard, «il la garde dans l’étreinte fidèle de sa résolution».

A l’inverse de David Kepesh, l’amour qui soude Tomas et Tereza, les deux héros de L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera, roman avec lequel vous fermez votre livre, apparaît comme l’exemple à suivre.

Il n’y a pas d’exemple à suivre. Je ne donnerai pas raison à Tomas et Tereza en les opposant à David Kepesh. Reste qu’il y a un paradoxe, avec Kundera. Cet auteur libertin a parlé d’amour comme nul autre avant lui. Curieusement d’ailleurs, ce paradoxe n’a pas été, je crois, étudié. On célèbre en Kundera le continuateur du siècle des lumières, l’héritier de Diderot et de Vivant Denon. Il est vrai que de roman en roman, il mène une guerre implacable contre le romantisme, mais il nous dit quelque chose du sentiment amoureux et même de la fidélité amoureuse que personne n’avait dit avant lui. C’est le cas dans L’insoutenable légèreté de l’être, c’est vrai aussi dans deux autres romans, L’ignorance et Le livre du rire et de l’oubli. L’un des héros de L’ignorance, Joseph, revient à Prague après la chute du mur de Berlin, il avait émigré au Danemark. Il a une aventure, cette aventure est belle, il pourrait tomber amoureux, mais il est veuf. Veuf veut dire disponible dans le langage courant. Or il n’est pas disponible: sa femme qui est morte et qu’il a tant aimée, n’a plus que lui, elle s’est remise entre ses mains. Il est mu par une invincible compassion et par une fidélité déraisonnable. Son travail du deuil consiste non pas à oublier la morte mais à en entretenir le souvenir. Nul ne peut, encore une fois, citer cette attitude en exemple, reste à constater que Kundera explore cette dimension de l’amour, la fidélité, par-delà la mort.

Kundera, dans L’insoutenable légèreté de l’être, fait en quelque sorte l’éloge de la compassion comme transport amoureux, compassion qu’il comprend dans le sens de «souffrir avec», le mitleiden allemand.

Je vous citerai Levinas: «Ce qu’on appelle, d’un terme un peu frelaté, amour est par excellence le fait que la mort de l’autre m’affecte plus que la mienne.» L’amour de l’autre c’est l’émotion de la mort de l’autre. L’autre vous est cher, et plus il vous est cher, plus il vous apparaît fragile, plus vous pouvez penser à sa disparition. Cela rejoint le mitleiden de Kundera.

Que vous inspire l’affaire DSK, ou plutôt le roman DSK, où l’on voit une épouse, Anne Sinclair, manifestement amoureuse d’un mari infidèle? Où se situe-t-on?

Je réponds avec d’extrêmes précautions car je n’ai pas tous les éléments. Je pense qu’ils sont tous les deux amoureux. Elle lui a pardonné, ou elle lui pardonnait en dépit de tout, parce qu’elle était sous le charme. C’est le mystère des couples, des arrangements, et là-dessus je n’aurai aucun commentaire à faire. Je ne me suis permis d’intervenir sur l’affaire Strauss-Kahn que parce que, justement, on a voulu, à toute force, en oublier la singularité pour en faire le procès non seulement de la domination masculine mais de la galanterie française. Quoiqu’on puisse dire de cette relation dans le Sofitel, la galanterie n’était pas en cause. Ce n’était pas un acte galant.

Le libertinage n’est donc pas l’ennemi de l’amour?

J’essaie de ne pas être un moralisateur. Je ne considère pas que le libertinage soit une solution, je ne pense qu’il soit une libération et je ne pense pas qu’il soit condamnable. C’est une manière d’être au monde. Ce n’est pas la mienne. Et voilà.

 

 

 

 


Aujourd’hui, le Maroc compte près de 5 000 hippies. Rencontre avec l’un des plus actifs d’entre eux, Khalil, notre Hendrix national.

