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Fiabilité des chiffres des élections législatives, désignation du chef du gouvernement, islamophobie étrangère, opposition du RNI, sort du Mouvement du 20 février… L’avocat et professeur des relations internationales à l’université Mohammed V, Tajjedine Houssaini dresse, pour Le Soir échos une esquisse du Maroc politique de demain.

élections - Résultats
45,4%… C’est le taux de participation aux élections législatives. Comment interprétez-vous ce chiffre ?

Le chiffre est fiable, mais on ne peut en considérer l’importance que si on le compare avec les scores d’avant. En 2007, le taux avait atteint les 37%. Cette année, il a atteint les 45,4%. Faut-il le rappeler, en 2007, il n’y avait pas d’appel au boycott. Malgré cela, nous avons pu, cette fois-ci, cumuler 7 points de plus. Conclusion : l’appel au boycott n’a pas été suivi. Ce qu’il faut savoir maintenant, c’est que le problème ne réside pas dans les chiffres annoncés ou l’appel au boycott mais bien dans l’action des partis politiques. Ces derniers ont très mal joué leur rôle et donc leur crédibilité a été biaisée. Résultat : la montée du PJD, le plus «potable» de tous.

La victoire du PJD est-elle une surprise ?
Cette victoire était prévisible pour trois raisons. La première est que nous sommes dans une logique de « village planétaire » et nous ne pouvons pas être à l’abri de la mouvance du Printemps arabe, voire mondiale. Nous vivons une seconde vague après celle du tout-économique, la vague de la mondialisation politique. Deuxièmement, depuis sa création,  le PJD a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité. Troisièmement, le programme du PJD est assez réaliste et les membres du parti sont des personnes sérieuses et qualifiées. Leurs slogans se sont distingués par des messages luttant contre la pauvreté et la dépravation. Les gens sont sensibles à cela.

Les Marocains ont-ils voté par sanction ?
Peut être. Le peuple marocain est intelligent et il savait que le choix du G8 allait entraîner le pays dans un cercle vicieux… très dangereux. Le Maroc ne veut pas vivre les épisodes qu’a vécu la Libye ou l’Égypte. Il veut expéri menter un nouveau parti, avec une nouvelle idéologie et de nouveaux visages.

« Le PJD cherche une majorité confortable. Donc, toutes les alliances sont bonnes à prendre ».

La Koutla peut-elle refuser l’alliance avec le PJD ?
Je ne pense pas ! Car même avant les élections, l’Istiqlal a toujours eu des contacts avec le PJD. Benkirane a même dit dernièrement qu’il était prêt à tous genres d’alliances, hormis avec le PAM. Le PJD cherche une majorité confortable. Donc, toutes les alliances sont bonnes à prendre.

L’article 47 de la nouvelle Constitution n’est pas assez clair sur la désignation du chef de gouvernement par le roi. Quelle est votre lecture de cet article ?
D’après l’article 47, le roi a l’obligation de choisir quelqu’un du parti vainqueur, le PJD. Maintenant est-ce que le roi va choisir ou non le secrétaire général du PJD… ? Il a le choix de désigner qui il veut comme chef de gouvernement, du PJD, bien évidemment.

Tajjedine Houssaini : «<em> Depuis la création du PJD, il a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité </em>». Tajjedine Houssaini : « Depuis la création du PJD, il a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité ».

La nouvelle Constitution accorde assez de pouvoir au prochain gouvernement. Le PJD pourrait-il faire l’exception et oser dire non au roi ? 
Je ne pense pas que le roi se mettrait dans une telle situation. La nouvelle Constitution parle d’un gouvernement responsable de son activité. Même le roi, dans son discours du 9 mars, avait dit clairement que l’exercice de la responsabilité se fait à travers l’interpellation et la reddition des comptes.

Comment expliquez-vous ce retour au conservatisme, un peu partout dans le monde ?
Dans les moments de crise, chaque société se réfugie dans sa religion ou retourne à son référentiel ancestral. Le retour aux origines et à l’authenticité est une manière de se sentir plus en sécurité et de prendre un départ plus rassurant. Mais, le Maroc n’a jamais été extrémiste. Le PJD, avec son «islam light», avec les Marocains, vont aller vers cette voie là car le futur gouvernement sait très bien que le Maroc entretient des relations très étroites avec des pays étrangers.

Comment voyez-vous les relations internationales avec un Maroc islamiste ? 
Je pense que le PJD sera assez ouvert à la modernité. Même quand on lit ces derniers temps la presse internationale, on remarque des articles assez optimistes.

Le RNI ferait-il une bonne opposition ?
Cela dépendra des moyens qu’il mettra en œuvre, mais il a intérêt à faire pression quand il le faut. L’opposition est appelée à être forte car la nouvelle Constitution l’a institutionnalisée. Elle est appelée aussi à travailler sérieusement et à prouver, en cas d’ingérence, que ceux qui dirigent ne sont pas à leur place.

Quel avenir pour le M20F ?
Je pense que le M20F a fait beaucoup de bien au Maroc. Il ne faut pas le nier. Il était un moyen d’exercer la pression pour arriver aux réformes et changements souhaités. Mais, je pense que sa force va diminuer s’il s’éloigne de ces principes fondamentaux et s’il ne cesse pas de se laisser influencer et d’accepter dans son idéologie les adlistes, le PADS ou encore Annahj. Le M20F doit revenir absolument à ses actions militantes initiales.


Réalisé par Bouraque Tarek ( Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100001221584791 )

Commentaire : Alae Bennani


Les péripéties d’Un film ont tourné au cauchemar. Critiqué fortement puis rapidement retiré des salles de cinéma, ce film aux scènes et au langage osés raconte l’histoire d’un réalisateur en quête de production du film de l’année. Fatym Layachi, comédienne du film, nous explique le mauvais sort qu’a connu ce dernier.

Un film, œuvre controversée pour cause de «<em>scènes osées</em>» et de «<em>mots crus</em>». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.Un film, œuvre controversée pour cause de «scènes osées» et de «mots crus». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.

Nombreux parmi ceux qui ont vu Un Film disent ne pas avoir saisi le message du film. Quelle histoire raconte-t-il au juste ?
C’est l’histoire d’un jeune réalisateur qui a envie de faire son premier film et ne sait pas comment s’y prendre. Il cherche le sujet idéal, le scénario parfait. C’est une quête d’inspiration et de créativité. Mais, dans cette quête assez délirante, il entraîne deux personnes avec lui, sa femme et son meilleur ami, qui sont tous les deux comédiens, et les embarque dans son imaginaire. Le film est une production à 100 % marocaine et a été fait un peu «à la cow-boy», sans aucun financement, dans une sorte d’urgence et dans des conditions assez rock’nroll. Mais il a été réalisé avec énormément de sincérité de la part de toute l’équipe. Nous avons cru à ce projet, et nous avons tous accepté de le faire sans aucune contrepartie.

