Archives de la catégorie ‘Pollution visuelle’


Ce sont des partis locaux comme les autres, avec ou sans programme électoral…. À ceci près que leurs noms et leur discours sont assez rigolos… Aperçu des partis MDR marocains !

Parmi les candidats : le Parti du savon noir, le Parti de l’âne démocratique ou encore le Parti des sauterelles libérales socialistes centristes marocaines.

« Le Parti du sabone el beldi [savon noir] est le symbole de la lutte contre les saletés du pays. Nos orientations politiques sont de gauche-droite, Nord-Sud et horizontale-verticale… Glissez avec le Parti du sabone el beldi (PSB) et ne vous arrêtez jamais de militer ! »… C’est avec ces phrases bizarres et à peine déchiffrables que commence son discours de campagne le docteur Koteha, mascotte du PSB. D’une durée de trois minutes, la réalisation satirique du réalisateur artistique marocain Rachid Jadir ne manque pas d’humour. Des vidéos sur Youtube aux groupes Facebook, les partis, qui tournent à la dérision les programmes politiques en cette période de campagne électorale, fourmillent sur la Toile marocaine. Outre le PSB, le PÂDM, le PUV et le PTK sont les plus appréciés.

Revendications

حزب الصابون البلدي

Le PSB, avec ses 3 105 membres, semble être un simple parti humoristique marocain. Mais une fois que l’on l’analyse, le discours du Dr Koteha met, en réalité, à nu les revendications des manifestants avec un brin d’exagération, empli de sous-entendus. « Concernant les droits de la femme, nous lui donnerons l’occasion de se venger de toutes les années de déperdition et de hogra. Nous lui accorderons un mariage de quatre hommes jusqu’à l’infini, et nous imposerons à ces derniers le voile et des lunettes de soleil. Nous donnerons aussi aux femmes la liberté de se déshabiller et nous veillerons à ce qu’elles soient transparentes et bien formées… », peut-on écouter dans la vidéo du PSB. Pour le slogan, les interprétations sont les bienvenus. « Notre slogan est le suivant : ensemble pour lutter contre alfassas et almoufssissines… » Sûrement une méchante dyslexie du Dr Koteha, qui voulait parler de « dépravation » et de « dépravés». « Une blague sur El Fassi », conclut Rachid Jadir.

Si le PSB est le seul parti humoristique à avoir, à sa façon, vraiment joué le jeu de la campagne électorale, d’autres ont de leur côté un programme, des commentaires ou des idéologies assez insolites. Avec ses 626 membres, le Parti de l’âne démocratique marocain (PÂDM) tient un discours bref, concis mais très populaire. En guise d’insoumission, le parti met les points sur les «i» : « Nous mourrons, oui, mais nous ôterons la selle de nos dos… », peut-on lire dans la présentation de la page Facebook du PÂDM.

Concernant les motifs qui poussent certains à y « militer », ils convergent vers la même chose, et le message est même à connotation phallocratique : « Après une longue réflexion, nous avons décidé de voter pour le parti de l’âne car son programme est clair et très long et ne connaît que la droiture… Votez [pour] l’âne et vous ne serez jamais déçus ! ».

« No, we cant ! »

Le Parti ultra-vide (PUV), quant à lui, n’a « pas de programme, pas de vision, pas de stratégie. Il ne propose rien et ne mettra rien en œuvre pour y parvenir. Quand il n’applique pas à la lettre la politique de la chaise vide, le PUV se réunit à huis clos pour exclure les illuminés qui tenteraient de faire quelque chose », peut-on lire sur la page Facebook de ce parti. Rassemblant autour de lui 136 membres, le slogan du PUV peut paraître très anti-Obama : « No, we cant! » Les partisans de cette formation ce sont amusés à faire leurs propres propositions. Par exemple : « On sera de droite les jours pairs et de gauche les jours impairs », ou encore « Une carte de paresse sera distribuée au plus inactifs… », peut-on lire sur l’un des commentaires. Dans un discours plus « politique », le PUV se prononce : « Position officielle du PUV concernant les élections : on ne sait pas. Aucun de nos militants ne s’est penché sur le sujet. » Et pour couronner le tout, le PUV n’est pas un fanatique du boycott, encore moins du vote : « Certains appellent au vote, d’autres au boycott, le PUV n’appelle à rien du tout ! »

D’autres partis, tels que le Parti de tassa et kartassa (Parti de l’alcool et du plomb) ou encore le Parti des sauterelles libérales socialistes centristes marocaines (PSLSCM), ont une rhétorique nettement plus libertaire. Ils promettent en effet dans leur programme électoral de « rapprocher les dealers de drogues et les citoyens », d’« accorder des réductions pour les fêtards » ou même de « miser sur l’enseignement en prônant les valeurs de la soumission.» ça promet pour le prochain gouvernement (version humoristique).


D’un engraissement copieux, à un marchandage avare, en passant par une flopée de métiers saisonniers, dans quelques jours, les moutons de l’Aïd al-Adha nous jetteront, à bras-le-corps, dans la fête du même nom !

Entre le moment de l’achat de l’animal et celui de son égorgement, il est en principe bichonné, en l’occurrence mieux nourri… vacciné.  Photo Yassine TOUMIEntre le moment de l’achat de l’animal et celui de son égorgement, il est en principe bichonné, en l’occurrence mieux nourri… vacciné. Photo Yassine TOUMI

Le ministère de l’Agriculture a annoncé récemment les chiffres : six millions de têtes de moutons pour l’offre contre 5,1 pour la demande. Mais les prix ont connu une hausse de 9 % par rapport à 2010. Une hausse qui génèrera 7,8 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Au delà de ces chiffres vertigineux, se succèdent efforts, métiers éphémères et pratiques insolites.

