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Fiabilité des chiffres des élections législatives, désignation du chef du gouvernement, islamophobie étrangère, opposition du RNI, sort du Mouvement du 20 février… L’avocat et professeur des relations internationales à l’université Mohammed V, Tajjedine Houssaini dresse, pour Le Soir échos une esquisse du Maroc politique de demain.

élections - Résultats
45,4%… C’est le taux de participation aux élections législatives. Comment interprétez-vous ce chiffre ?

Le chiffre est fiable, mais on ne peut en considérer l’importance que si on le compare avec les scores d’avant. En 2007, le taux avait atteint les 37%. Cette année, il a atteint les 45,4%. Faut-il le rappeler, en 2007, il n’y avait pas d’appel au boycott. Malgré cela, nous avons pu, cette fois-ci, cumuler 7 points de plus. Conclusion : l’appel au boycott n’a pas été suivi. Ce qu’il faut savoir maintenant, c’est que le problème ne réside pas dans les chiffres annoncés ou l’appel au boycott mais bien dans l’action des partis politiques. Ces derniers ont très mal joué leur rôle et donc leur crédibilité a été biaisée. Résultat : la montée du PJD, le plus «potable» de tous.

La victoire du PJD est-elle une surprise ?
Cette victoire était prévisible pour trois raisons. La première est que nous sommes dans une logique de « village planétaire » et nous ne pouvons pas être à l’abri de la mouvance du Printemps arabe, voire mondiale. Nous vivons une seconde vague après celle du tout-économique, la vague de la mondialisation politique. Deuxièmement, depuis sa création,  le PJD a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité. Troisièmement, le programme du PJD est assez réaliste et les membres du parti sont des personnes sérieuses et qualifiées. Leurs slogans se sont distingués par des messages luttant contre la pauvreté et la dépravation. Les gens sont sensibles à cela.

Les Marocains ont-ils voté par sanction ?
Peut être. Le peuple marocain est intelligent et il savait que le choix du G8 allait entraîner le pays dans un cercle vicieux… très dangereux. Le Maroc ne veut pas vivre les épisodes qu’a vécu la Libye ou l’Égypte. Il veut expéri menter un nouveau parti, avec une nouvelle idéologie et de nouveaux visages.

« Le PJD cherche une majorité confortable. Donc, toutes les alliances sont bonnes à prendre ».

La Koutla peut-elle refuser l’alliance avec le PJD ?
Je ne pense pas ! Car même avant les élections, l’Istiqlal a toujours eu des contacts avec le PJD. Benkirane a même dit dernièrement qu’il était prêt à tous genres d’alliances, hormis avec le PAM. Le PJD cherche une majorité confortable. Donc, toutes les alliances sont bonnes à prendre.

L’article 47 de la nouvelle Constitution n’est pas assez clair sur la désignation du chef de gouvernement par le roi. Quelle est votre lecture de cet article ?
D’après l’article 47, le roi a l’obligation de choisir quelqu’un du parti vainqueur, le PJD. Maintenant est-ce que le roi va choisir ou non le secrétaire général du PJD… ? Il a le choix de désigner qui il veut comme chef de gouvernement, du PJD, bien évidemment.

Tajjedine Houssaini : «<em> Depuis la création du PJD, il a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité </em>». Tajjedine Houssaini : « Depuis la création du PJD, il a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité ».

La nouvelle Constitution accorde assez de pouvoir au prochain gouvernement. Le PJD pourrait-il faire l’exception et oser dire non au roi ? 
Je ne pense pas que le roi se mettrait dans une telle situation. La nouvelle Constitution parle d’un gouvernement responsable de son activité. Même le roi, dans son discours du 9 mars, avait dit clairement que l’exercice de la responsabilité se fait à travers l’interpellation et la reddition des comptes.