Cinématographiquement parlant, comment jugez-vous la qualité du film ? 
Même si nous avons fait ce film à l’arrache, il a été travaillé avec rigueur : un scénario écrit, des plans bien étudiés… Il y avait forcément peu de moyens techniques mais suffisamment de lumière, un son irréprochable et énormément de professionnalisme.

Un film contient des scènes et un langage assez osés. Quelle est le bien-fondé de la démarche ?
Il n’y a pas d’autre philosophie que celle de la sincérité. Le langage est en effet cru mais jamais gratuit. Je défie quiconque de faire de la poésie ou de parler un langage soutenu dans un bar, là où les propos crus sont par ailleurs tenus… Les mots rudes et le langage frontal, quand ils sont là, c’est que la scène ne peut avoir de sens sans eux… Le langage est forcément intime et tiré du quotidien marocain.

«Un film ne peut pas plaire à certains. Mais la polémique est démesurée et ne parle plus de cinéma mais de dépravation des mœurs, d’atteinte à la pudeur»

La polémique autour de ce film vaut-elle la peine ? 
Je trouve cette polémique ahurissante. Si ce film ne plaît pas à certains, c’est un choix et c’est le propre de toute œuvre d’art. Malheureusement, la polémique, que je juge démesurée, ne parle plus de cinéma mais de phénomène de société, de dépravation des mœurs et d’atteinte à la pudeur.
Nous n’avons obligé personne à aller le voir. La critique est acceptable. Mais la censure, est inadmissible. Je ne comprends pas le fait que, sous la pression de certains liberticides, le film soit retiré des salles de cinéma. Il y a énormément de musique et de film qui ne me plaisent pas, mais ces réalisations ont le droit d’exister, tout comme moi, vous et votre journal.

La comédienne Fatym LayachiLa comédienne Fatym Layachi. Photo Yassine TOUMI

Qui est la cible d’Un film ?
Quand on réalise un film, on a envie que cela plaise au plus grand nombre de spectateurs. Après, si on se penche sur la commission qui donne le visa d’exploitation et sa décision d’interdire ce film aux moins des 16 ans, je trouve cela tout à fait normal et légitime. C’est un devoir de mettre en garde les familles et leur dire que ce n’est pas un film pour les enfants.

Comment concevez-vous le flop du film ?
Je ne peux pas parler de flop, car, pour qu’il y ait un échec commercial, il faut que le film ait d’abord une vie commerciale. Un film, qui est retiré quatre jours après sa diffusion en salles, est un cas très grave.
Sous prétexte qu’un film ne plaît pas à certains, on le retire des salles. D’ailleurs, après la sortie du film, pendant la première semaine, la presse culturelle a fait du bon travail, en parlant du film et en le critiquant. Mais, dès que le débat s’est déplacé sur le terrain de l’analyse sociologique, le film a été retiré. Il faut donner à ce film le droit d’exister ! C’est un droit que nous accorde d’ailleurs la nouvelle Constitution…

Un film a-t-il participé ou participera-t-il à des festivals ?
Il a déjà participé au Festival national du festival de Tanger où il a été primé. Il a eu le Prix de la première œuvre, et Fahd Benchemsi a eu le Prix du meilleur second rôle. Ensuite, il a été sélectionné pour le Festival de Cannes dans cadre du programme « Cinémas du monde». Pour le festival de Marrakech, il a été jugé hors délai.


Le 31 octobre 2011, les Palestiniens ont vécu à Paris une journée historique. Leur État a obtenu le statut de membre à part entière à l’Unesco, l’un des principaux organes de l’ONU. Mécontents, Les États-Unis d’Amérique ont bloqué ipso facto leur financement de l’Unesco.
Le pourquoi du comment avec Gabriel Banon, ex-conseiller de Yasser Arafat.

 Gabriel Banon : «<em> C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance  le reconnaisse</em>». l’État palestinien</em>».Gabriel Banon : « C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance le reconnaisse». l’État palestinien».

Après l’admission de la Palestine à l’Unesco, en tant que membre à part entière, à quoi rime le mécontentement américain ?
Le président Obama est en pleine campagne électorale pour un deuxième mandat, et, par conséquent, il a besoin de l’appui du Congress et de tous les Démocrates. Chez ces derniers ainsi qu’au Sénat, il y a un grand nombre – ou plutôt une majorité de membres – qui soutiennent Israël. Inconditionnellement. Il est obligé de prendre une position dans cette optique d’élection même si cela peut aller à l’encontre de ses propres déclarations. Ceci, dans la mesure où le président américain a déclaré qu’il était pour un État palestinien dans les frontières de 1967. C’est une politique purement intérieure.

L’Unesco cherche-t-elle a démontrer son indépendance vis-à-vis des États-Unis ? 
Pas vraiment. La question, c’est que l’Unesco s’est retrouvée face à un blocage total. Le processus d’Oslo est mort et Netanyahou l’avait même dit en affirmant : « J’ai tué le processus d’Oslo. » Le Quartet [États-Unis, Russie, UE, ONU] s’agite beaucoup mais ne fait rien de concret. Autrement, c’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël ; et, maintenant, il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance reconnaisse l’État palestinien. Ceci dit, on savait que la situation serait sans issue. Bien que les deux tiers des États membres de l’assemblée soient pour la création d’un État palestinien. Par sa reconnaissance en tant qu’État, la Palestine a décroché une victoire diplomatique indéniable. Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné.

« Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné ».

À votre avis, où est- ce que le conflit israélo-palestinien bloque ? Qui le bloque ? 
Le processus de paix est bloqué parce que Netanyahou est prisonnier d’une fragile majorité à la Knesset. En face, il existe une minorité d’extrémistes extrêmement puissante. Netanyahou tient beaucoup à son siège : il ne faut pas oublier cela. Un vrai chef d’État aurait pris ses responsabilités quitte à perdre la fonction de Premier ministre.

Gabriel BanonGabriel Banon

Qu’est-ce que le Printemps arabe a apporté à ce conflit ? 
Là où le Printemps arabe a cartonné, c’est surtout en Égypte et aujourd’hui en Syrie. Il a changé la donne de la politique étrangère, car Israël se disait être le seul État démocratique dans un contexte arabe qui ne serait jamais ouvert à la démocratie.
Aujourd’hui, le monde arabe démontre qu’il peut changer et qu’il veut lui aussi la démocratie. D’ailleurs, à la place d’Israël, je serais content car il y ait à l’avenir des partenaires beaucoup plus fiables et bien plus puissants.
C’est grâce à l’intervention de l’Égypte, en outre, que le soldat Shalit a été libéré. Le Printemps arabe pose beaucoup de problèmes aux Israéliens, car les rapports vont inéluctablement changer.