«La « préparation » du mouton commence quatre mois avant sa mise sur le marché. Le premier mois, on le fait rentrer de la ferme, où il broutait n’importe comment, vers un coin plus convivial près de notre maison », nous explique Ahmed Bouchob, l’un des éleveurs de Casablanca. Durant ce premier mois, le mouton s’habitue petit à petit à son nouveau foyer, à ses nouveaux amis… Il a droit à un traitement plus clément et à une hygiène impeccable. « Nous lui injectons des vaccins contre tous les virus susceptibles de le toucher », rassure Ahmed. Les mois suivants sont d’ordre festif. Dans le langage agricole, on parle d’engraissement. « On alimente le mouton de manière ponctuelle et régulière pour produire et de la viande et de la graisse», témoigne Lahcen Mouhsine, ingénieur agronome. Le mélange de l’avoine se fait avec d’autres aliments nourrissants. « La méthode artisanale lui offre un menu consistant, à base d’avoine, d’orge, de maïs, de petits pois et de soja. La méthode moderne lui assure les sels minéraux et les vitamines principales », nous apprend Lahsen Mouhsine. à une semaine pour l’Aïd, les repas complets se transforment en de simples entrées. « C’est pour que son estomac ne soit pas trop rempli », justifie l’éleveur.

Inégalités animales et humaines

Les moutons ne sont pas égaux, et tout le monde le sait. Au marché des moutons, certains sont plus prisés que d’autres. « Il y a plusieurs races de moutons. Le sardi, à la tête blanche, est le meilleur de tous. Le hamri (le roux), l’oujdi, le timahdét ont, eux aussi, leurs amateurs », nous explique Ahmed.

En ce qui concerne les perles rares, les villes marocaines connues pour leurs moutons irréprochables sont Khouribga et Berrechid. « Un mouton bien cornu, c’est parfait ! Les gens aiment les cornes. Le mouton idéal serait un sardi, à la tête blanche, au contours des yeux noir et âgé d’un an », nous dit avec assurance, le fils d’Ahmed. Interrogé sur la situation actuelle du marché, ce dernier se montre gêné et impatient : « Les vendeurs sont là, mais les acheteurs, pas encore. » Pour les prix, c’est chacun selon ses moyens.

« Il y a entre 2 000 et 8 000 dirhams. Cela dépend de ce que chacun désire. Le beurre ou l’argent du beurre », nous révèle Ahmed. « Le poids idéal serait entre 110 et 120 kilos », enchaîne notre ingénieur agronome.

Mais Ahmed, tout comme Lahsen, ils reconnaissent la baisse du pouvoir d’achat. Pour eux, « tout est tombé en même temps cette année : la pluie tardive, la rentrée scolaire, la crise. Parfois, les gens qui n’ont pas les moyens nous supplient de leur faire un bon prix. On finit par donner les moutons gratuitement. Il faut s’entraider. » Pour les gens qui ont du cholestérol, pas question de rater le banquet.

Une fête d’aubaines

Le chevreau (J’di), faible en matière grasse, n’est pas nocif pour la santé de ceux qui veulent à tout prix manger de la viande lors de la fête.

Hormis le mouton, sa viande et son champ lexical, Aïd al-Adha est également connu pour ses traditions, ses excès et ses métiers saisonniers. Alors que les opérateurs téléphoniques offrent des triples recharges improbables et que les maisons de crédit se maquillent de gratuité, d’autres s’offrent une protection contre le mauvais œil afin que l’Aïd se déroule bien comme il faut. « Avant le sacrifice, nous mettons du henné sur nos cheveux et nous couvrons notre tête d’un tissu blanc. Dès que le mouton est égorgé, nous pouvons enlever notre voile blanc et être sûr de passer une fête inoubliable », nous raconte Fatéma, une sexagénaire, vendeuse d’herbes aromatiques. Bien que ces traditions commencent à s’évaporer d’année en année, certains métiers persistent. « C’est hallucinant ! Le jour de l’Aïd, tout le monde devient boucher, bûcher, charbonnier, vendeur de couteaux et de broches, polisseur, engraisseur, vendeur de peau de mouton ou transporteur de ce dernier ou encore loueur de garage, et j’en passe. Chaque année, je me dis la même chose et je ne suis jamais déçu : ça va saigner et on va se régaler ! », conclut Fatema avec humour.◆

 

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .


« Les dérives sexuelles sur Internet au Maroc », tel est le thème d’une étude dont les grandes lignes ont été présentées par Imane Kendili, psychiatre, psychologue et addictologue au CHU Ibn-Rochd, lors du 15e Congrès marocain de sexologie, qui s’est tenu les 14, 15,16 octobre à Casablanca.

Tous les jours, un tiers des 12-18 ans se connecteraient à Internet, et presque la moitié le feraient durant une à trois heures.Tous les jours, un tiers des 12-18 ans se connecteraient à Internet, et presque la moitié le feraient durant une à trois heures.

Le Congrès marocain de sexologie aura été moins théorique cette année. La 15e édition s’est penchée sur  les rapports des Marocains à internet. Parmi les sujets traités dans cette étude, qui sera prochainement publiée, on retrouve « Internet et les violences sexuelles au Maroc»,  «La cyberaddiction sexuelle au Maroc» ou encore «Couples, infidélité et Internet au Maroc».