Comment expliquez-vous ce retour au conservatisme, un peu partout dans le monde ?
Dans les moments de crise, chaque société se réfugie dans sa religion ou retourne à son référentiel ancestral. Le retour aux origines et à l’authenticité est une manière de se sentir plus en sécurité et de prendre un départ plus rassurant. Mais, le Maroc n’a jamais été extrémiste. Le PJD, avec son «islam light», avec les Marocains, vont aller vers cette voie là car le futur gouvernement sait très bien que le Maroc entretient des relations très étroites avec des pays étrangers.

Comment voyez-vous les relations internationales avec un Maroc islamiste ? 
Je pense que le PJD sera assez ouvert à la modernité. Même quand on lit ces derniers temps la presse internationale, on remarque des articles assez optimistes.

Le RNI ferait-il une bonne opposition ?
Cela dépendra des moyens qu’il mettra en œuvre, mais il a intérêt à faire pression quand il le faut. L’opposition est appelée à être forte car la nouvelle Constitution l’a institutionnalisée. Elle est appelée aussi à travailler sérieusement et à prouver, en cas d’ingérence, que ceux qui dirigent ne sont pas à leur place.

Quel avenir pour le M20F ?
Je pense que le M20F a fait beaucoup de bien au Maroc. Il ne faut pas le nier. Il était un moyen d’exercer la pression pour arriver aux réformes et changements souhaités. Mais, je pense que sa force va diminuer s’il s’éloigne de ces principes fondamentaux et s’il ne cesse pas de se laisser influencer et d’accepter dans son idéologie les adlistes, le PADS ou encore Annahj. Le M20F doit revenir absolument à ses actions militantes initiales.


Réalisé par Bouraque Tarek ( Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100001221584791 )

Commentaire : Alae Bennani


Les péripéties d’Un film ont tourné au cauchemar. Critiqué fortement puis rapidement retiré des salles de cinéma, ce film aux scènes et au langage osés raconte l’histoire d’un réalisateur en quête de production du film de l’année. Fatym Layachi, comédienne du film, nous explique le mauvais sort qu’a connu ce dernier.

Un film, œuvre controversée pour cause de «<em>scènes osées</em>» et de «<em>mots crus</em>». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.Un film, œuvre controversée pour cause de «scènes osées» et de «mots crus». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.

Nombreux parmi ceux qui ont vu Un Film disent ne pas avoir saisi le message du film. Quelle histoire raconte-t-il au juste ?
C’est l’histoire d’un jeune réalisateur qui a envie de faire son premier film et ne sait pas comment s’y prendre. Il cherche le sujet idéal, le scénario parfait. C’est une quête d’inspiration et de créativité. Mais, dans cette quête assez délirante, il entraîne deux personnes avec lui, sa femme et son meilleur ami, qui sont tous les deux comédiens, et les embarque dans son imaginaire. Le film est une production à 100 % marocaine et a été fait un peu «à la cow-boy», sans aucun financement, dans une sorte d’urgence et dans des conditions assez rock’nroll. Mais il a été réalisé avec énormément de sincérité de la part de toute l’équipe. Nous avons cru à ce projet, et nous avons tous accepté de le faire sans aucune contrepartie.

Cinématographiquement parlant, comment jugez-vous la qualité du film ? 
Même si nous avons fait ce film à l’arrache, il a été travaillé avec rigueur : un scénario écrit, des plans bien étudiés… Il y avait forcément peu de moyens techniques mais suffisamment de lumière, un son irréprochable et énormément de professionnalisme.

Un film contient des scènes et un langage assez osés. Quelle est le bien-fondé de la démarche ?
Il n’y a pas d’autre philosophie que celle de la sincérité. Le langage est en effet cru mais jamais gratuit. Je défie quiconque de faire de la poésie ou de parler un langage soutenu dans un bar, là où les propos crus sont par ailleurs tenus… Les mots rudes et le langage frontal, quand ils sont là, c’est que la scène ne peut avoir de sens sans eux… Le langage est forcément intime et tiré du quotidien marocain.