Israël osera-t-il déclarer la guerre à l’Iran ? 
Je n’ai pas une boule de cristal, mais je ne pense pas qu’Israël attaquera l’Iran. Ceci dit, c’est toute une manœuvre en cours en Israël et dont l’objectif est de profiter du nouveau rapport de l’AIÉA [Agence internationale de l’énergie atomique] et avec pour finalité de pousser l’ONU à durcir les sanctions envers Ahmadinejad et, idéalement, de faire tomber son régime.
Des actions que je juge peu efficaces, car, justement, elles ne menacent pas l’Iran mais tentent timidement de l’étouffer petit à petit en soutenant les opposants…

Quelles sont les erreurs commises par Yasser Arafat et qui ont peut-être handicapé le processus de paix ? 
J’étais un grand partenaire d’Arafat. Il a fait des erreurs comme tout chef d’État, mais elles n’étaient pas fatales. Ses options étaient saines, objectives et constantes.
Par exemple, il a toujours pris une position courageuse en disant que les Palestiniens ne sont pas en guerre contre les juifs mais que les Palestiniens ont un différend avec les Israéliens.
Il était toujours convaincu que les deux entités pouvaient vivre ensemble. Sa politique a été, dans ce sens, claire.


Derrière son regard dévoué, sa voix raffinée et son sourire d’enfant, Amina Slaoui cache une crainte, celle de ne pas être soutenue jusqu’au bout dans son combat de tous les jours : la protection des personnes handicapées. Rencontre.

Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH. Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH.

Lors du dernier Tedx, organisé le week-end dernier à Casablanca, elle a ébloui une assistance venue nombreuse l’écouter parler de la nécessite de casser les frontières, quelle qu’en soit la nature. Sa modestie et son courage sont connus de tous. C’est donc tout naturellement qu’Amina Slaoui arrive à convaincre et à susciter l’intérêt chez son auditoire. En fait, elle revient de loin.
La vice-présidente de l’Association marocaine des handicapés (AMH), Amina Slaoui, a perdu la motricité de ses membres inférieurs quand elle était plus jeune à la suite d’un malheureux accident de bicyclette.

Aujourd’hui sur un fauteuil roulant, elle est animée d’un militantisme passionné. « L’AMH a été créée par des personnes handicapées et des sympathisants en 1992. C’est une association de soutien aux handicapés et en même temps de service et de développement », nous apprend Amina. Comptant près de 25 000 membres, l’AMH soutient les personnes handicapées en mettant à leur disposition des appareillages, notamment les fauteuils roulants, en leur facilitant l’accès aux soins et en les accompagnant pour la recherche d’emploi.

Le difficile accès au soins

Elle leur apporte aussi  une assistance administrative et juridique. De plus, « on construit nous même des centres de rééducation. Le premier centre est déjà opérationnel à Bouskoura et s’appelle Annour. Un deuxième va prochainement ouvrir ses portes à Casablanca », précise Amina.

Interrogé sur le nombre de handicapés au Maroc, Amina dit ne pas trop faire confiance aux chiffres officiels. « On dit qu’il y a environ 1,5 million de handicapés au Maroc, mais je pense que le chiffre le plus exact tournerait autour de 10 % de la population, soit facilement le double des statistiques officielles, comme le confirme l’OMS », révèle-t-elle. Une catégorie qui vit parfois dans le rejet et l’exclusion sociale quasi totale. « Les handicapés n’ont pas tous accès aux soins nécessaires. Pour ce qui est de l’assurance maladie obligatoire AMO, j’avoue qu’il y a aujourd’hui une couverture sociale plus large, mais la plupart de nos adhérents n’ont pas accès à cette dernière, alors que les soins et la rééducation coûtent cher et que ce sont les personnes handicapées issues de milieux défavorisés qui en ont le plus besoin… », s’indigne Amina.

Des lois et des barrages

Autre dada de l’AMH : l’accessibilité des personnes à mobilité réduite aux lieux publics. « L’accessibilité est une bataille pour nous. Ce n’est pas l’état de nos corps qui limite nos actes mais c’est les barrières qui nous excluent. Ces barrières sont érigées par l’environnement, qui fait barrage à notre libre circulation et notre indépendance. Au lieu d’avoir de l’assistance pour monter les escaliers ou aller aux toilettes, l’État se doit de nous y faciliter l’accès », explique Slaoui.

La situation est effectivement embarrassante. Et pour le handicapé, et pour la personne qui l’assiste. « On se sent très frustrés vis-à-vis de ce problème d’accessibilité. Cela fait 20 ans qu’on se bat pour cela, et il existe même une loi qui est censée consacrer des espaces aux personnes à motricité réduite.  Mais elle n’est pas appliquée malheureusement. C’est pourquoi on trouve des trottoirs trop élevés pour nos fauteuils roulants ou des moyens de transport qui s’en fichent des handicapés et de leurs limites de déplacement. Il y a encore un grand chemin à faire ! », enchaîne-t-elle.

La vérité est dure à entendre, mais Amina n’arrête pas de marteler « Les marocains vivent très mal leur handicap. Parce qu’ils ne sont pas insérés, parce qu’ils ne vont pas à l’école, parce qu’ils n’ont pas d’emploi, pas de logement et pas de moyens de transport adaptés. En attendant, c’est la famille qui supporte un handicap chaque jour plus lourd qu’à porter. Ajoutons à cela le regard des autres, tout simplement insupportable. En 20 ans, cela a un peu changé, mais les handicapés ne sont pas toujours traités comme des citoyens à part entière».

Autofinancement oblige

Autant dire que les militants de l’AMH se sentent seuls dans leur combat. Et hormis une aide de l’Union européenne basée sur des projets ponctuels et des  fonds alloués par la Fondation Mohammed-V pour la solidarité, l’AMH n’a d’autre choix que de s’autofinancer. « Le ministère de la Santé n’accorde aucune aide à l’association. Mais nous ne sommes pas dans cette logique de demandeurs d’aide. On veut être indépendant et autonome. Quand on veut organiser des événements ponctuels ou faire des achats de fauteuils ou autres matériels d’assistance, on organise une soirée et on collecte un peu d’argent », explique Amina. Et d’émettre un regret. « Ce que je trouve regrettable, c’est qu’avec toute l’énergie et l’effort que nous fournissons, les résultats ne sont pas à la hauteur. Personne ne prend la relève. Rares sont ceux qui font un geste pour nous aider. C’est cela le handicap pour moi ».