L’étude a été réalisée par les psychiatres membres de l’Association marocaine universitaire de santé sexuelle (Amuss), Imane Kendili, Roquia Benjelloun, Adil Khoubila et Nadia Kadiri, en collaboration avec le laboratoire de Santé mentale, de Cognition et de Psychopathologie et le Centre psychiatrique universitaire Ibn-Rochd. Sur les objectifs de cette étude, les chercheurs avancent que «dans un pays comme le Maroc où les tabous et les non-dits sévissent, Internet représente un espace de liberté empreint d’anonymat où l’individu vit des échanges divers hors du regard sociétal mais réalise aussi des penchants ou fantasmes pouvant conduire  à des mésusages dont découlent  des dérives certaines que nous nous sommes proposés de sillonner».

L’étude signale notamment que le Maroc se situe à la tête des pays africains en termes d’intensité de connectivité avec un taux de pénétration de 41,3 %, laissant derrière l’Italie avec 37 % et l’Espagne à 34 %.

«Le Maroc compte, en janvier 2011, près de 13 millions d’internautes, un chiffre en hausse continue. De plus, le nombre d’internautes est presque dix fois supérieur au nombre d’accès à Internet. Cela s’explique par le fait que les Marocains ne se connectent pas forcément depuis leurs domiciles, mais aussi à partir des cybercafés. En effet, le pays compte un très grand nombre de cybercafés avec un prix qui varie entre trois et six dirhams pour une heure de connexion », selon les auteurs de l’étude.

Autre constat, à l’échelle du monde  arabe, le Maroc, encore une fois, est le pays «qui a le plus de pages Web référencées par Google».

Technicité de la méthode

Le phénomène de cette excessive «cyberexistence» des Marocains et les psychopathologies, que génère un phénomène jamais étudié au Maroc auparavant, constituent l’esprit de cette étude. Toutefois, l’étude fait face à plusieurs critiques quant aux échelles sur lesquelles elle doit se baser. Imane Kendili évoque les Critères de Griffiths (1996), les Critères diagnostiques des dépendances comportementales de Goodman (1990), les Critères de Young, les Critères diagnostiques de l’usage problématique d’Internet de Beard et Wolf (2001) et les Critères diagnostiques d’addiction à Internet chez les élèves de collège Ko et al (2009). En ce qui concerne les personnes interrogées, l’étude a tenté de cibler un échantillon diversifié. Le premier questionnaire a été distribué dans des établissements universitaires publics «sans oublier la crainte qui pouvait émaner de la vague islamiste et les grèves ainsi que les insultes et les réactions agressives verbales ou écrites», remarque la psychanalyste. Le deuxième questionnaire, destiné aux adolescents de 12 à 18 ans, comporte 58 items et explore les domaines suivants : données socio-démographiques, usage général d’Internet, comportement vis-à-vis de la Toile, vie et violence sexuelles sur Internet. Les chercheurs ont pris soin de poser un questionnaire 3-en-1 avec 3 variations interrogeant distinctement les plus de 18 ans, les moins de 18 ans et un autre questionnaire en ligne destiné au grand public. En ce qui concerne le type de question qui ont été posées, l’étude s’est appuyée sur des «interrogations d’ordre général», «Internet et vous», «Votre vie intime», ou encore  des «Questions pour les couples ».

Quant aux paramètres, l’étude intéressée est basée sur le «sentiment de perte de contrôle» vis-à-vis d’Internet chez les Marocains et «l’usage et la durée excessifs passés sur Internet ». L’étude révèle notamment des chiffres emblématiques. « Sur un échantillon de 600 Marocains, 16,5 % ont une durée de connexion de 3 à 8 heures par jour alors que 3,3 % passent plus de 8 heures devant leurs ordinateurs quotidiennement. » Pour ce qui est de la fréquence de la connexion, « 75,6 % des Marocains se connectent le plus souvent le soir dont 64,9 % à des sites de discussion en ligne. Pour ceux qui ne se contrôlent pas du tout, le chiffre atteint 11,4 % », dévoile l’étude.

Les 12-18 ans encore plus accro

Pour les jeunes Marocains âgés entre 12 et 18 ans, Imane Kendili avoue qu’« il n’est pas si facile de poser des questions qui relèvent du tabou à des personnes si jeunes.» Mais, sur des questions plus vagues, les réponses ont été spectaculaires. «32,8  % d’entre eux se connectent tous les jours et 46,6% se connectent à Internet durant une à trois heures quotidiennement Au-delà de 8 heures de connexion par jour, ils sont à peine 7,8% à l’avouer», indique l’étude. Pour ce qui est de la soirée, les 12-18 ans atteignent les 64,7% alors que 57,8% ne peuvent vraiment pas se passer d’Internet. Bref, dans l’ensemble de l’échantillon, la cyberaddiction est aigüe.

Parmi les solutions que propose l’étude, mise à part l’urgence de tirer la sonnette d’alarme, il y a  la nécessité d’établir des campagnes de sensibilisation, de prévention et de sécurisation. Le Centre  d’addiction en ligne (Cali) est aussi là pour aider les «drogués» au Web, via un dispositif payant.

En attendant la publication de cette étude, n’oublions jamais, après tout, l’existence inéluctable de notre cher monde réel…


L’Union des caricaturistes professionnels marocains (UCPM) est née. Son but : faire connaître la culture de la caricature et militer pour la liberté d’expression et d’opinion.


Saad Jalal : « Le mot censure n’a plus sa place dans le monde de la caricature».

C’est dans la ville de Mohammedia, au foyer des jeunes d’Ibn Khaldoun que l’Union des caricaturistes professionnels marocains (UCPM) a été créée le 5 octobre et s’est choisie, comme président, le célèbre caricaturiste, Saad Jalal. L’objectif de cette union est de rendre accessible à tous les Marocains la culture de la caricature, militer pour la liberté d’expression et d’opinion aux caricaturistes marocains et favoriser le partage d’expériences entres les professionnels de ce domaine.