«Un film ne peut pas plaire à certains. Mais la polémique est démesurée et ne parle plus de cinéma mais de dépravation des mœurs, d’atteinte à la pudeur»

La polémique autour de ce film vaut-elle la peine ? 
Je trouve cette polémique ahurissante. Si ce film ne plaît pas à certains, c’est un choix et c’est le propre de toute œuvre d’art. Malheureusement, la polémique, que je juge démesurée, ne parle plus de cinéma mais de phénomène de société, de dépravation des mœurs et d’atteinte à la pudeur.
Nous n’avons obligé personne à aller le voir. La critique est acceptable. Mais la censure, est inadmissible. Je ne comprends pas le fait que, sous la pression de certains liberticides, le film soit retiré des salles de cinéma. Il y a énormément de musique et de film qui ne me plaisent pas, mais ces réalisations ont le droit d’exister, tout comme moi, vous et votre journal.

La comédienne Fatym LayachiLa comédienne Fatym Layachi. Photo Yassine TOUMI

Qui est la cible d’Un film ?
Quand on réalise un film, on a envie que cela plaise au plus grand nombre de spectateurs. Après, si on se penche sur la commission qui donne le visa d’exploitation et sa décision d’interdire ce film aux moins des 16 ans, je trouve cela tout à fait normal et légitime. C’est un devoir de mettre en garde les familles et leur dire que ce n’est pas un film pour les enfants.

Comment concevez-vous le flop du film ?
Je ne peux pas parler de flop, car, pour qu’il y ait un échec commercial, il faut que le film ait d’abord une vie commerciale. Un film, qui est retiré quatre jours après sa diffusion en salles, est un cas très grave.
Sous prétexte qu’un film ne plaît pas à certains, on le retire des salles. D’ailleurs, après la sortie du film, pendant la première semaine, la presse culturelle a fait du bon travail, en parlant du film et en le critiquant. Mais, dès que le débat s’est déplacé sur le terrain de l’analyse sociologique, le film a été retiré. Il faut donner à ce film le droit d’exister ! C’est un droit que nous accorde d’ailleurs la nouvelle Constitution…

Un film a-t-il participé ou participera-t-il à des festivals ?
Il a déjà participé au Festival national du festival de Tanger où il a été primé. Il a eu le Prix de la première œuvre, et Fahd Benchemsi a eu le Prix du meilleur second rôle. Ensuite, il a été sélectionné pour le Festival de Cannes dans cadre du programme « Cinémas du monde». Pour le festival de Marrakech, il a été jugé hors délai.


Le 31 octobre 2011, les Palestiniens ont vécu à Paris une journée historique. Leur État a obtenu le statut de membre à part entière à l’Unesco, l’un des principaux organes de l’ONU. Mécontents, Les États-Unis d’Amérique ont bloqué ipso facto leur financement de l’Unesco.
Le pourquoi du comment avec Gabriel Banon, ex-conseiller de Yasser Arafat.

 Gabriel Banon : «<em> C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance  le reconnaisse</em>». l’État palestinien</em>».Gabriel Banon : « C’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël, et maintenant il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance le reconnaisse». l’État palestinien».

Après l’admission de la Palestine à l’Unesco, en tant que membre à part entière, à quoi rime le mécontentement américain ?
Le président Obama est en pleine campagne électorale pour un deuxième mandat, et, par conséquent, il a besoin de l’appui du Congress et de tous les Démocrates. Chez ces derniers ainsi qu’au Sénat, il y a un grand nombre – ou plutôt une majorité de membres – qui soutiennent Israël. Inconditionnellement. Il est obligé de prendre une position dans cette optique d’élection même si cela peut aller à l’encontre de ses propres déclarations. Ceci, dans la mesure où le président américain a déclaré qu’il était pour un État palestinien dans les frontières de 1967. C’est une politique purement intérieure.