Après un long soupir, elle nous révèle une définition magistrale : « C’est le résultat de l’interaction entre nos limites, d’un côté, et les barrières que dresse la société, de l’autre », conclut-elle. La marche ne s’arrête pas pour autant.


Fondateur d’AB-CB (Amine Bendriouich Culture & Bullshit), Amine Bendriouich, 25 ans, compte déjà un prix, le Créateurope, qu’il a décroché à Berlin en 2009, et, surtout, une vision unique de l’habit. Dans cet entretien, il nous apporte son regard sur la manière dont nous, Marocains, nous habillons. Un moment de pure vérité.

Amine Bendriouich : «<em> Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne .</em>»  Photo FRANK SCHOEPGENSAmine Bendriouich : « Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne .» Photo FRANK SCHOEPGENS

Quel regard portez-vous, en tant que styliste, sur la manière de s’habiller des Marocains ? 
Ça dépend. Je n’aime pas les généralités, mais il me semble que l’on a beaucoup perdu de la classe que l’on avait. Aujourd’hui, on est entré dans une standardisation de l’aspect vestimentaire. C’est comme si nous étions tous invités à une soirée et on nous a demandé de suivre le même dress code. Tous les hommes sont en chemises blanches ou polo et un jean ,et les femmes aussi, même si elles osent un peu plus.
Il reste encore beaucoup d’effort à faire, notamment sur le plan de l’imagination.

Pourquoi y a-t-il encore ceux qui ne savent pas marier les couleurs ou avoir un goût vestimentaire propre à eux ? 
Les gens qui ont un style distingué ne s’affichent justement pas beaucoup au Maroc, à cause du regard de l’autre, de la société qui les juge. Mais la donne change. Petit à petit, on commence à s’assumer et s’accepter comme on est. Certains préfèrent se montrer même si leur aspect vestimentaire est jugé saugrenu.

Sommes-nous des fashion victims ? 
On peut dire que nous le sommes; c’est péjoratif comme notion. Quand certains jeunes veulent briser les limites de leur paraître, ils cherchent à imiter le style des mannequins qui posent pour les magazines, ou bien ils achètent des tenues et accessoires vues dans des soirées ou des séries télévisées.

À votre avis, de qui s’inspire la majorité des Marocains pour s’habiller ?
Malheureusement, nombre de gens s’inspirent des séries pourries et traduites en darija qui passent à la télévision. D’autres s’inspirent de leurs amis qui ont fait le choix d’un style qui les arrange.
En général – et ce qui est déjà un grand pas –, la communauté de la mode que nous avons ici au Maroc s’est inspirée des styles des genres de musiques internationales tels que le rock, le hip hop, le punk, etc. Nous restons, encore une fois, otages de l’ostentatoire et du spectacle. Et nous oublions que notre culture est aussi riche en sources d’inspiration. Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne. C’est ce que l’on n’a pas encore exploité.

«On est rentré dans une standardisation vestimentaire. C’est comme si nous étions tous invités à une soirée et que l’on nous ait demandé de suivre le même dress code».

Existe-t-il des coachs pour l’image au Maroc, de façon à aider les gens à améliorer leur manière de se vêtir ? 
Pas vraiment, et c’est tant mieux. Les coachs n’ont rien à nous enseigner sauf, peut-être, une manière de se voir et de se présenter dans la société. Avec toutes les limites de la démarche. J’essaye moi-même de comprendre pourquoi ce style serait meilleur que l’autre. Je peux à la limite donner des conseils, mais le plus important pour moi, c’est que chacun doit s’habiller de la manière dans laquelle il se sent le plus à l’aise.
Le style ou la tendance du moment obsède les gens, et c’est pourquoi il ne faut pas les suivre d’une manière irréfléchie. Être soi-même, c’est chic.

Vos créations s’inspirent de l’univers urbain. Pensez-vous que les Marocains accepteraient des styles nouveaux. Qu’est-ce que cela signifie au juste ?
Notre société est de plus en plus urbaine. À un certain moment, il faut commencer à assumer cela. Je ne peux pas dire mieux que le naturaliste français Georges-Louis Leclerc de Buffon : « Le style est l’Homme même ». Hassan II, lui aussi, comprenait très bien cette phrase.
Il existe des gens qui portent un sac de patates et que l’on trouve extraordinaires. D’autres peuvent porter les costumes et les robes les plus in du moment, et ils vont avoir l’air de rien.
Pour moi, le vêtement est l’accessoire de l’attitude. Et c’est l’attitude qui dit au monde qui nous sommes.


Fondatrice du Centre International du développement et de la formation et la résolution des conflits, Rowaida Mroue est une militante libanaise qui n’a pas froid aux yeux. Les conflits mondiaux, c’est sa vie et son combat. Dans cet entretien, elle nous livre son analyse sur le conflit au Sahara, un problème vieux de 36 ans.

Rowaida Mroue, fondatrice de l’ICTR.Rowaida Mroue, fondatrice de l’ICTR.

Très actifs dans les pays arabes ainsi que dans les régions à conflit interne, l’ICTR veille à développer les capacités des jeunes et des journalistes afin de faire pression, envoyer des pétitions, mettre sous les projecteurs toutes les régions vulnérables. Rowaida Mroue s’intéresse très particulièrement au conflit du Sahara. Pour elle, l’Algérie s’entête comme un enfant qui a peur de perdre ce qu’il n’a pas. Le Maroc est pour elle, par contre, le maître de la situation et le pays qui mérite son Sahara. ITCR ( juin 2010) est le Centre international du développement et de la formation et la résolution des conflits, c’est une ONG dont le siège est au liban à Beyrouth.

Le conflit entre le Maroc et le Polisario est encore au stade des pourparlers informels. Avec la nouvelle donne politique dans la région, pensez-vous que l’Algérie pourrait revoir sa position vis-à-vis du Polisario ?
Dernièrement, le Maroc a insinué dans la majorité de ces pourparlers avec le Polisario qu’il ne veut plus continuer ce type de discussions informelles. Les deux parties ne se réunissent sur aucune vraie base de dialogue, avec la présence d’une Mauritanie qui dégage une neutralité positive. Aucune évolution n’est constatée. L’Algérie n’a rien à perdre. Pour le Maroc la question de l’autonomie est indiscutable. Même chose pour le Polisario concernant le plan d’autodétermination. Les Etats-Unis ont exprimé leur penchant vers la solution marocaine car elle est la plus réalisable mais pour le Polisario, l’arme la plus fatale reste le hors-sujet. L’Algérie ne changera jamais sa position tant qu’il n’y a pas de pression de l’international. Soyons réaliste, plusieurs points sont clairs. Premièrement, tous va se jouer sur les messages que va adresser le CNT au Maroc. Deuxièmement, il faut médiatiser les déclarations des membres du CNT qui parle avec assurance de la marocanité inéluctable du Sahara. Troisièmement, et ce point est encore louche, je me demande comment va être la relation de la Libye avec l’Algérie. Quatrième point, qui parait anodin mais qui est important, c’est le résultat des élections de la Tunisie et sa nouvelle politique vis-à-vis du Maghreb arabe. La Mauritanie, pour son compte, a une neutralité positive, mais suit beaucoup ses propres intérêts.