« L’idée ne date pas d’aujourd’hui », précise Saad Jalal. « L’initiative devait voir le jour déjà en 1994, avec la première génération de caricaturistes marocains, brillante à l’époque, grâce à des noms comme feu Mohamed Aliouate et Larbi Sabbane. Mais nous n’avons pas pu créer cette union car plusieurs adhérents voulaient en profiter politiquement pour des règlements de comptes… ». Mais, aujourd’hui, les membres de la nouvelle union ont su faire la part des choses. Règle d’or : s’interdire de véhiculer des messages de haine dans les dessins. L’UCPM connaît l’adhésion du célèbre Naji Bennaji, l’illustre Abdellah Darkaoui, la féministe maroco-palestinienne Riham Al Hour ou encore Hafid Nadifi aux idées et talents novateurs.

Caricature, changements et révolution

La caricature est le genre journalistique le plus rapide mais aussi le plus difficile pour faire passer un message. Le président de l’UCPM nous le confirme : « la caricature est une chronique drôle mais artistique. Nous ne comptons pas uniquement sur l’analyse de l’info mais aussi sur sa  transmission d’une manière directe mais artistique. Il faut maîtriser le dessin, les ombres, les couleurs et les traits spécifiques à chaque personnalité. C’est peut- être pour cela qu’au Maroc, nous n’avons que très peu de caricaturistes professionnels… ». La caricature est une information qui passe très rarement inaperçue. « L’exagération dans la caricature est une manière de transmettre les idées sans devoir utiliser de langage spécifique. Elle est universelle et ne sombre pas dans le chichi. Elle agrandit les défauts et se définit comme la langue des citoyens face à l’Etat. C’est pourquoi elle est l’ennemi numéro 1 de ce dernier… », explique Jalal.

Si la caricature devait avoir un  défi à relever, c’est bien celui de changer les mentalités comme le souligne Saad Jalal : « La caricature est faite pour abolir les absolutismes. L’exemple le plus marquant est celui de la Libye. Les gens ne prenaient pas au sérieux les discours saugrenus de Mouammar Kadhafi. Le fait de citer uniquement son nom ou son expression célèbre “ Zanga Zanga ” faisait éclater de rire le monde entier ». L’ex président libyen est devenu en un temps record la matière première de tous les caricaturistes.

« Le roi n’est pas contre sa caricaturisation »

Aujourd’hui le caricaturiste syrien, Ali Ferzat, tabassé violemment en août par des pro-Bachar Al Assad, se bat pour la même cause. «D’ailleurs, le mot censure n’a plus sa place dans le monde de la caricature» souligne Saad Jalal qui parle cependant d’« une méthode malhonnête » pour devenir célèbre. « Avec l’explosion des nouvelles technologies et l’avènement des réseaux sociaux, je pense que plus rien ne peut être censuré ou caché. Ceux qui se plaignent de la censure veulent uniquement se faire un nom passager », dit-il.

« L’exagération dans la caricature est une manière de transmettre les idées sans devoir utiliser de langage spécifique».
Saad Jalal

Interrogé par Le Soir échos sur la manière avec laquelle les caricaturistes traitent le sujet du roi, Saad Jalal s’exprime avec réticence en nous retournons la question : « Est-ce qu’un caricaturiste a déjà été arrêté pour avoir dessiné une caricature du roi ? Je ne pense pas. Cela dépend de l’idée qu’on va porter sur lui et l’idée du caricaturiste sur le système actuel du pays. Mis à part Khalid Gueddar, qui a été condamné à trois ans de prison avec sursis pour avoir représenté un membre de la famille royale marocaine, personne n’a subi la gomme. » Mais, pour Saad Jalal, la caricature, fut -elle la plus ironique, doit avoir certaines limites. « Il ne faut pas se moquer des personnalités religieuses, encore moins des divinités. », conclut-il. On a beau être caricaturiste au Maroc, on ne peut pas se moquer de tout. Et c’est, peut-être, tant mieux.◆


Plusieurs livres demeurent inaccessibles aux lecteurs marocains et leurs auteurs ne sont pas toujours les bienvenus chez nos censeurs. Souvent, leurs contenus abordent une trinité intouchable chez nous : le Sahara, la religion et la monarchie.

Les lecteurs restent encore otages d’une pratique qui n’est pas prête de disparaître.

Au Maroc, certains livres à polémique sont encore victimes de censure. Motif, un contenu «inapproprié» à la culture, aux mœurs et aux sacralités du pays. Pourtant, la nouvelle Constitution garantit la liberté dans la perception de ces dernières, d’autant plus que la personne du roi n’est plus sacrée, mais respect lui est du.

Avant le discours royal du 9 mars 2011, des caisses de livres trouvaient de grandes difficultés à traverser nos frontières pour trouver place sur les présentoirs des librairies. Aujourd’hui, les choses ne semblent pas avoir changé.
Qu’en est-il donc des raisons de cette censure ? La réponse la plus fréquente et la plus abattue reste : «Le système est ainsi fait…On n’y peut rien !».

Ali Amar, dont le livre Mohammed VI, le grand malentendu, a subi le niet du censeur, ne mâche pas ses mots pour nous donner son avis : «C’est une forme d’infantilisation du Marocain. Il n’est pas censé lire autre chose que ce que l’État lui propose dans son programme scolaire. Une autre vision des choses pourra le révolter, lui changer son impression sur l’état des choses. Je trouve que l’État doit se décider a nous considérer comme des personnes majeures et vaccinées. Le discours de l’État est en pure contradiction avec celui de la Constitution. La féodalité existe dans le génome de la nation. Il n’y a pas d’autres solutions que de laisser les Marocains choisir ce qu’ils veulent lire eux même…».