L’Unesco cherche-t-elle a démontrer son indépendance vis-à-vis des États-Unis ? 
Pas vraiment. La question, c’est que l’Unesco s’est retrouvée face à un blocage total. Le processus d’Oslo est mort et Netanyahou l’avait même dit en affirmant : « J’ai tué le processus d’Oslo. » Le Quartet [États-Unis, Russie, UE, ONU] s’agite beaucoup mais ne fait rien de concret. Autrement, c’est l’ONU qui a créé l’État d’Israël ; et, maintenant, il faut lui refiler le malheureux bébé pour que cette instance reconnaisse l’État palestinien. Ceci dit, on savait que la situation serait sans issue. Bien que les deux tiers des États membres de l’assemblée soient pour la création d’un État palestinien. Par sa reconnaissance en tant qu’État, la Palestine a décroché une victoire diplomatique indéniable. Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné.

« Je suis convaincu qu’entre Israël et la Palestine, le processus de paix va s’accélérer. Et ce sera déjà cela de gagné ».

À votre avis, où est- ce que le conflit israélo-palestinien bloque ? Qui le bloque ? 
Le processus de paix est bloqué parce que Netanyahou est prisonnier d’une fragile majorité à la Knesset. En face, il existe une minorité d’extrémistes extrêmement puissante. Netanyahou tient beaucoup à son siège : il ne faut pas oublier cela. Un vrai chef d’État aurait pris ses responsabilités quitte à perdre la fonction de Premier ministre.

Gabriel BanonGabriel Banon

Qu’est-ce que le Printemps arabe a apporté à ce conflit ? 
Là où le Printemps arabe a cartonné, c’est surtout en Égypte et aujourd’hui en Syrie. Il a changé la donne de la politique étrangère, car Israël se disait être le seul État démocratique dans un contexte arabe qui ne serait jamais ouvert à la démocratie.
Aujourd’hui, le monde arabe démontre qu’il peut changer et qu’il veut lui aussi la démocratie. D’ailleurs, à la place d’Israël, je serais content car il y ait à l’avenir des partenaires beaucoup plus fiables et bien plus puissants.
C’est grâce à l’intervention de l’Égypte, en outre, que le soldat Shalit a été libéré. Le Printemps arabe pose beaucoup de problèmes aux Israéliens, car les rapports vont inéluctablement changer.

Israël osera-t-il déclarer la guerre à l’Iran ? 
Je n’ai pas une boule de cristal, mais je ne pense pas qu’Israël attaquera l’Iran. Ceci dit, c’est toute une manœuvre en cours en Israël et dont l’objectif est de profiter du nouveau rapport de l’AIÉA [Agence internationale de l’énergie atomique] et avec pour finalité de pousser l’ONU à durcir les sanctions envers Ahmadinejad et, idéalement, de faire tomber son régime.
Des actions que je juge peu efficaces, car, justement, elles ne menacent pas l’Iran mais tentent timidement de l’étouffer petit à petit en soutenant les opposants…

Quelles sont les erreurs commises par Yasser Arafat et qui ont peut-être handicapé le processus de paix ? 
J’étais un grand partenaire d’Arafat. Il a fait des erreurs comme tout chef d’État, mais elles n’étaient pas fatales. Ses options étaient saines, objectives et constantes.
Par exemple, il a toujours pris une position courageuse en disant que les Palestiniens ne sont pas en guerre contre les juifs mais que les Palestiniens ont un différend avec les Israéliens.
Il était toujours convaincu que les deux entités pouvaient vivre ensemble. Sa politique a été, dans ce sens, claire.


Derrière son regard dévoué, sa voix raffinée et son sourire d’enfant, Amina Slaoui cache une crainte, celle de ne pas être soutenue jusqu’au bout dans son combat de tous les jours : la protection des personnes handicapées. Rencontre.

Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH. Amina Slaoui, vice-présidente de l’AMH.

Lors du dernier Tedx, organisé le week-end dernier à Casablanca, elle a ébloui une assistance venue nombreuse l’écouter parler de la nécessite de casser les frontières, quelle qu’en soit la nature. Sa modestie et son courage sont connus de tous. C’est donc tout naturellement qu’Amina Slaoui arrive à convaincre et à susciter l’intérêt chez son auditoire. En fait, elle revient de loin.
La vice-présidente de l’Association marocaine des handicapés (AMH), Amina Slaoui, a perdu la motricité de ses membres inférieurs quand elle était plus jeune à la suite d’un malheureux accident de bicyclette.