                                             Khalil EL Bouayadi : «Donner l’amour à travers la musique ». Photo Yassine TOUMI

Des lunettes à la John Lennon, des cheveux légèrement longs et frisés, attachés d’un bandeau indien et une barbe de bouc… Khalil EL Bouayadi, âgé de 40 ans et résidant à Settat, est le dernier hippie marocain. « Rien de si fameux dans mon quartier d’enfance, Smaâla, à Settat. Ah si… Il y avait à l’époque beaucoup d’Américains bizarres et ils étaient…. hippies », se remémore Khalil. Ce dernier a su, dès son plus jeune âge, faire ses choix et se tracer son propre chemin. « Mon père était enseignant, intellectuel d’éducation islamique à l’université El-Qaraouiyine à Fès et me disait souvent qu’il connaissait mieux que moi ces « scarabées » [allusion au mot-valise Beatles – n.d.l.r.] que j’adulais, raconte Khalil. Mais nous n’avions jamais eu de débat sur mes choix musicaux ni mes convictions religieuses. »

Se faisant petit à petit son propre monde hippie, Khalil, se voit « obligé » d’avoir un diplôme « pour que les gens te parlent », se justifie-t-il. Il entame alors une formation et décroche son diplôme en gestion des entreprises. Une fois sur le marché du travail, Khalil se retrouve dans la situation coutumière de l’époque : au chômage. « C’est grâce à mes six années de chômage qu’aujourd’hui je suis artiste », nous confie-t-il. En 4e année de ses études, Khalil nous révèle le détail qui avait déclenché son amour de la paix. « Mon professeur de français m’avait demandé de faire un exposé sur les hippies. Nous réaliserions plus tard que l’on avait un point commun : l’ambition de donner l’amour à travers la musique. »

Le chômage comme énergie créative

Durant ses six années de chômage, Khalil passait la majorité de ses journées à lire des livres sur l’histoire de la musique, offerts par son père. « Un ami m’a dit un jour que nous vivons dans la plus tragique des misères et que cela ne ressemble pas à notre intellect. J’ai donc décidé de prendre mon avenir à deux mains. Je me suis inscrit dans un conservatoire de musique », révèle Khalil.  Pour six heures de solfège de guitare par jour, le Last hippie finissait ses nuits avec la casquette de marchand ambulant afin de payer ses cours… Khalil voyageait beaucoup, mais c’est son voyage à Essaouira qui allait lancer sa carrière de remarquable guitariste beatnik.

«Woodstock au Maroc aura lieu quand on aura de nombreux centres culturels et conservatoires de musique. Ne baissons pas les bras.»

« Je suis parti avec des amis à un restaurant. L’ambiance aurait frôlé la perfection si quelqu’un y avait joué de la musique. Et c’est ainsi que ma proposition fut retenue », précise-t-il. D’un restaurant à l’autre, Khalil commençait à se faire un nom, à devenir un pro de la guitare électrique et créa en 2005 son propre groupe de rock, The Legend Revival. « Le groupe se limite à trois membres.

Moi-même, guitariste, chanteur et compositeur, Yassine Nouari, bassiste et Mohamed Yassine Nabil, le batteur. Nous sommes tous des prosélytes de l’école hendrixienne et du Heavy Metal des années 1970 », explique Yassine. Legend Revival, comme son nom l’indique, fait revivre les légendes du rock. « Je n’oublierais jamais le jour ou nous sommes montés sur scène trois jours d’affilée à L’Boulevard. Nous étions le premier groupe de rock marocain à jouer le thème Woodstock. Hendrix, Johnny Winter, Canned Heat, Black Sabath, Jethro Tull. Tous nous hantaient ces jours-là» , se rappelle Khalil.