«Le Marocain n’est pas censé lire autre chose que ce que l’État lui enseigne dans son programme scolaire».
Ali Amar, journaliste-écrivain censuré.

Les libraires, eux, ne cachent pas leur colère : «On fait la commande de livres que nous voulons proposer à nos lecteurs et avant même qu’il ne les lisent, les responsables du bureau des publications étrangères passent directement la liste au bureau de censure ! La législation a toujours du retard sur la réalité, mais je pense qu’elle va céder », nous révèle Pierre Hamelin, directeur de la Librairie des colonnes à Tanger. «La censure est une longue tradition au Maroc et beaucoup de livres en sont victimes. C’est la preuve que la liberté d’expression n’est pas encore acquise au Maroc», explique le journaliste-écrivain censuré Ali Amar.

Il y a bien une liste…

Interrogée sur la possibilité d’avoir une liste officielle des livres censurés, Rachida Nour, chef de l’unité des publications étrangères au Ministère de la Communication, se prononce après hésitation : «  Il n’y a pas de liste officielle. L’intervention dépend des contenus de chaque livre : omission volontaire ou involontaire de l’expression «Sahara marocain» dans les ouvrages contenant des cartes géographiques, contenu à caractère pornographique, propagande anti-Islam ou encore des livres touchant aux sacralités du pays. Une fois ces livres détectés ou commandés, nous les exposons à Monsieur le ministre (Khalid Naciri, ndlr) pour qu’il décide de leur sort…». Ce dernier, en réponse à cette même question, se suffira d’un «Non !» sec.

Pourtant, plusieurs libraires nous listent une douzaine de livres qu’ils avaient commandés mais que «le bureau de censure» avait refusé de faire entrer sur le territoire. Évidemment, les livres censurés les plus connus par les Marocains restent
Notre Ami le roi, de Gilles Perrault et Mohamed VI, Le grand malentendu, d’Ali Amar. D’autres livres moins connus sont énumérés par les libraires à savoir Réquisitoire contre un despote, de Mohamed Diouri, Tazmamart : une prison de la mort au Maroc, de Christine Serfaty, Les versets sataniques, de Salmane Rochdy, ou encore Le dernier roi, de J.P. Tuquoi. «Le livre le plus récent qui nous a été refusé est Le dernier combat du Captain Ni’mat, du marocain Mohamed Leftah parce qu’il aborde le thème de l’homosexualité…», nous confie une libraire.
Après moult tentatives pour envoyer cette liste «noire» au ministre de la communication, ce dernier en accuse finalement réception en nous promettant de la regarder de près, mais « plus tard ». Report justifié, vu l’agenda politique serré du gouvernement….

N.B : Contacté vendredi , pour me dire ce qu’il en pense de cette liste, ce dernier (Naciri) me dit d’un air nerveux et effrayant :  » Je vois que votre mission est accomplie, l’article est déjà écrit. Excusez moi! « , et il me raccrocha au Nez !

  LISTE  DES LIVRES CENSURES:

Dernier combat du Captain Nimat de Mohamed Leftah
Notre Ami le Roi, Gilles Perrault
Mohamed VI , le grand malentendu, Ali Amar
le dernier roi, Jean Pierre Turquoi
Les 3 rois, Ignace Dalle

[Tazmamart : une prison de la mort au Maroc] par Christine-Daure-Serfaty

[Dans les prisons du roi, écrits de Kénitra sur le Maroc] par Abraham Serfaty.
[Les versets sataniques] par Salman Rushdie

[À qui appartient le Maroc ?] et [Réquisitoire contre un despote] par Moumen Diouri

[Oufkir un destin marocain] par Stephen Smith

[Le commandeur des croyants] par John Waterbury

[La monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir] par Maâti Monjib


La deuxième édition du Marrakech Art Fair (30 septembre au 3 octobre 2011) connaîtra la présence d’un artiste d’un genre particulier. Fusionnant corps, religion, ironie et humour, Mehdi George Lahlou dérange. Et les attaques contre son audace, jugées insultantes envers la religion, ont déjà commencé.

« Scandale à Marrakech: invitation d’un pseudo-artiste qui utilise des versets coraniques dans des projets à caractère sexuel ». C’est ainsi que titrait le confrère Attajdid (porte-plume du Mouvement unicité et réforme, arrière base idéologique des islamistes du PJD) dans son édition d’hier. L’artiste en question est Mehdi George Lahlou, un photographe franco-marocain qui n’hésite pas à franchir le pas et aller au-delà du politiquement et socialement correct dans ses oeuvres. Sur une de ses oeuvres, on retrouve ainsi des textes sacrés…inscrits sur un corps masculin complètement dénudé. Sur une autre, un religieux portant l’habit d’un moine chrétien…et un volume du coran. Et, entre autres audaces, un danseur du ventre aux lascifs déhanchements. De l’audace, Mehdi George Lahlou en a. Et si sous d’autres cieux, son art amuse, plait, interpelle, au Maroc, il a commencé par choquer. Et pour cause, les oeuvres de Lahlou sont au programme de la deuxième édition du Marrakech Art Fair (30 septembre au 3 octobre 2011). En attendant, une véritable levée de boucliers a été enclenchée contre lui. Mehdi George Lahlou se dit aujourd’hui  perdu  . « Il y a une semaine j’étais très enthousiaste à l’idée de participer au Marrakech Art Fair, mais après avoir vu et lu les réactions extrémistes de quelques internautes et d’une certaine presse par rapport à mes réalisations, je me sens un peu découragé…C’est ma galerie parisienne, la Dix9 qui m’a proposé à Marrakech Art Fair. Et j’avoue que je ne se sens pas encore près pour confronter le public marocain», se justifie l’artiste. Contacté par le Soir Echos, Hicham Daoudi, directeur d’Art Holding Morocco qui organise l’événement rassure. « Aucune réalisation choquante ne va être exposée », affirme-t-il. Pour autant, les détracteurs de l’artiste aiguisent leurs armes.