Aujourd’hui sur un fauteuil roulant, elle est animée d’un militantisme passionné. « L’AMH a été créée par des personnes handicapées et des sympathisants en 1992. C’est une association de soutien aux handicapés et en même temps de service et de développement », nous apprend Amina. Comptant près de 25 000 membres, l’AMH soutient les personnes handicapées en mettant à leur disposition des appareillages, notamment les fauteuils roulants, en leur facilitant l’accès aux soins et en les accompagnant pour la recherche d’emploi.

Le difficile accès au soins

Elle leur apporte aussi  une assistance administrative et juridique. De plus, « on construit nous même des centres de rééducation. Le premier centre est déjà opérationnel à Bouskoura et s’appelle Annour. Un deuxième va prochainement ouvrir ses portes à Casablanca », précise Amina.

Interrogé sur le nombre de handicapés au Maroc, Amina dit ne pas trop faire confiance aux chiffres officiels. « On dit qu’il y a environ 1,5 million de handicapés au Maroc, mais je pense que le chiffre le plus exact tournerait autour de 10 % de la population, soit facilement le double des statistiques officielles, comme le confirme l’OMS », révèle-t-elle. Une catégorie qui vit parfois dans le rejet et l’exclusion sociale quasi totale. « Les handicapés n’ont pas tous accès aux soins nécessaires. Pour ce qui est de l’assurance maladie obligatoire AMO, j’avoue qu’il y a aujourd’hui une couverture sociale plus large, mais la plupart de nos adhérents n’ont pas accès à cette dernière, alors que les soins et la rééducation coûtent cher et que ce sont les personnes handicapées issues de milieux défavorisés qui en ont le plus besoin… », s’indigne Amina.

Des lois et des barrages

Autre dada de l’AMH : l’accessibilité des personnes à mobilité réduite aux lieux publics. « L’accessibilité est une bataille pour nous. Ce n’est pas l’état de nos corps qui limite nos actes mais c’est les barrières qui nous excluent. Ces barrières sont érigées par l’environnement, qui fait barrage à notre libre circulation et notre indépendance. Au lieu d’avoir de l’assistance pour monter les escaliers ou aller aux toilettes, l’État se doit de nous y faciliter l’accès », explique Slaoui.

La situation est effectivement embarrassante. Et pour le handicapé, et pour la personne qui l’assiste. « On se sent très frustrés vis-à-vis de ce problème d’accessibilité. Cela fait 20 ans qu’on se bat pour cela, et il existe même une loi qui est censée consacrer des espaces aux personnes à motricité réduite.  Mais elle n’est pas appliquée malheureusement. C’est pourquoi on trouve des trottoirs trop élevés pour nos fauteuils roulants ou des moyens de transport qui s’en fichent des handicapés et de leurs limites de déplacement. Il y a encore un grand chemin à faire ! », enchaîne-t-elle.

La vérité est dure à entendre, mais Amina n’arrête pas de marteler « Les marocains vivent très mal leur handicap. Parce qu’ils ne sont pas insérés, parce qu’ils ne vont pas à l’école, parce qu’ils n’ont pas d’emploi, pas de logement et pas de moyens de transport adaptés. En attendant, c’est la famille qui supporte un handicap chaque jour plus lourd qu’à porter. Ajoutons à cela le regard des autres, tout simplement insupportable. En 20 ans, cela a un peu changé, mais les handicapés ne sont pas toujours traités comme des citoyens à part entière».

Autofinancement oblige

Autant dire que les militants de l’AMH se sentent seuls dans leur combat. Et hormis une aide de l’Union européenne basée sur des projets ponctuels et des  fonds alloués par la Fondation Mohammed-V pour la solidarité, l’AMH n’a d’autre choix que de s’autofinancer. « Le ministère de la Santé n’accorde aucune aide à l’association. Mais nous ne sommes pas dans cette logique de demandeurs d’aide. On veut être indépendant et autonome. Quand on veut organiser des événements ponctuels ou faire des achats de fauteuils ou autres matériels d’assistance, on organise une soirée et on collecte un peu d’argent », explique Amina. Et d’émettre un regret. « Ce que je trouve regrettable, c’est qu’avec toute l’énergie et l’effort que nous fournissons, les résultats ne sont pas à la hauteur. Personne ne prend la relève. Rares sont ceux qui font un geste pour nous aider. C’est cela le handicap pour moi ».