L’espoir de la musique

«À Settat, j’ai un petit magasin de disques vinyle que j’entretenais en donnant des cours de musique un peu partout dans les écoles. Un vieil ami m’avait dit que le métier consistant à chanter les légendes ou à les vendre est une chose magnifique, mais cela restait un simple cimetière d’artistes que les gens visitaient de temps en temps. J’ai donc pensé à réaliser mes propres compositions », nous confie Khalil. Mais Khalil ignorait encore l’ampleur et la facilité avec laquelles les choses allaient s’ouvrir devant lui. « Feu M. Rimi, un autre ami à moi, était enseignant d’histoire à l’époque. Il venait souvent chez moi au magasin pour écouter du Santana et lui apprendre à jouer de la guitare à l’insu de ses enfants. Il voulait leur faire une énorme surprise mais il mourut plus tôt et cela m’a marqué », témoigne Khalil. Rimi avait laissé en guise d’héritage un conseil précieux à Khalil : « Créer une association, sinon personne d’autre ne le fera » Et l’association Musique espoir naquit en 2007. « L’objectif principal de ce festival est de lutter contre la délinquance des jeunes », précise Khalil.

Ce dernier lance alors la première édition du Festival musique espoir à Settat en décembre 2008. Elle avait vu la présence de quelque 4000 baba cool qui ont pleuré devant la photo faisant hommage à M. Rimi. La deuxième édition s’est tenue les 9 et 10 juillet 2010 avec un public de 3 000 personnes, « car les autorisations de production nous ont été livrées à la dernière minute, en plus de l’inexistence des sponsors et des aides financières », déplore Last hippie. La troisième édition peine à avoir lieu, car « ces complications me démotivent », nous avoue Khalil.

Mise à part l’association EAC L’boulevart, l’Institut Goethe, l’INDH, la wilaya et quelques vrais amis, personne n’a pensé à aider Last hippie. « Sincèrement, le ministère de la Culture ne fait rien du tout, ne donne rien. Que personne ne vous mente. Il voulait même me voler mon projet de musique espoir, et je me suis battu pour le récupérer », nous affirme Khalil. Ce dernier, tout comme n’importe quel amoureux de la musique, rêve d’un Mawazine 100 % marocain. Notre dernier hippie ne nous quitte pas sans nous dire ces mots sages et pleins de Flower Power : « La classe moyenne au Maroc doit s’élargir. La pauvreté rend les gens extrémistes.

La richesse rend les gens sauvagement capitalistes. Sans une classe moyenne, ne vous attendez à rien en ce qui concerne la culture du pays. Woodstock au Maroc aura lieu quand on aura de nombreux centres culturels et conservatoires de musique. Ne baissons pas les bras. Prônons le « Peace and Love », les gens », conclut-il.◆

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .


En 2009, la sexologue, psychiatre et psychothérapeute Nadia Kadiri publie, en collaboration avec la psychiatre Soumia Berrada, un manuel d’éducation sexuelle destiné aux jeunes. Ce guide a-t-il fait son effet depuis ?

L’éducation sexuelle se fait d’abord à la maison par des parents avisés, puis à l’école à travers des cours dédiés.L’éducation sexuelle se fait d’abord à la maison par des parents avisés, puis à l’école à travers des cours dédiés.

Le manuel a été accueilli avec beaucoup de sérénité et d’enthousiasme. C’est dire que la Marocaine et le Marocain sont capables de distinguer un produit «honteux» de celui qui traite de sujets éducatifs en les respectant », explique Nadia Kadiri. Mais, manifestement, les Marocains n’ont pas assimilé le livre des deux sexologues, plusieurs pratiques sexuelles s’avérant être déviantes à l’égard de la religion et tombant dans l’hypocrisie sociale. Deux ans après la publication du guide, Nadia Kadiri fait le point.
« La moitié de notre population est jeune, et, aujourd’hui encore, des jeunes filles entament une vie sexuelle sans y être préparées.

L’entourage et l’éducation n’inculquent rien en matière d’hygiène corporelle, de contraception et des risques d’un coït sans protection », constate Nadia Kadiri. Cette dernière trouve que les jeunes garçons conçoivent encore les filles comme un objet sexuel. Dans la majorité des cas, ce sont des prostituées qui éduquent sexuellement ces mêmes garçons.

Des chiffres pas du tout sexy

« Les garçons sont très mal ou pas informés. Aucune responsabilité. Ils vont vers les jeunes filles pour calmer leurs fortes pulsions. Si la fille tombe enceinte, ils ne se sentent pas concernés. D’ailleurs, beaucoup de jeunes hommes ont leur première relation sexuelle avec une prostituée. Alors que la première relation doit être vécue d’une façon exceptionnelle… », précise la sexologue. Ce genre de première expérience, souvent « bâclée », engendre chez les Marocains un grand nombre de problèmes dans leur future vie de couple . La perversion, par exemple, de personnes en manque affectif ou sexuel, peut pousser à des violences sexuelles contre les enfants et les femmes ou encore engendrer des grossesses indésirées.

«Une étude américaine avait mentionné un taux d’abus sexuel de 9,2 % », nous révèle Nadia  Kadiri. Pour ce qui est des grossesses hors mariage, les chiffres – officiels – de 2002 parlent de « 300 000 enfants abandonnés et récupérés par les orphelinats. En 2008, au moins 800 IVG quotidiennes, effectuées dans des conditions d’hygiène très douteuses, ont été recensées », nous confie-t-elle.

Peu informés en matière de sexualité, les Marocains vivent très mal leurs problèmes sexuels, selon la sexologue. « Les dysfonctionnements sexuels chez la femme au Maroc sont de 26,6%. Chez l’homme, les troubles érectiles sont, eux aussi, fréquents. D’après une étude que j’ai réalisée sur Casablanca avec un groupe de sexologues, 54 % des hommes souffrent de problèmes d’érection et d’éjaculation précoce», raconte la sexologue.

Ce qui doit changer aujourd’hui

L’ignorance fait que bon nombre de Marocains ne se protège pas contre les infections sexuellement transmissibles (IST). « Selon l’OMS, le nombre de cas d’adultes et d’enfants vivant avec le VIH en 2007, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, s’élève à 380 000, et ces chiffres sont en augmentation », souligne Nadia Kadiri.

En 2009, une étude réalisée sur la virginité au Maroc par un groupe de sexologues a confirmé que la sodomie reste l’une des seules échappatoires aux pulsions tues par les jeunes filles. Les résultats indiquent que la virginité doit être préservée, jusqu’au mariage, même si la jeune fille a déjà une vie sexuelle. « Pour concilier la contrainte biologique et sociale, les filles ont donc souvent recours à des arrangements… La préservation de la virginité devient alors hypocrisie », constate la sexologue.

Aujourd’hui encore, les choses n’ont pas ou très peu évolué. « Vivre sa sexualité au quotidien est complexe et reste lié aux règles de la société en matière de libertés individuelles, d’émancipation des femmes et d’éducation sexuelle. C’est la raison pour laquelle la virginité féminine est toujours considérée comme une «valeur» à préserver, que les rapports sexuels hors mariage sont prohibés et que la sexualité n’échappe pas à l’expression de rapports de force sociaux et économiques entre les hommes et les femmes. »

Interrogée sur la manière avec laquelle l’éducation sexuelle doit être dispensée, Nadia Kadiri évoque trois points essentiels : « Acquérir des comportements de prévention contre les MST (maladies sexuellement transmissibles, ndlr), les violences sexuelles et les grossesses hors mariage». La maturité psychologique permettra une maturité sexuelle. La confiance et l’aisance pendant le rapport suivront. L’éducation sexuelle se fait alors à la maison, par le biais de parents avisés, et à l’école, via des documentaires éducatifs, des tables rondes et des ateliers, et non pas sur Facebook.◆


Créé en mai 2011, le groupe Facebook d’origine grec « World Revolution » appelle le monde entier à sortir dans les rues le 15 octobre pour réclamer une véritable démocratie et la fin de la mondialisation. Le Maroc va-t-il suivre ?