«Personne dans le monde arabe ne peut soutenir un front séparatiste et laisser tomber un grand pays comme le Maroc»

Depuis toujours, la Libye a soutenu le Polisario. Avec l’installation du CNT, comment voyez vous la relation future entre la Libye et le Polisario, sachant que le CNT a capturé des milices du Polisario pro-Kadhafi ?
Je ne pense pas que le CNT et ceux qui vont le suivre, soient prêts à lier leur destin à celui des fronts séparatistes, car la communauté civile va remarquer que le CNT n’a pas aboli le système déchu du dictateur Kadhafi. Le CNT va faire l’impossible pour enjoliver sa réputation et donc il aura des avis pacifiques.

En nous basant sur le printemps arabe et toutes les idéologies qu’il a véhiculées, ne pensez-vous pas que les nouveaux régimes arabes auront un problème avec la marocanité du Sahara et seront plus pour des mouvements séparatistes ?
Personne dans le monde Arabe ne peut soutenir un front séparatiste et laisser tomber un grand pays comme le Maroc connu pour sa diplomatie étrangère intelligente et son équilibre dans les positions politiques du monde Arabe. L’objectivité du Maroc lui fait gagner la sympathie de l’Europe, des Etats-Unis et des autres puissances mondiales.

L’Algérie, pays hôte des camps de Tindouf, ne devrait pas un jour ou l’autre se débarrasser des milices qui perturbent la sécurité dans la région ?
C’est parce qu’il manipule la force du Polisario et le destin du Sahara en ce qui concerne les camps de Tindouf que l’Algérie n’a pas peur de son destin intérieur. Un système qui est basé sur les services de renseignement militaire sait très bien que s’il finance n’importe quelle région, cette dernière peut lui obéir s’il lui demande de semer le chaos, n’ importe où dans le monde. L’Algérie est protégée par ces fronts séparatistes et ne se sent aucunement gênée par le trafic d’armes et de drogues qui se passe sous ses yeux et l’enlèvement des militants européens. Aucune pression n’est exercée sur l’Algérie, c’est révoltant.

L’Algérie refuse catégoriquement la participation du Maroc aux opérations anti-terroristes dans la région. Pourquoi à votre avis ?
Je pense que ce refus est logique, car l’Algérie ne veut pas que le Maroc démontre sa capacité militaire à gérer de tels troubles. L’Algérie veut se montrer comme étant le pays qui est fort et qui gère le tout dans la région. Si le Maroc rentre dans cette histoire, il n’en sortirait que gagnant et c’est pourquoi l’Algérie essaye d’éviter cette gloire.

« Pour les prérogatives de la Minurso, j’ai la conviction que le fait de compter sur les Nations unies pour trouver des solutions est une perte de temps »

Que pensez-vous des prérogatives de la Minurso, notamment de les étendre vers le volet des droits de l’homme ?
Aujourd’hui, il y a trois points que le Maroc essaye d’étudier en ce qui concerne le conflit du Sahara. Le premier point est celui de l’atteinte aux droits de l’homme dans les camps de Tindouf et la polémique sur les recensements. Le deuxième point est ce que véhicule à l’étranger le Polisario à propos de l’exploitation marocaine des ressources naturelles sahariennes et l’inégalité de la distribution de ces dernières, chose qui est fausse. Car le Maroc donne à la région du Sahara d’autres ressources plus importantes et qui n’existent pas dans la région. Le troisième point reste le plan d’autonomie qui est réalisable et soutenable.
Ceci dit, le Polisario ne changerait jamais sa position qui est le référendum. Cette équation n’a pas de solution à part celle de l’application des droits l’homme. Quelqu’un qui vit au Maroc, qui à un passeport marocain, et qui est en sécurité au Maroc n’a pas la droit de revendiquer un référendum. Maintenant, pour les prérogatives de la Minurso, j’ai la conviction que le fait de compter sur les Nations unies pour trouver des solutions est une perte de temps. En tant que citoyenne de la société civile, le monde arabe tout comme les médias et les bloggueurs doivent se mobiliser pour trouver une solution finale à ce conflit. Des communiqués, des pourparlers et des manifestations pour rien, Basta !◆

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .


Son essai «Et si l’amour durait?» définit l’homo sentimentalis contemporain à travers la littérature du XVIIe au XXe siècle.Amour effusion, amour mortification, amour compassion… Les manifestations du sentiment amoureux sont multiples. Elles renvoient pourtant à la seule chose qui compte en ce jardin à la fois si beau et si épineux: tenir parole.

 

«L’AMOUR DE L’AMOUR EST UNE TENTATION COMPRÉHENSIBLE D’UNE CULTURE QUI A TOUJOURS FAIT GRAND CAS DU SENTIMENT AMOUREUX.» Alain Finkielkraut

 

En sommes-nous capables?, questionne Alain Finkielkraut, «amourologue» dont les astres sont des romans. La princesse de Clèves de Mme deLa Fayette, Les meilleures intentions d’Ingmar Bergman, Professeur de désir de Philip Roth et L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera forment la constellation observée par le philosophe. Et si l’amour durait: fausse hypothèse, vraie espérance.

 

«Et si l’amour durait»: quelle est donc cette étrange vision des sentiments?

Paul Valéry dit: «Le renoncement à la durée marque une époque du monde. Nous sommes entrés dans l’ère du provisoire.» L’amour n’échappe pas à la règle. Nos engagements, à nous autres postmodernes, ne nous engagent plus. C’est notre ultime liberté: nous ne sommes enchaînés par rien, pas même par notre parole. Mais nous savons aussi que renoncer à la durée en amour, c’est en quelque sorte renoncer à l’amour. Une déclaration d’amour est une déclaration d’éternité. Aussi libérés que nous nous voulions, nous ne sommes pas prêts à faire de l’amour une pure et simple variante sentimentale de la consommation.

 

Nous sommes dans «la civilisation de l’amour», écrivez-vous, mais également, ajoutez-vous, dans «la civilisation de l’amour de l’amour», dont «l’homo sentimentalis» est le représentant. Ces deux civilisations sont-elles différentes l’une de l’autre?