Après un long soupir, elle nous révèle une définition magistrale : « C’est le résultat de l’interaction entre nos limites, d’un côté, et les barrières que dresse la société, de l’autre », conclut-elle. La marche ne s’arrête pas pour autant.


Fondateur d’AB-CB (Amine Bendriouich Culture & Bullshit), Amine Bendriouich, 25 ans, compte déjà un prix, le Créateurope, qu’il a décroché à Berlin en 2009, et, surtout, une vision unique de l’habit. Dans cet entretien, il nous apporte son regard sur la manière dont nous, Marocains, nous habillons. Un moment de pure vérité.

Amine Bendriouich : «<em> Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne .</em>»  Photo FRANK SCHOEPGENSAmine Bendriouich : « Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne .» Photo FRANK SCHOEPGENS

Quel regard portez-vous, en tant que styliste, sur la manière de s’habiller des Marocains ? 
Ça dépend. Je n’aime pas les généralités, mais il me semble que l’on a beaucoup perdu de la classe que l’on avait. Aujourd’hui, on est entré dans une standardisation de l’aspect vestimentaire. C’est comme si nous étions tous invités à une soirée et on nous a demandé de suivre le même dress code. Tous les hommes sont en chemises blanches ou polo et un jean ,et les femmes aussi, même si elles osent un peu plus.
Il reste encore beaucoup d’effort à faire, notamment sur le plan de l’imagination.

Pourquoi y a-t-il encore ceux qui ne savent pas marier les couleurs ou avoir un goût vestimentaire propre à eux ? 
Les gens qui ont un style distingué ne s’affichent justement pas beaucoup au Maroc, à cause du regard de l’autre, de la société qui les juge. Mais la donne change. Petit à petit, on commence à s’assumer et s’accepter comme on est. Certains préfèrent se montrer même si leur aspect vestimentaire est jugé saugrenu.

Sommes-nous des fashion victims ? 
On peut dire que nous le sommes; c’est péjoratif comme notion. Quand certains jeunes veulent briser les limites de leur paraître, ils cherchent à imiter le style des mannequins qui posent pour les magazines, ou bien ils achètent des tenues et accessoires vues dans des soirées ou des séries télévisées.

À votre avis, de qui s’inspire la majorité des Marocains pour s’habiller ?
Malheureusement, nombre de gens s’inspirent des séries pourries et traduites en darija qui passent à la télévision. D’autres s’inspirent de leurs amis qui ont fait le choix d’un style qui les arrange.
En général – et ce qui est déjà un grand pas –, la communauté de la mode que nous avons ici au Maroc s’est inspirée des styles des genres de musiques internationales tels que le rock, le hip hop, le punk, etc. Nous restons, encore une fois, otages de l’ostentatoire et du spectacle. Et nous oublions que notre culture est aussi riche en sources d’inspiration. Si les gnaouas existaient à New York, les gens s’inspireraient d’eux et feraient de ce modèle une fusion mystique et moderne. C’est ce que l’on n’a pas encore exploité.

«On est rentré dans une standardisation vestimentaire. C’est comme si nous étions tous invités à une soirée et que l’on nous ait demandé de suivre le même dress code».

Existe-t-il des coachs pour l’image au Maroc, de façon à aider les gens à améliorer leur manière de se vêtir ? 
Pas vraiment, et c’est tant mieux. Les coachs n’ont rien à nous enseigner sauf, peut-être, une manière de se voir et de se présenter dans la société. Avec toutes les limites de la démarche. J’essaye moi-même de comprendre pourquoi ce style serait meilleur que l’autre. Je peux à la limite donner des conseils, mais le plus important pour moi, c’est que chacun doit s’habiller de la manière dans laquelle il se sent le plus à l’aise.
Le style ou la tendance du moment obsède les gens, et c’est pourquoi il ne faut pas les suivre d’une manière irréfléchie. Être soi-même, c’est chic.