Manifestation à New York, le 18 septembre dernier, pour protester contre le système capitaliste.Manifestation à New York, le 18 septembre dernier, pour protester contre le système capitaliste.

Si le Printemps arabe a initié un mouvement contestataire sans précédent en Tunisie, Egypte, Libye, Maroc, Soudan, la Grèce, considérée comme le berceau de bien des cultures et civilisations veut marquer une seconde fois l’Histoire. Postant sur le mur du groupe « World Revolution » toute l’actualité concernant les manifestations qui ont lieu un peu partout dans le monde, y compris celles du Maroc, la page « World Revolution », d’origine grecque, se veut un porte-parole des peuples qui réclament des changements.

Les internautes y partageant « les bavures » des responsables politiques et « la manipulation » qu’ils subissent. Ils appellent également à une marche planétaire contre la mondialisation et pour une (vraie) démocratie et justice sociale. Cette initiative qui se présente comme la « finale » d’un match longuement disputé entre les citoyens et les leaders politiques est programmée pour ce 15 octobre.

« Game over » au capitalisme

« Le 15 octobre, des gens du monde entier descendront dans les rues et sur les places publiques. De l’Amérique à l’Asie, de l’Afrique à l’Europe ou encore en Australie, ces personnes se mobilisent pour réclamer leurs droits et exiger une vraie démocratie. Maintenant, il est temps de nous réunir dans une protestation mondiale non-violente. », peut-on lire sur le site 15october.net/fr/. La campagne médiatique est déjà lancée sur les réseaux sociaux mais pas assez dans la presse marocaine. Facebook fourmille de groupes dans toutes les langues répondant présent à cette manifestation mondiale. Les débats sur le site de microblogging Twitter fusent également.

«FMI, Banque Mondiale, ONU, Wall-Street, G20… toutes ces institutions non démocratiques qui asservissent les peuples doivent tomber».

Voulant exprimer leur totale approbation avec cette initiative, les  internautes marocains ont eux aussi créé des groupes virtuels dédiés. Parmi les plus actifs, on peut citer « Manifestation pacifique pour une démocratie réelle », « 15 October 2011 – World Revolution – United for Global Change -Morocco-»  et « jeunesses indignées #Maroc » réunissant à peu près quelque 3 000 membres.
Concernant les villes marocaines qui ont confirmé leur participation à cette grande marche, seules Rabat (quartier Agdal) et Casablanca (avenue des FAR) se disent pour l’instant partantes. Pour Younes Belghazi, l’un des initiateurs du groupe marocain World Revolution, « le 15 octobre n’est que le début de la lutte des peuples unis et solidaires face au nouvel ordre mondial… On ne veut plus de ces systèmes autoritaires qui s’acharnent sur nous. FMI, Banque Mondiale, ONU, Wall-Street, G20… toutes ces institutions non démocratiques qui asservissent les peuples doivent tomber. En gros : Game Over au capitalisme! ».

Faisabilité et freins

Mohamed Darif, politologue marocain, voit autrement la chose. « Les chances de réussite de cette marche sont minimes tout simplement parce qu’il y a un développement inégal sur l’échiquier politique de chaque pays. De plus, pour chaque pays  la démocratie est vue sous un angle diffèrent. D’un côté, les pays en voie de développement, en l’occurrence, le monde arabe, s’attaquent au despotisme et aspirent à la dignité. De l’autre, le monde occidental veut abattre l’omniprésence des lobbies sans forcément vouloir faire tomber leurs dirigeants », explique-t-il. Même si la marche mondiale du 15 octobre peut connaître un nombre important de participants, le politologue reste sceptique par rapport à sa faisabilité. « La marche mondiale du 15 octobre nous démontrerait par contre une seule chose : le décalage qui existe entre les pays sous-développés et les pays sur-développés », conclut-il.◆


Pour le militant rifain des droits de l’Homme Chakib Khyari, un débat national sur la légalisation de la culture de cannabis est une urgence. Voilà pourquoi.

« Au Maroc et même en Europe, la lutte contre le trafic de drogue est futile car il existe des moyens de détourner la vigilance des autorités ».

Après deux ans et trois mois passés en prison, Chakib Khyari fait de nouveau parler de lui. Fort de l’élan de solidarité dont il était entouré, suite à sa détention pour « transfert illégal d’argent » et « intelligence avec un pays étranger ». Sur fonds de déclarations et actions condamnant la gestion par l’Etat du dossier du trafic de drogue, le militant rifain et président de l’Association du Rif des droits de l’homme reprend du service. « Je reste fidèle à la voie que j’ai choisie, celle de combattre la prévarication et de défendre les droits de l’Homme », nous dit-il. Entretien.

Que devient l’Association du Rif des droits de l’Homme que vous présidiez avant votre incarcération ?
Avec mes camarades au sein de cette structure, nous avons procédé au renouvellement des structures de l’Association. Nous avons entamé depuis deux semaines la mise en place d’un plan d’action pour cette année, après avoir obtenu le récépissé final nous permettant de relancer nos activités. Nous tablons également sur la création prochaine d’un centre de soutien anti-corruption, sous la supervision de Transparency Maroc, dont nous serons l’un des partenaires. Ceci, en plus de la mise en place de programmes de formation, au profit des associations et des étudiants notamment, sur des thématiques se rapportant aux droits de l’Homme. Notre objectif est de soutenir la diffusion de la culture des droits de l’Homme dans une région qui connaît nombre de dépassements.

Qu’en est-il de vos positions sur la culture et le trafic du cannabis, votre autre champs de bataille ?
Je suis décidé à continuer le combat de la dénonciation de ce que cache ce dossier, avec les preuves. Et ni la prison ni une autre mesure ne m’en dissuaderont. Le trafic de drogue est un fait. Ce qui est plus dangereux, c’est ce que relèvent des rapports établis tant au Maroc qu’ailleurs, sur ces connexions qui commencent à naître entre les barons de drogue, les mafias du trafic d’armes et les groupes terroristes. La région est également de plus en plus inondée par les drogues dures que transportent les mêmes go-fast qui exportent le cannabis en Europe. Tout cela n’empêche pas bien des trafiquants d’investir l’espace politique de notre pays et nous entendons dire que de nombreux barons ont l’intention de se présenter aux prochaines élections. Or, comment peut-on concevoir une construction démocratique et la préservation de la sécurité nationale tout en fermant l’oeil sur cette situation ?

La lutte contre le trafic de drogue bat cependant son plein au Maroc. Quel regard portez-vous sur cela ?
Au Maroc et même en Europe, la lutte contre le trafic de drogue est futile car il existe des moyens de détourner la vigilance des autorités. La preuve la plus concrète est la récente évaluation de la politique internationale de lutte contre le trafic de drogues. Les rédacteurs du rapport ont appelé à légaliser la culture et l’exploitation du cannabis car les politiques de lutte sont un échec et ont engendré des conséquences graves  sur les communautés à travers le monde. Parmi ceux qui ont contribué à la rédaction du rapport, nous retrouvons Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies, Javier Solana, Cesar Gaviria, ancien président de Colombie et bien d’autres personnalités de haut rang.

«Fouad Ali El Himma et Hamid Chabat ont, eux aussi, appelé à un débat sur la légalisation du cannabis».

Les nouveaux projets économiques qu’accueille le Nord, comme ceux de Marchica, peuvent-ils changer la dépendance des populations locales à la culture et au trafic de drogue ?
La région est connue pour être la capitale du trafic de drogue vers l’Europe, avec des centaines d’embarcations et de go-fast qui sillonnent la Méditerranée, sous le regard passif de nos autorités. D’ailleurs, en tant que président de l’association, j’avais adressé une lettre ouverte au roi, le 9 octobre 2006,  l’informant sur une affaire des services de sécurité qui avaient fermé les yeux sur un gros trafic de drogue en contrepartie d’une somme d’argent. C’est après la publication de cette lettre dans la presse qu’une grande compagne a été lancée pour transformer la région et en faire un site touristique. Mais le trafic ne mourra point tant qu’un vrai plan stratégique n’est pas  élaboré.

Plus que jamais, il est temps de soulever le débat sur la légalisation du cannabis. Où est ce que cela bloque ?
Avec des acteurs associatifs, des militants des droits de l’Homme  et des universitaires, nous avons rédigé un document afin d’ouvrir un débat public sur le thème.  Notre militantisme dans ce type d’actions n’est pas infondé. Nous nous basons sur la convention sur  la lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, précisément l’article 14. Il y a aussi l’article 24 de la Déclaration des Nations Unies concernant les droits des peuples autochtones, qui stipule que «les peuples autochtones ont le droit d’exercer leur médecine traditionnelle et à conserver leurs pratiques médicales, et en particulier la conservation des plantes médicinale ».
Après mon arrestation, certains politiciens ont eux aussi soulevé cette question de légalisation de la culture du cannabis tels que Fouad Ali El Himma, qui avait appelé à Ketama à un débat national et Hamid Chabat, qui a fait de même. Mais les politiciens en général, n’ont pas encore pris le temps nécessaire pour étudier le sujet plus profondément. Et c’est ce que je compte faire avec mes collègues : vulgariser le sujet auprès des leaders d’opinion et les décideurs politiques.

Autre front que vous attaquez, la défense de l’amazighité. Que pensez-vous de la récente officialisation de cette langue ?
La reconnaissance de l’amazighe en tant que langue officielle est conditionnée par des lois réglementaires qui restent à adopter. Il s’agit d’un acquis considérable que le mouvement amazigh en général salue, après des décennies de lutte et de militantisme. Mais les derniers combats sur les réformes constitutionnelles ont montré qu’il existe des lobbies puissants contre l’amazighité. Pour sa part, le mouvement amazigh continuera d’exercer une pression en vue de faire adopter ces lois réglementaires afin d’officialiser la langue amazighe et l’intégrer aux différents niveaux de notre vie politique et dans les différents secteurs, de la santé à la Jutsice en passant par les médias et l’éducation. A cela s’ajoute la libération des défenseurs de l’amazighité comme Hamid Attouch et Mustapha Ousaya.◆


Plusieurs livres demeurent inaccessibles aux lecteurs marocains et leurs auteurs ne sont pas toujours les bienvenus chez nos censeurs. Souvent, leurs contenus abordent une trinité intouchable chez nous : le Sahara, la religion et la monarchie.

Les lecteurs restent encore otages d’une pratique qui n’est pas prête de disparaître.

Au Maroc, certains livres à polémique sont encore victimes de censure. Motif, un contenu «inapproprié» à la culture, aux mœurs et aux sacralités du pays. Pourtant, la nouvelle Constitution garantit la liberté dans la perception de ces dernières, d’autant plus que la personne du roi n’est plus sacrée, mais respect lui est du.

Avant le discours royal du 9 mars 2011, des caisses de livres trouvaient de grandes difficultés à traverser nos frontières pour trouver place sur les présentoirs des librairies. Aujourd’hui, les choses ne semblent pas avoir changé.
Qu’en est-il donc des raisons de cette censure ? La réponse la plus fréquente et la plus abattue reste : «Le système est ainsi fait…On n’y peut rien !».

Ali Amar, dont le livre Mohammed VI, le grand malentendu, a subi le niet du censeur, ne mâche pas ses mots pour nous donner son avis : «C’est une forme d’infantilisation du Marocain. Il n’est pas censé lire autre chose que ce que l’État lui propose dans son programme scolaire. Une autre vision des choses pourra le révolter, lui changer son impression sur l’état des choses. Je trouve que l’État doit se décider a nous considérer comme des personnes majeures et vaccinées. Le discours de l’État est en pure contradiction avec celui de la Constitution. La féodalité existe dans le génome de la nation. Il n’y a pas d’autres solutions que de laisser les Marocains choisir ce qu’ils veulent lire eux même…».

«Le Marocain n’est pas censé lire autre chose que ce que l’État lui enseigne dans son programme scolaire».
Ali Amar, journaliste-écrivain censuré.

Les libraires, eux, ne cachent pas leur colère : «On fait la commande de livres que nous voulons proposer à nos lecteurs et avant même qu’il ne les lisent, les responsables du bureau des publications étrangères passent directement la liste au bureau de censure ! La législation a toujours du retard sur la réalité, mais je pense qu’elle va céder », nous révèle Pierre Hamelin, directeur de la Librairie des colonnes à Tanger. «La censure est une longue tradition au Maroc et beaucoup de livres en sont victimes. C’est la preuve que la liberté d’expression n’est pas encore acquise au Maroc», explique le journaliste-écrivain censuré Ali Amar.

Il y a bien une liste…

Interrogée sur la possibilité d’avoir une liste officielle des livres censurés, Rachida Nour, chef de l’unité des publications étrangères au Ministère de la Communication, se prononce après hésitation : «  Il n’y a pas de liste officielle. L’intervention dépend des contenus de chaque livre : omission volontaire ou involontaire de l’expression «Sahara marocain» dans les ouvrages contenant des cartes géographiques, contenu à caractère pornographique, propagande anti-Islam ou encore des livres touchant aux sacralités du pays. Une fois ces livres détectés ou commandés, nous les exposons à Monsieur le ministre (Khalid Naciri, ndlr) pour qu’il décide de leur sort…». Ce dernier, en réponse à cette même question, se suffira d’un «Non !» sec.

Pourtant, plusieurs libraires nous listent une douzaine de livres qu’ils avaient commandés mais que «le bureau de censure» avait refusé de faire entrer sur le territoire. Évidemment, les livres censurés les plus connus par les Marocains restent
Notre Ami le roi, de Gilles Perrault et Mohamed VI, Le grand malentendu, d’Ali Amar. D’autres livres moins connus sont énumérés par les libraires à savoir Réquisitoire contre un despote, de Mohamed Diouri, Tazmamart : une prison de la mort au Maroc, de Christine Serfaty, Les versets sataniques, de Salmane Rochdy, ou encore Le dernier roi, de J.P. Tuquoi. «Le livre le plus récent qui nous a été refusé est Le dernier combat du Captain Ni’mat, du marocain Mohamed Leftah parce qu’il aborde le thème de l’homosexualité…», nous confie une libraire.
Après moult tentatives pour envoyer cette liste «noire» au ministre de la communication, ce dernier en accuse finalement réception en nous promettant de la regarder de près, mais « plus tard ». Report justifié, vu l’agenda politique serré du gouvernement….

N.B : Contacté vendredi , pour me dire ce qu’il en pense de cette liste, ce dernier (Naciri) me dit d’un air nerveux et effrayant :  » Je vois que votre mission est accomplie, l’article est déjà écrit. Excusez moi! « , et il me raccrocha au Nez !

  LISTE  DES LIVRES CENSURES:

Dernier combat du Captain Nimat de Mohamed Leftah
Notre Ami le Roi, Gilles Perrault
Mohamed VI , le grand malentendu, Ali Amar
le dernier roi, Jean Pierre Turquoi
Les 3 rois, Ignace Dalle

[Tazmamart : une prison de la mort au Maroc] par Christine-Daure-Serfaty

[Dans les prisons du roi, écrits de Kénitra sur le Maroc] par Abraham Serfaty.
[Les versets sataniques] par Salman Rushdie

[À qui appartient le Maroc ?] et [Réquisitoire contre un despote] par Moumen Diouri

[Oufkir un destin marocain] par Stephen Smith

[Le commandeur des croyants] par John Waterbury

[La monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir] par Maâti Monjib