Non, je ne dirais pas qu’elles sont différentes. L’amour de l’amour est une tentation très compréhensible d’une culture qui a toujours fait grand cas du sentiment amoureux. Seulement, il y a toujours, dans l’amour de l’amour, le risque d’oublier le destinataire de l’amour pour mieux s’aimer soi-même. Or la chance de l’amour c’est qu’il vous permette de vous oublier vous-même.

Voilà qui rejoint votre combat contre d’autres narcissismes: l’amour de son origine, l’amour de sa religion…

Si vous voulez (il sourit). Il faudrait que j’y réfléchisse. Laissons cela dans l’implicite.

La princesse de Clèves de Mme deLa Fayetteest l’un de vos objets d’étude. Vous prenez, à votre façon, fait et cause pour la princesse de Clèves qui renonce à son véritable amour, M. de Nemours. Sadomasochisme, relève Philippe Sollers, que vous citez. Idiotie?

Tout mon propos est au contraire de réhabiliter la princesse de Clèves. Elle a renoncé à l’amour. Pourquoi ? Pour deux raisons, dont l’une est noble et l’autre, désespérée. La noblesse, d’abord. Son mari est mort de chagrin. Ce chagrin, elle l’a causé en lui révélant qu’elle aimait M. de Nemours. Son mari lui dit: je vais mourir et vous pourrez arriver à vos fins, je ne serai plus un obstacle sur le chemin de l’amour. Si Mme de Clèves épouse M. de Nemours, elle transforme en aubaine la mort de son mari. Elle ne peut pas s’y résoudre. Ce serait, à ses yeux, indigne. Elle s’avilirait. Fantôme de devoir, lui dit M. de Nemours. Non, devoir qu’elle a vis-à-vis d’un fantôme obsédant et aussi vis-à-vis d’elle-même.

Quelle est la raison désespérée?

Mme de Clèves pense que M. de Nemours ne tiendra pas parole, qu’il cessera un jour de l’aimer. Elle veut s’épargner ces souffrances. Aujourd’hui, nous ne voyons même plus le problème. Mme de Clèves dit: l’amour ne tiendra pas ses promesses. Nous disons qu’elle a raison et qu’il n’y a pas de quoi en faire un plat. Eh bien au moins est-elle là pour nous rappeler que peut-être il faut en faire un plat, que peut-être nous devons réfléchir à cette étrange situation, que peut-être nous ne pouvons pas faire notre deuil de la grande promesse de l’amour.

La seconde raison, la désespérée, nous est commune. Elle se traduit notamment par le prosaïque: je le largue ou je la largue avant de me faire larguer…

On peut dire qu’il y a comme un principe de précaution sentimentale chez Mme de Clèves. Mais elle révèle aussi la difficulté de l’amour. L’amour peut-il ou non être à la hauteur de ses promesses? Et s’il ne le peut pas, que doit-on penser de ce sentiment? Au fond, nous sommes tous remplaçables les uns pour les autres. L’amour proclame l’irremplaçabilité d’un être. Fautil accepter que cette irremplaçabilité soit temporaire? Je n’en suis pas sûr.

Dans le cas de la princesse de Clèves, l’amour ne dure pas puisqu’elle ne rend pas sa réalisation possible avec celui qu’elle aime, M. de Nemours.

Non, elle ne cesse pas pour autant d’aimer. Elle sacrifie son amour parce qu’elle a cette espèce de lucidité, parce qu’elle ne veut pas transiger. Bien sûr, nous savons qu’en dépit de ses efforts, elle mourra amoureuse du duc de Nemours. Il ne s’agit de la citer en exemple. Il s’agit de savoir si elle a mis le doigt sur un véritable problème, c’est tout.

 

 

Quel est ce véritable problème?

Il est ceci: l’amour est-il voué à ne pas tenir parole?

Est-ce stupide de ne pas apporter de réponse?

Je n’ai pas écrit un essai. J’ai réuni un certain nombre de livres et j’ai essayé de réfléchir avec eux, autour d’eux, à travers eux. C’est la grâce du roman. Il n’argumente pas. Il décrit des situations et il envisage des réalités ou des problèmes à travers des individus, ou des cas. C’est tout ce que j’ai voulu faire. Dans Les meilleures intentions, d’Ingmar Bergman, on s’aperçoit qu’un autre cadre, familial celui-là, interfère dans la destinée des deux héros et amants, Henrik et Hannah. DansLa Princessede Clèves, l’amour était soumis à la loi, voici désormais qu’il fait la loi. Oui, Hannah et Henrik vivent sous l’œil de leurs parents, qui voient cette union d’un mauvais œil. Il reste qu’ils ne peuvent rien faire pour l’empêcher, et que si les choses vont mal, c’est pour des raisons internes à cette relation. Nous ne sommes plus dans le cas du différend entre l’ordre social et le sentiment. C’est le sentiment lui-même qui débouche sur une catastrophe. Les parents sont aussi très présents dans le livre de Philip Roth, Professeur de désir. Mais voyez comme les choses ont changé. Ce ne sont pas les parents en tant que puissance mais en tant que fragilité. La mère meurt, le père va mourir. Ils sont vulnérables et dépositaires, aussi, d’une manière d’être vouée à la disparition. Ils sont les objets d’une intense nostalgie. Une certaine vérité de l’amour va peut-être mourir avec eux.

Alors que David Kepesh, leur fils, est l’incarnation de l’impossibilité de l’amour durable.

Il aime Claire Ovington mais il sent que son désir le fuit. Il s’enchantait de la libération du désir et il prend conscience que le désir lui-même est une sorte de despote qui n’en fait qu’à sa tête. Il est donc désolé, il va devoir rompre avec celle qu’il aime, sa vie se présente à lui comme une succession d’intérims. Philip Roth superpose à cette description mélancolique l’évocation de l’amour invincible et évident des parents de David Kepesh. Ils étaient jeunes, Abe et Belle, quand ils se sont vus pour la première fois. Pour reprendre une citation de Kierkegaard, «il la garde dans l’étreinte fidèle de sa résolution».

A l’inverse de David Kepesh, l’amour qui soude Tomas et Tereza, les deux héros de L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera, roman avec lequel vous fermez votre livre, apparaît comme l’exemple à suivre.

Il n’y a pas d’exemple à suivre. Je ne donnerai pas raison à Tomas et Tereza en les opposant à David Kepesh. Reste qu’il y a un paradoxe, avec Kundera. Cet auteur libertin a parlé d’amour comme nul autre avant lui. Curieusement d’ailleurs, ce paradoxe n’a pas été, je crois, étudié. On célèbre en Kundera le continuateur du siècle des lumières, l’héritier de Diderot et de Vivant Denon. Il est vrai que de roman en roman, il mène une guerre implacable contre le romantisme, mais il nous dit quelque chose du sentiment amoureux et même de la fidélité amoureuse que personne n’avait dit avant lui. C’est le cas dans L’insoutenable légèreté de l’être, c’est vrai aussi dans deux autres romans, L’ignorance et Le livre du rire et de l’oubli. L’un des héros de L’ignorance, Joseph, revient à Prague après la chute du mur de Berlin, il avait émigré au Danemark. Il a une aventure, cette aventure est belle, il pourrait tomber amoureux, mais il est veuf. Veuf veut dire disponible dans le langage courant. Or il n’est pas disponible: sa femme qui est morte et qu’il a tant aimée, n’a plus que lui, elle s’est remise entre ses mains. Il est mu par une invincible compassion et par une fidélité déraisonnable. Son travail du deuil consiste non pas à oublier la morte mais à en entretenir le souvenir. Nul ne peut, encore une fois, citer cette attitude en exemple, reste à constater que Kundera explore cette dimension de l’amour, la fidélité, par-delà la mort.

Kundera, dans L’insoutenable légèreté de l’être, fait en quelque sorte l’éloge de la compassion comme transport amoureux, compassion qu’il comprend dans le sens de «souffrir avec», le mitleiden allemand.

Je vous citerai Levinas: «Ce qu’on appelle, d’un terme un peu frelaté, amour est par excellence le fait que la mort de l’autre m’affecte plus que la mienne.» L’amour de l’autre c’est l’émotion de la mort de l’autre. L’autre vous est cher, et plus il vous est cher, plus il vous apparaît fragile, plus vous pouvez penser à sa disparition. Cela rejoint le mitleiden de Kundera.

Que vous inspire l’affaire DSK, ou plutôt le roman DSK, où l’on voit une épouse, Anne Sinclair, manifestement amoureuse d’un mari infidèle? Où se situe-t-on?

Je réponds avec d’extrêmes précautions car je n’ai pas tous les éléments. Je pense qu’ils sont tous les deux amoureux. Elle lui a pardonné, ou elle lui pardonnait en dépit de tout, parce qu’elle était sous le charme. C’est le mystère des couples, des arrangements, et là-dessus je n’aurai aucun commentaire à faire. Je ne me suis permis d’intervenir sur l’affaire Strauss-Kahn que parce que, justement, on a voulu, à toute force, en oublier la singularité pour en faire le procès non seulement de la domination masculine mais de la galanterie française. Quoiqu’on puisse dire de cette relation dans le Sofitel, la galanterie n’était pas en cause. Ce n’était pas un acte galant.

Le libertinage n’est donc pas l’ennemi de l’amour?

J’essaie de ne pas être un moralisateur. Je ne considère pas que le libertinage soit une solution, je ne pense qu’il soit une libération et je ne pense pas qu’il soit condamnable. C’est une manière d’être au monde. Ce n’est pas la mienne. Et voilà.

 

 

 

 


Les 27 et 28 octobre s’est tenue à Marrakech la Conférence internationale sur « l’Impact des médias sociaux sur les organisations et les entreprises » (SMI’2011). Entretien avec Marouane Harmach, consultant en intelligence économique et réseaux sociaux.

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Il y a près de 3 905 080 d’internautes marocains, uniquement sur facebook.

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Quels types d’outils en matière de réseaux sociaux sont-ils utilisés par les Marocains. Pourquoi s’attachent-ils à certains plus qu’à d’autres ?
Les Marocains utilisent pleins de médias sociaux. Les raisons qui font que les Marocains sont plus actifs sur un réseau social plutôt que sur un autre sont d’ordre sociologique mais aussi linguistique. La star du web reste facebook avec plus de 3,9 millions de comptes ouverts au Maroc. Ce site monopolise la plus grande part de l’espace d’expression et de partage sur le web. Ensuite, nous avons les réseaux sociaux professionnels tels que Viadeo, avec à peu près 200 000 personnes en langue française. Sur le même registre, il faut aussi compter Linkedin, qui reste moins prisé pour ses origines anglo-saxonnes mais bien parti pour rattraper Viadeo. On a aussi d’autres réseaux sociaux et microblogs, comme Twitter. La twittoma marocaine compte entre 18 000 et 40 000 actifs. Notons l’arrivée d’un nouveau venu Google +, qui n’a pas encore trouvé sa place. Mais je pense que ça va venir.
Quid des réseaux marocains?
Il y a évidemment des sites et autres réseaux qui ont du succès. Je pense à Aalam Jadid, par exemple, mais qui se cherche encore car il a un nouveau concurrent, bladibook.
On a vu lors des conférences qu’il y a 5 acteurs d’influence sur les réseaux sociaux. Les créateurs d’idées, les amplificateurs, les curateurs, les commentateurs et les observateurs. Où se positionnent les internautes marocains ? 
Globalement, puisque nous sommes dans une communauté active, on est beaucoup plus des créateurs d’idées, des commentateurs et un peu observateurs. Les internautes marocains n’ont malheureusement pas encore atteint la maturité des autres pays pour remplir les 5 cases du schéma. Mais, grosso modo, ils arrivent à mobiliser les foules et c’est déjà ça…
Les internautes marocains utilisent-ils intelligemment les réseaux sociaux ? 
Cela dépend des gens. Sur facebook, il y en a qui l’utilisent pour écouter de la musique, discuter avec des amis ou s’informer. Il y en a d’autres qui sont à la recherche d’un emploi ou d’un stage. Facebook est à la base un réseau de partage, pas plus. Il y a d’autres réseaux sociaux plus spécialisés en cela. Est-ce que les Marocains utilisent intelligemment les réseaux sociaux? La réponse est oui, mais la majorité ne fait pas attention au temps fou qu’elle perd devant l’écran, l’utilisation des applications non sécurisées et les arnaques dans lesquelles nombre d’internautes tombent. Il faut savoir qu’un réseau social est un espace grandiose de liberté d’expression, et chacun est responsable de ce qu’il y exprime.
Les entreprises marocaines doivent-elles se mettre aux réseaux sociaux. 
Il y a près de 3 905 080 d’internautes marocains, uniquement sur facebook. Donc les entreprises ont forcément leurs clients sur ces réseaux sociaux, et ils doivent les conquérir. C’est une forme de communication intéressante à ne pas ignorer. Chaque entreprise doit avoir son empreinte digitale sur le web afin de comprendre les attentes et desiderata des clients potentiels ou déjà acquis.
Comment les entreprises et les organisations marocaines utilisent les réseaux sociaux?
Hit Radio qui a réussi à créer une relation de sympathie grâce à Internet. Il y a aussi les trois opérateurs téléphoniques qui s’essayent au webmarketing. Après, il y a d’autres entreprises qui communiquent comme la Lydec, la Marocaine des jeux et la Loterie nationale. Pour les partis politiques, l’usage reste une simple formalité, obligatoire et saisonnière…
Quelles sont les limites des réseaux sociaux et les pièges à éviter ?
On doit savoir que tout ce qui est publié sur les réseaux sociaux est la propriété de tout le monde. Il n’y a pas d’intimité. Sachez qu’une fois une photo publiée sur facebook, elle devient sa propriété… On risque de nous retrouver dans des situations embarrassantes comme ce fut le cas de la famille de Yasmina Baddou. Il y a des dangers, et il faut faire très attention. Même chose pour les entreprises qui risquent d’y perdre toute leur réputation. Des chartes d’utilisation sont notamment souhaitables à instaurer.
Faudrait-il établir des barrières légales à l’utilisation d’Internet ?
Oui, car il y a des dérapages qui méritent d’être sanctionnés. Et non, car cela risque de limiter la liberté d’expression. ◆