Vos créations s’inspirent de l’univers urbain. Pensez-vous que les Marocains accepteraient des styles nouveaux. Qu’est-ce que cela signifie au juste ?
Notre société est de plus en plus urbaine. À un certain moment, il faut commencer à assumer cela. Je ne peux pas dire mieux que le naturaliste français Georges-Louis Leclerc de Buffon : « Le style est l’Homme même ». Hassan II, lui aussi, comprenait très bien cette phrase.
Il existe des gens qui portent un sac de patates et que l’on trouve extraordinaires. D’autres peuvent porter les costumes et les robes les plus in du moment, et ils vont avoir l’air de rien.
Pour moi, le vêtement est l’accessoire de l’attitude. Et c’est l’attitude qui dit au monde qui nous sommes.


Fondatrice du Centre International du développement et de la formation et la résolution des conflits, Rowaida Mroue est une militante libanaise qui n’a pas froid aux yeux. Les conflits mondiaux, c’est sa vie et son combat. Dans cet entretien, elle nous livre son analyse sur le conflit au Sahara, un problème vieux de 36 ans.

Rowaida Mroue, fondatrice de l’ICTR.Rowaida Mroue, fondatrice de l’ICTR.

Très actifs dans les pays arabes ainsi que dans les régions à conflit interne, l’ICTR veille à développer les capacités des jeunes et des journalistes afin de faire pression, envoyer des pétitions, mettre sous les projecteurs toutes les régions vulnérables. Rowaida Mroue s’intéresse très particulièrement au conflit du Sahara. Pour elle, l’Algérie s’entête comme un enfant qui a peur de perdre ce qu’il n’a pas. Le Maroc est pour elle, par contre, le maître de la situation et le pays qui mérite son Sahara. ITCR ( juin 2010) est le Centre international du développement et de la formation et la résolution des conflits, c’est une ONG dont le siège est au liban à Beyrouth.

Le conflit entre le Maroc et le Polisario est encore au stade des pourparlers informels. Avec la nouvelle donne politique dans la région, pensez-vous que l’Algérie pourrait revoir sa position vis-à-vis du Polisario ?
Dernièrement, le Maroc a insinué dans la majorité de ces pourparlers avec le Polisario qu’il ne veut plus continuer ce type de discussions informelles. Les deux parties ne se réunissent sur aucune vraie base de dialogue, avec la présence d’une Mauritanie qui dégage une neutralité positive. Aucune évolution n’est constatée. L’Algérie n’a rien à perdre. Pour le Maroc la question de l’autonomie est indiscutable. Même chose pour le Polisario concernant le plan d’autodétermination. Les Etats-Unis ont exprimé leur penchant vers la solution marocaine car elle est la plus réalisable mais pour le Polisario, l’arme la plus fatale reste le hors-sujet. L’Algérie ne changera jamais sa position tant qu’il n’y a pas de pression de l’international. Soyons réaliste, plusieurs points sont clairs. Premièrement, tous va se jouer sur les messages que va adresser le CNT au Maroc. Deuxièmement, il faut médiatiser les déclarations des membres du CNT qui parle avec assurance de la marocanité inéluctable du Sahara. Troisièmement, et ce point est encore louche, je me demande comment va être la relation de la Libye avec l’Algérie. Quatrième point, qui parait anodin mais qui est important, c’est le résultat des élections de la Tunisie et sa nouvelle politique vis-à-vis du Maghreb arabe. La Mauritanie, pour son compte, a une neutralité positive, mais suit beaucoup ses propres intérêts.