Incitation à la haine

Pour Mustapha El Khalfi, membre du PJD , «ledit artiste entre dans une confusion grave atteignant toute l’identité musulmane des Marocains. Non seulement il insulte toutes les religions, mais il y a d’autres vidéos de lui, d’autres images où les symboles musulmans sont bafoués. C’est une atteinte à l’art en lui même ». « C’est malheureux de voir la réputation de ce festival entachée par cette présence. Le Marrakech Art Fair est une foire artistique de renom qui fait appel à de grands artistes », dit El Khalfi, sous couvert d’anonymat, en guise de défense du photographe. Ce dernier précise que son travail n’est en rien dirigé contre l’islam. « C’est une poétisation de l’islam et de la religion en général. Et au Marrakech Art Fair, il n’y aura pas cette photo où je pose nu avec des versets coraniques sur mon corps. Par contre, j’exposerais volontiers le tableau-portrait représentant mon visage et une pastèque ou encore la photo où je fais de la danse orientale. J’aime me travestir et interroger certaines traditions à travers l’art », nous explique-t-il. Célèbre par ses œuvres dès 2009, il ne cesse de répéter qu’il ne s’en prend ni à l’islam, ni au christianisme.

Corps et religion, indissociables

« Je ne comprends pas pourquoi les gens bloquent sur ce qui est choquant. Mes réalisations ont forcément un public avisé mais il y a d’autres thèmes que je traite mis à part le corps et la religion», ajoute Lahlou. Et d’apporter une clarification de taille : «  je suis moi-même très religieux, et pratiquant. Je fais ma prière aussi. Les gens qui m’insultent et me menacent doivent comprendre que le corps et la religion sont indissociables. »

Qu’en disent nos islamistes ? Mustapha El Khalfi va jusqu’à dénoncer le gouvernement pour ce type de tolérance inappropriée dans un pays musulman : «  Le pire, c’est que l’exposition est soutenue et sponsorisée par les ministères de la Culture et du Tourisme. Ces derniers doivent prendre leur part de responsabilité car faire la promotion d’une personne qui insulte l’islam est inadmissible. Je pense qu’en cas de bavure je pense qu’il faut appliquer la loi qui est claire sur les atteintes aux mœurs et à la religion», conclut El Khalfi.


Des culottes pour hommes à formes phalliques démesurées, des seins en plastique à la Lolo Ferrari ou encore des costumes de métiers féminins alimentant plus d’un fantasme masculin… Avant-goût des sex-shops ou simple erreur de nomenclature douanière ? Le Soir échos fouille le rayon….

Quartier Mers Sultan, dans un des centres commerciaux prisés par les Casablancais et où tout le monde trouve son bonheur : articles de beauté pour femmes, décorations de maison, vêtements pour toute la famille, fournitures scolaires pour écoliers ou encore un restaurant aux choix multiples pour les gourmands…

 

                                                              

Petit bémol dans ce centre commercial, le rayon jouets qui fait tâche dans ce bel agencement. Dans l’ascenseur, une affiche fait la promotion des farces et attrapes que présente l’étage. « Moi je vais acheter les cigarettes-pétard et les pilules de faux-sang », dit toute contente, une petite fille de 8 ans à sa mère….

Au premier étage, mine de rien, il n’y a pas que des jouets. Mis à part les articles de farces et attrapes destinés à piéger ses amis, un petit coin discret de l’étage est consacré aux adultes : des costumes d’infirmières ou de diablesses un peu osés aux jeux et accessoires sexy en passant par les poitrines généreuses en plastique, le phénomène est rare et peu de Marocains sont au courant.

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Le personnel plutôt gêné

Interrogée sur l’origine de ces articles ou le nom du fournisseur, la responsable du rayon préfère rester coite. Mais en scrutant un peu ces articles, des noms de sociétés se distinguent. Atosa par exemple, une entreprise française spécialisées dans la production d’articles et jouets pour enfants, Rubie’s, une entreprise américaine de costumes de tous genres ou encore l’entreprise américaine Superiror… D’autres produits, par contre, sont originaires d’Allemagne, de Chine ou de Taiwan. Serait-ce l’avènement des sex shops au Maroc qui s’annonce ou n’est-ce qu’une erreur de tri chez les douaniers ?

La vente de ce genre d’articles serait toutefois interdite par la loi ; les textes de cette dernière, notamment sur le volet pénal, restent plutôt très explicites.

Du côté des internautes Marocains, le tabou est brisé d’emblée. «  Je ne savais pas que ça existait, j’y cours tout de suite jeter un coup d’œil ! », nous révèle un internaute sur la Toile. Apparemment, le phénomène existe déjà mais sous une autre forme : «  Il existe à Casa et à Marrakech des femmes VRP (Voyageurs, représentants, placiers) qui font du porte-à-porte pour ce genre de produits sex ; elles appellent ça de la vente privée », nous confie un témoin. Sur son blog, un internaute français parle même de « soirée secrètes entre femmes qui essayent ces articles coquins et les achètent par la suite…. ».

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Qu’en dit le législateur ?

La vente de ce genre d’articles serait toutefois interdite par la loi ; les textes de cette dernière, notamment sur le volet pénal, restent plutôt très explicites : l’article 497 du Code pénal stipule que  «quiconque excite, favorise ou facilite habituellement la débauche ou la corruption de mineurs de dix-huit ans, de l’un ou l’autre sexe, ou même occasionnellement de mineurs de quinze ans, est puni de l’emprisonnement de deux à cinq ans et d’une amende de 200 à 5 000 dirhams».

L’autre texte de loi de l’article 503 dans son alinéa 2 est plus clair et plus généraliste : « (…) est puni d’emprisonnement d’un an à 5 ans et d’une amende de dix mille à un million de dirhams (…) quiconque produit, diffuse, publie, importe, exporte, expose, vend ou détient des articles pornographiques».  Une affaire à suivre, tant ces articles pourraient porter atteinte aux mœurs chez une large frange de clients qui peuvent être accompagnés de leurs enfants.◆

 

#RevolutionSexuelleAuMaroc


Le Maroc aurait sans doute été le deuxième pays arabe après Djibouti à abolir la peine de mort si la bonne nouvelle n’avait pas été démentie par le ministre de la Communication. La question de la peine capitale n’en est pas moins, aujourd’hui, à l’ordre du jour.

[La mobilisation anti-peine de mort doit continuer.]

La décision était au programme du Conseil de gouvernement de jeudi dernier. Il s’agissait de ratifier le deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international des droits civils et politiques, qui suppose, de droit comme de facto, le consentement du Maroc à abolir la peine de mort. C’est du moins ce dont tous les militants des droits de l’homme se félicitaient à l’annonce du menu précité. Ils étaient bien naïfs. Contacté par Le Soir échos, Khalid Naciri dément catégoriquement ce qui n’aura été qu’un espoir. «La question de la peine capitale est très importante, mais nous n’allons pas la discuter aujourd’hui. Il s’agit, à ce jour-là, de discuter du protocole premier concernant les communications individuelles», a-t-il déclaré au Soir échos.

Une nouvelle fois, un autre faux espoir pour les ONG telles que l’AMDH ou l’OMDH. La présidente de cette dernière, Amina Bouayach, ne nous avait pas caché sa joie, croyant que la peine capitale allait enfin être discutée. Pour cette militante des droits de l’homme, «la peine capitale doit indéniablement être abolie (…). D’ailleurs, l’article 20 de la nouvelle Constitution parle du droit à la vie et le protocole doit être soumis à cela».

Rappelons que depuis le 5 septembre 1993, la peine capitale n’a plus été appliquée au Maroc. La dernière personne à avoir encouru cette peine était le commissaire Tabit pour «atteinte à la pudeur, défloration, viol avec violence, rapt et séquestration d’une femme mariée, actes de barbarie et incitation à la débauche» ; il avait été fusillé, pour ces actes barbares, sous le règne de Hassan II.

Actuellement, d’après les chiffres officiels, une centaine de personnes au Maroc seraient condamnées à mort, dont deux femmes. La sentence n’a pas encore été exécutée. Et c’est là un autre drame, celui de devoir vivre dans l’angoisse et la peur dans les couloirs d’une mort que rien ne justifie, sauf un vague référentiel islamique.◆


Mois où la religiosité atteint son paroxysme le jour, ramadan est aussi la saison où tout est permis le soir, sauf l’alcool. Un petit tour sur la corniche de Casablanca nous en dit long sur des pratiques que la morale religieuse réprouve, mais que la société tolère.

Photo Yassine TOUMI

 

Il est 3 h45. Après une première moitié plutôt agitée, la ville retrouve son calme. Karim est le seul de sa famille à rester éveillé jusqu’à cette heure. Jeune étudiant en dernière année dans une école d’ingénieurs, cela fait plus de 4 heures qu’il est devant son ordinateur. Drague en-ligne, échanges tout sauf «moralement» correctes et discussions en tout genre ponctuent ses veillées «ramadanesques» jusqu’à tôt le matin. Plus précisément, jusqu’à l’appel à la prière. Un appel par ailleurs de la fin des «futilités» puisque dès le premier « Allah Akbar », c’est la volte-face. «Dès que j’entends al adane (l’appel à la prière) du sobh, je quitte illico mon ordinateur et je me précipite vers le lavabo pour faire mes ablutions et aller à la mosquée, j’aime me faufiler dans la mosquée alors qu’il fait encore noir un peu, j’ai l’impression de renaître », nous confie Karim, métamorphosé. Le jeune homme passe sa journée dans l’ombre fraîche de sa chambre, entre jeux vidéo et discussions (sérieuses) en ligne, quand il n’est pas à la mosquée du quartier, destination saisonnière préférée de bien des Marocains pendant le mois sacré. Mais à la nuit tombée, les plans café-chicha, les sorties avec les filles, les joints de haschich et bien d’autres pratiques prennent le relais. Qu’est ce qui explique une telle dualité ? Pour le sociologue Abderahim Atri, le phénomène est tout à fait normal : « Le ramadan est connu pour être le mois des paradoxes. Nous avons d’un côté ce besoin collectif, communautaire de se rapprocher de sa foi et de Dieu. Le Marocain a besoin d’appartenir à une entité. De l’autre, nous avons aussi ce besoin de se défouler, de profiter de sa soirée après une journée d’abstinence. Et nombre de Marocains essayent de répondre à ces deux besoins, souvent contradictoires, à la fois ». Danse du ventre Et pour garder un semblant de cohérence, on se rabat sur les cafés chicha au lieu de se jeter sur des bouteilles de bière, les bars se «halalisent». Mais cet « effort » se limite aux seuls alcools. Danse du ventre, musiques aussi bruyantes qu’aux paroles obscènes (et c’est rien de le dire), prostitution. Le tout dans des ambiances, comme celle de la corniche d’Aïn-Diab à Casablanca qui devient dominée par d’énormes nuages de fumée de joints.

«Je viens de terminer le forfait obligatoire en terme de Tarawih, maintenant je suis libre, tout est permis, faisons la fête», s’enthousiasme Karim, le soir même de ce jour où il courait presque à la mosquée pour ne rien manquer au recueillement et grande sérénité de la prière du sobh. «La société marocaine est au carrefour de plusieurs contextes et de différentes cultures. Difficile alors d’avoir des convictions ou des positions tranchées et souvent, on veut la chose et son contraire», nous dit le sociologue. D’un côté purement religieux, Abdelbari Zemzemi fait la part des choses sans pour autant se scandaliser.«Certains ne prennent pas la religion au sérieux. Ils la pratiquent comme bon leur semble. Que ce soit après le ftour ou la fin du ramadan, ils reprennent leurs vices de plus belle. Mais ça ne me choque pas. Cela arrive partout. Même à Médine, les gens sortent de la prière des Tarawihs pour s’adonner à l’adultère par exemple », remarque-t-il. Pour cet imam, le problème est celui de l’éducation que nous recevons et des valeurs contradictoires que nous inculquons à nos enfants. Vaste chantier.◆


Tandis que 2M apprivoise de jour en jour de nouveaux spectateurs et décroche petit à petit des taux d’audience considérables (52,1% en prime time contre 8,9% pour Al Oula), les chaînes de la SNRT, elles, font fuir les Marocains et ne cessent de sombrer dans le hors-sujet. Bilan.

La SNRT est au plus mal et les chiffres sont là pour le prouver. La première semaine du ramadan, c’est à peine si Al Oula a réussi à décrocher 9% de taux d’audience (contre 52,1 pour 2M en prime time). Contacté par Le Soir échos afin de nous donner des détails sur ce qui arrive à sa société, Fayssal Laaraïchi préfère rester coi. Toutefois, d’autres hauts responsables de l’audiovisuel national acceptent de nous révéler les causes de la chute libre de la SNRT.

Malgré tous les moyens qui y sont injectés, Dar Labrihi continue de s’adresser à un public qui n’existe plus. Photo AICPRESS

Il y a d’abord la qualité de l’information que nous sert la Première. «Les informations d’Al Oula durent plus de 30 minutes, 25 minutes rien que pour les activités royales et gouvernementales. Je veux bien connaître les avancées et les projets que connaît le pays, mais 25 minutes, c’est exagéré !», nous avoue un bloggeur marocain. D’où vient ce style de traitement de l’information ? D’après une source très proche du dossier, les dysfonctionnements sont légion. Le journal télévisé semble rester otage d’une trinité sacré : les activités royales, les activités gouvernementales et des sujets régions édulcorés, portant, par exemple, sur l’huile d’argan dans le sud du pays.

Salim Bencheikh. Photo Yassine TOUMI

Un décalage qui s’élargit : mêmes émissions politiques. «Pendant la campagne référendaire, Al Oula a eu un certain souffle de changement. Tous les partis politiques, islamistes, extrémistes, se sont exprimés ; les sacralités ont été débattues, au même titre que l’institution monarchique. Malheureusement, cela n’a duré que 15 jours. Question de donner une bonne impression à la nouvelle Constitution, pas plus. Aujourd’hui, la SNRT s’adresse à un public qui n’existe plus !», affirme cette source.

Même quand il s’agit d’éduquer et de divertir, la SNRT manque à l’appel. Alors que 2M cartonne avec des séries comme Hdidane ou Dima Jirane, Dar Labrihi ne se distingue cette année par pratiquement aucun programme ramadanesque. Il faut dire que les problèmes se situent ailleurs ; notamment au plan organisationnel. La HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle) avait rendu en 2006 un avis au chef de l’Etat afin de restructurer le pôle public en entier. Pour que ce pôle public se modernise, il était nécessaire de passer par 3 phases : d’abord, la nomination d’un PDG commun entre la SOREAD et LA SNRT, chose qui a été faite. Néanmoins, les deux autres étapes n’ont pas été réalisées.

La SNRT est financée à hauteur de 90% par des subventions étatiques, en plus des ressources publicitaires qui avoisinent 250 millions de DH par an.

« Il fallait créer une direction commun entre la SOREAD et la SNRT en plus d’un Holding où nous aurions eu des filiales par activités et métiers», nous confie la source précitée. Par exemple, il aurait fallu créer une société de production et une régie de publicité communes.

Fayçal Laraïchi. Photo AICPRESS

Cette complémentarité n’a jamais existé. 2M et Al Oula sont deux mondes différents en constante concurrence. « Nous sommes en 2011, je ne vois pas pourquoi pendant le ramadan, par exemple, ils diffusent des émissions à thématiques identiques ?! », s’indigne la même source.

Autre dysfonctionnement, celui du financement. La SNRT est financée à hauteur de 90% par des subventions étatiques, en plus des ressources publicitaires qui avoisinent 250 millions de DH par an.«Pour 2M, nous confirme la source proche du dossier, l’Etat donnait 150 million de dirhams de subventions par an. Cette somme a diminué d’année en année jusqu’à arriver à 60 millions de DH. Motif : 2M a assez de ressources publicitaires et n’a plus besoin d’aide étatique». Néanmoins, l’Etat se réconcilie petit à petit avec 2M.

En effet, en 2010, elle a signé un contrat-programme avec l’Etat d’un montant avoisinant les 250 millions de DH par an. Autant dire qu’une réorganisation globale du pôle public s’impose en toute urgence. Une réorganisation où chaque composante doit avoir son propre cahier des charges et son propre contrat-programme. «La mentalité du peuple marocain a beaucoup changé. Celle de la SNRT doit faire de même», conclut la même source.◆