 

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Considéré comme le parent pauvre du sport, l’escrime souffre d’une quasi-absence de médiatisation. Nous avons fait le déplacement chez des responsables de la Fédération royale marocaine d’escrime. Ces derniers se battent au sabre pour élargir la pratique de ce sport peu connu.

La vingtaine de clubs et d’associations d’escrime du Maroc se situent à Rabat, Essaouira, mais la grande majorité se trouve à Casablanca.La vingtaine de clubs et d’associations d’escrime du Maroc se situent à Rabat, Essaouira, mais la grande majorité se trouve à Casablanca. Photos Yassine TOUMI

«Enfin un journaliste qui nous appelle ! ». C’est en ces termes que Bouchto Zouhair, vice-président de la FRME, nous exprime son soulagement. Il saisit l’occasion pour exprimer son mécontentement vis-à-vis de la presse sportive marocaine, qui ne s’intéresse pas à l’escrime ou si peu. La réputation de ce sport, dont la pratique serait  réservée exclusivement à une catégorie sociale plutôt aisée, serait derrière ce manque d’intérêt. «Ce qui est archifaux», rétorque Mustapha Hattab, un autre vice-président de la FRME.

D’ailleurs, de plus en plus d’enfants s’y intéressent. «On doit comprendre qu’il est accessible à tous. Lors de la dernière inauguration du foyer des jeunes à Ben-Msik, nous avons pu voir des salles d’escrime où jouaient des enfants pas forcement riches», nous rappelle Mustapha. L’escrime, pour l’aimer, il faut le comprendre, et «cette tâche est notre devoir, ainsi que celle des journalistes», clarifie le vice-président.

Dispositif électrique

Étant un sport de combat, l’ultime but de l’escrime est de toucher son adversaire avec la pointe ou le tranchant de l’une des trois armes, à savoir : l’épée, le sabre, le fleuret, sans pour autant être touché. Pour gagner, il faut toucher l’adversaire 15 fois, validées par une lampe qui s’allume à chaque effleurement, ou rester en tête durant les neuf premières minutes du duel. « Chacune des trois armes est utilisée différemment des autres, selon les circonstances du jeu et la catégorie des joueurs », nous apprend Mustapha.

La piste, mesurant 14 mètres de long sur 1,5 à 2 mètres de large, comprend des zones limitant les mouvements des escrimeurs. « Un dispositif électrique assure automatiquement le décompte des points », enchaîne Hattab. Mais le combat est régi et arbitré pour éviter tout accident. « Les escrimeurs portent des protections de la tête aux pieds. Les arbitres donnent, comme au football, un carton jaune pour avertir. Deux jaunes valent un rouge, et un rouge donne à l’adversaire un point de plus. Un carton noir est généralement donné en cas de faute grave. Le joueur est exclu et interdit de participer aux jeux pendant deux mois », poursuit le vice-président de la FRME.

Résultats honorables en championnats

« Le Maroc compte plus d’une vingtaine de clubs et d’associations d’escrime à Rabat, Essaouira, mais la grande majorité se concentre à Casablanca », précise Zouhair.

L’escrime à l’honneur lors de l’inauguration de l’Espace jeunes de Sidi-Othmane.L’escrime à l’honneur lors de l’inauguration de l’Espace jeunes de Sidi-Othmane.

Pour ce qui est de la formation publique à l’escrime, cela se déroulait dans la salle fédérale du Complexe Mohammed-V. Aujourd’hui, dans le cadre de la coopération avec le ministère de la Jeunesse, l’escrime est intégré dans le programme sport-études dans les universités.

Concernant les compétitions et de les champions marocains d’escrime, le Maroc n’est pas si médiocre qu’on le croit. « Comme au football, nous avons des championnats : Coupe du Trône, compétitions nationales et internationales. À titre d’exemple, le dernier championnat national 2010-2011, c’est le club Al-Ouafae Al-Bidaoui qui  l’avait remporté. Aussi, on avait participé au championnat africain en Égypte dernièrement, et nous étions parmi les cinq premiers », avance avec fierté Hattab.

Parmi les escrimeurs marocains les plus connus, on peut citer Marouane Khalil (Al-Ouafae Al-Bidaoui), Rachid Meftouh (champion 2011 de l’Itihad Zerktouni), Xavier Ali qui joue à l’étranger, chez les femmes, il y a Hanane Attif (Club 2100), qui a décroché une médaille d’or récemment. « Heureusement que la FRME est là, car avant sa création, c’était la prévarication. Les neuf membres qu’elle rassemble veillent à la vulgarisation de ce sport ainsi qu’à son financement. Le ministère de la Jeunesse et des Sports s’est engagé en 2010 à nous accorder 800.000 dirhams par an. En 2011, cette somme a été réduite à 680.000 dirhams. On ne comprend pas pourquoi. Pour les sponsors, personne ne veut s’aventurer pour un sport méconnu», se désole Zouhair Bouchto. Autres problèmes, : le matériel est très coûteux, et nous n’avons pas de vrais entraîneurs professionnels. Ces derniers ont besoin d’un salaire d’au moins 2 000 euros pas mois », explique le vice-président.

Si la France compte 50.000 escrimeurs et si la Tunisie et l’Égypte en ont quelque 6 000 chacune, on n’en dénombre que 780 au Maroc. « Je dis ‘‘non’’ à la discrimination sportive. Nous voulons juste être estimés à notre juste valeur », martèle Hattab.◆

 

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