«Personne dans le monde arabe ne peut soutenir un front séparatiste et laisser tomber un grand pays comme le Maroc»

Depuis toujours, la Libye a soutenu le Polisario. Avec l’installation du CNT, comment voyez vous la relation future entre la Libye et le Polisario, sachant que le CNT a capturé des milices du Polisario pro-Kadhafi ?
Je ne pense pas que le CNT et ceux qui vont le suivre, soient prêts à lier leur destin à celui des fronts séparatistes, car la communauté civile va remarquer que le CNT n’a pas aboli le système déchu du dictateur Kadhafi. Le CNT va faire l’impossible pour enjoliver sa réputation et donc il aura des avis pacifiques.

En nous basant sur le printemps arabe et toutes les idéologies qu’il a véhiculées, ne pensez-vous pas que les nouveaux régimes arabes auront un problème avec la marocanité du Sahara et seront plus pour des mouvements séparatistes ?
Personne dans le monde Arabe ne peut soutenir un front séparatiste et laisser tomber un grand pays comme le Maroc connu pour sa diplomatie étrangère intelligente et son équilibre dans les positions politiques du monde Arabe. L’objectivité du Maroc lui fait gagner la sympathie de l’Europe, des Etats-Unis et des autres puissances mondiales.

L’Algérie, pays hôte des camps de Tindouf, ne devrait pas un jour ou l’autre se débarrasser des milices qui perturbent la sécurité dans la région ?
C’est parce qu’il manipule la force du Polisario et le destin du Sahara en ce qui concerne les camps de Tindouf que l’Algérie n’a pas peur de son destin intérieur. Un système qui est basé sur les services de renseignement militaire sait très bien que s’il finance n’importe quelle région, cette dernière peut lui obéir s’il lui demande de semer le chaos, n’ importe où dans le monde. L’Algérie est protégée par ces fronts séparatistes et ne se sent aucunement gênée par le trafic d’armes et de drogues qui se passe sous ses yeux et l’enlèvement des militants européens. Aucune pression n’est exercée sur l’Algérie, c’est révoltant.

L’Algérie refuse catégoriquement la participation du Maroc aux opérations anti-terroristes dans la région. Pourquoi à votre avis ?
Je pense que ce refus est logique, car l’Algérie ne veut pas que le Maroc démontre sa capacité militaire à gérer de tels troubles. L’Algérie veut se montrer comme étant le pays qui est fort et qui gère le tout dans la région. Si le Maroc rentre dans cette histoire, il n’en sortirait que gagnant et c’est pourquoi l’Algérie essaye d’éviter cette gloire.

« Pour les prérogatives de la Minurso, j’ai la conviction que le fait de compter sur les Nations unies pour trouver des solutions est une perte de temps »

Que pensez-vous des prérogatives de la Minurso, notamment de les étendre vers le volet des droits de l’homme ?
Aujourd’hui, il y a trois points que le Maroc essaye d’étudier en ce qui concerne le conflit du Sahara. Le premier point est celui de l’atteinte aux droits de l’homme dans les camps de Tindouf et la polémique sur les recensements. Le deuxième point est ce que véhicule à l’étranger le Polisario à propos de l’exploitation marocaine des ressources naturelles sahariennes et l’inégalité de la distribution de ces dernières, chose qui est fausse. Car le Maroc donne à la région du Sahara d’autres ressources plus importantes et qui n’existent pas dans la région. Le troisième point reste le plan d’autonomie qui est réalisable et soutenable.
Ceci dit, le Polisario ne changerait jamais sa position qui est le référendum. Cette équation n’a pas de solution à part celle de l’application des droits l’homme. Quelqu’un qui vit au Maroc, qui à un passeport marocain, et qui est en sécurité au Maroc n’a pas la droit de revendiquer un référendum. Maintenant, pour les prérogatives de la Minurso, j’ai la conviction que le fait de compter sur les Nations unies pour trouver des solutions est une perte de temps. En tant que citoyenne de la société civile, le monde arabe tout comme les médias et les bloggueurs doivent se mobiliser pour trouver une solution finale à ce conflit. Des communiqués, des pourparlers et des manifestations pour rien, Basta !◆

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .