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Fiabilité des chiffres des élections législatives, désignation du chef du gouvernement, islamophobie étrangère, opposition du RNI, sort du Mouvement du 20 février… L’avocat et professeur des relations internationales à l’université Mohammed V, Tajjedine Houssaini dresse, pour Le Soir échos une esquisse du Maroc politique de demain.

élections - Résultats
45,4%… C’est le taux de participation aux élections législatives. Comment interprétez-vous ce chiffre ?

Le chiffre est fiable, mais on ne peut en considérer l’importance que si on le compare avec les scores d’avant. En 2007, le taux avait atteint les 37%. Cette année, il a atteint les 45,4%. Faut-il le rappeler, en 2007, il n’y avait pas d’appel au boycott. Malgré cela, nous avons pu, cette fois-ci, cumuler 7 points de plus. Conclusion : l’appel au boycott n’a pas été suivi. Ce qu’il faut savoir maintenant, c’est que le problème ne réside pas dans les chiffres annoncés ou l’appel au boycott mais bien dans l’action des partis politiques. Ces derniers ont très mal joué leur rôle et donc leur crédibilité a été biaisée. Résultat : la montée du PJD, le plus «potable» de tous.

La victoire du PJD est-elle une surprise ?
Cette victoire était prévisible pour trois raisons. La première est que nous sommes dans une logique de « village planétaire » et nous ne pouvons pas être à l’abri de la mouvance du Printemps arabe, voire mondiale. Nous vivons une seconde vague après celle du tout-économique, la vague de la mondialisation politique. Deuxièmement, depuis sa création,  le PJD a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité. Troisièmement, le programme du PJD est assez réaliste et les membres du parti sont des personnes sérieuses et qualifiées. Leurs slogans se sont distingués par des messages luttant contre la pauvreté et la dépravation. Les gens sont sensibles à cela.

Les Marocains ont-ils voté par sanction ?
Peut être. Le peuple marocain est intelligent et il savait que le choix du G8 allait entraîner le pays dans un cercle vicieux… très dangereux. Le Maroc ne veut pas vivre les épisodes qu’a vécu la Libye ou l’Égypte. Il veut expéri menter un nouveau parti, avec une nouvelle idéologie et de nouveaux visages.

« Le PJD cherche une majorité confortable. Donc, toutes les alliances sont bonnes à prendre ».

La Koutla peut-elle refuser l’alliance avec le PJD ?
Je ne pense pas ! Car même avant les élections, l’Istiqlal a toujours eu des contacts avec le PJD. Benkirane a même dit dernièrement qu’il était prêt à tous genres d’alliances, hormis avec le PAM. Le PJD cherche une majorité confortable. Donc, toutes les alliances sont bonnes à prendre.

L’article 47 de la nouvelle Constitution n’est pas assez clair sur la désignation du chef de gouvernement par le roi. Quelle est votre lecture de cet article ?
D’après l’article 47, le roi a l’obligation de choisir quelqu’un du parti vainqueur, le PJD. Maintenant est-ce que le roi va choisir ou non le secrétaire général du PJD… ? Il a le choix de désigner qui il veut comme chef de gouvernement, du PJD, bien évidemment.

Tajjedine Houssaini : «<em> Depuis la création du PJD, il a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité </em>». Tajjedine Houssaini : « Depuis la création du PJD, il a toujours fait en sorte d’être une parfaite opposition. Cette dernière lui a donc accordé une très forte crédibilité ».

La nouvelle Constitution accorde assez de pouvoir au prochain gouvernement. Le PJD pourrait-il faire l’exception et oser dire non au roi ? 
Je ne pense pas que le roi se mettrait dans une telle situation. La nouvelle Constitution parle d’un gouvernement responsable de son activité. Même le roi, dans son discours du 9 mars, avait dit clairement que l’exercice de la responsabilité se fait à travers l’interpellation et la reddition des comptes.

Comment expliquez-vous ce retour au conservatisme, un peu partout dans le monde ?
Dans les moments de crise, chaque société se réfugie dans sa religion ou retourne à son référentiel ancestral. Le retour aux origines et à l’authenticité est une manière de se sentir plus en sécurité et de prendre un départ plus rassurant. Mais, le Maroc n’a jamais été extrémiste. Le PJD, avec son «islam light», avec les Marocains, vont aller vers cette voie là car le futur gouvernement sait très bien que le Maroc entretient des relations très étroites avec des pays étrangers.

Comment voyez-vous les relations internationales avec un Maroc islamiste ? 
Je pense que le PJD sera assez ouvert à la modernité. Même quand on lit ces derniers temps la presse internationale, on remarque des articles assez optimistes.

Le RNI ferait-il une bonne opposition ?
Cela dépendra des moyens qu’il mettra en œuvre, mais il a intérêt à faire pression quand il le faut. L’opposition est appelée à être forte car la nouvelle Constitution l’a institutionnalisée. Elle est appelée aussi à travailler sérieusement et à prouver, en cas d’ingérence, que ceux qui dirigent ne sont pas à leur place.

Quel avenir pour le M20F ?
Je pense que le M20F a fait beaucoup de bien au Maroc. Il ne faut pas le nier. Il était un moyen d’exercer la pression pour arriver aux réformes et changements souhaités. Mais, je pense que sa force va diminuer s’il s’éloigne de ces principes fondamentaux et s’il ne cesse pas de se laisser influencer et d’accepter dans son idéologie les adlistes, le PADS ou encore Annahj. Le M20F doit revenir absolument à ses actions militantes initiales.


Réalisé par Bouraque Tarek ( Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100001221584791 )

Commentaire : Alae Bennani


Les péripéties d’Un film ont tourné au cauchemar. Critiqué fortement puis rapidement retiré des salles de cinéma, ce film aux scènes et au langage osés raconte l’histoire d’un réalisateur en quête de production du film de l’année. Fatym Layachi, comédienne du film, nous explique le mauvais sort qu’a connu ce dernier.

Un film, œuvre controversée pour cause de «<em>scènes osées</em>» et de «<em>mots crus</em>». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.Un film, œuvre controversée pour cause de «scènes osées» et de «mots crus». Ci dessous : la comédienne Fatym Layachi.

Nombreux parmi ceux qui ont vu Un Film disent ne pas avoir saisi le message du film. Quelle histoire raconte-t-il au juste ?
C’est l’histoire d’un jeune réalisateur qui a envie de faire son premier film et ne sait pas comment s’y prendre. Il cherche le sujet idéal, le scénario parfait. C’est une quête d’inspiration et de créativité. Mais, dans cette quête assez délirante, il entraîne deux personnes avec lui, sa femme et son meilleur ami, qui sont tous les deux comédiens, et les embarque dans son imaginaire. Le film est une production à 100 % marocaine et a été fait un peu «à la cow-boy», sans aucun financement, dans une sorte d’urgence et dans des conditions assez rock’nroll. Mais il a été réalisé avec énormément de sincérité de la part de toute l’équipe. Nous avons cru à ce projet, et nous avons tous accepté de le faire sans aucune contrepartie.

Cinématographiquement parlant, comment jugez-vous la qualité du film ? 
Même si nous avons fait ce film à l’arrache, il a été travaillé avec rigueur : un scénario écrit, des plans bien étudiés… Il y avait forcément peu de moyens techniques mais suffisamment de lumière, un son irréprochable et énormément de professionnalisme.

Un film contient des scènes et un langage assez osés. Quelle est le bien-fondé de la démarche ?
Il n’y a pas d’autre philosophie que celle de la sincérité. Le langage est en effet cru mais jamais gratuit. Je défie quiconque de faire de la poésie ou de parler un langage soutenu dans un bar, là où les propos crus sont par ailleurs tenus… Les mots rudes et le langage frontal, quand ils sont là, c’est que la scène ne peut avoir de sens sans eux… Le langage est forcément intime et tiré du quotidien marocain.

«Un film ne peut pas plaire à certains. Mais la polémique est démesurée et ne parle plus de cinéma mais de dépravation des mœurs, d’atteinte à la pudeur»

La polémique autour de ce film vaut-elle la peine ? 
Je trouve cette polémique ahurissante. Si ce film ne plaît pas à certains, c’est un choix et c’est le propre de toute œuvre d’art. Malheureusement, la polémique, que je juge démesurée, ne parle plus de cinéma mais de phénomène de société, de dépravation des mœurs et d’atteinte à la pudeur.
Nous n’avons obligé personne à aller le voir. La critique est acceptable. Mais la censure, est inadmissible. Je ne comprends pas le fait que, sous la pression de certains liberticides, le film soit retiré des salles de cinéma. Il y a énormément de musique et de film qui ne me plaisent pas, mais ces réalisations ont le droit d’exister, tout comme moi, vous et votre journal.

La comédienne Fatym LayachiLa comédienne Fatym Layachi. Photo Yassine TOUMI

Qui est la cible d’Un film ?
Quand on réalise un film, on a envie que cela plaise au plus grand nombre de spectateurs. Après, si on se penche sur la commission qui donne le visa d’exploitation et sa décision d’interdire ce film aux moins des 16 ans, je trouve cela tout à fait normal et légitime. C’est un devoir de mettre en garde les familles et leur dire que ce n’est pas un film pour les enfants.

Comment concevez-vous le flop du film ?
Je ne peux pas parler de flop, car, pour qu’il y ait un échec commercial, il faut que le film ait d’abord une vie commerciale. Un film, qui est retiré quatre jours après sa diffusion en salles, est un cas très grave.
Sous prétexte qu’un film ne plaît pas à certains, on le retire des salles. D’ailleurs, après la sortie du film, pendant la première semaine, la presse culturelle a fait du bon travail, en parlant du film et en le critiquant. Mais, dès que le débat s’est déplacé sur le terrain de l’analyse sociologique, le film a été retiré. Il faut donner à ce film le droit d’exister ! C’est un droit que nous accorde d’ailleurs la nouvelle Constitution…

Un film a-t-il participé ou participera-t-il à des festivals ?
Il a déjà participé au Festival national du festival de Tanger où il a été primé. Il a eu le Prix de la première œuvre, et Fahd Benchemsi a eu le Prix du meilleur second rôle. Ensuite, il a été sélectionné pour le Festival de Cannes dans cadre du programme « Cinémas du monde». Pour le festival de Marrakech, il a été jugé hors délai.


Ce sont des partis locaux comme les autres, avec ou sans programme électoral…. À ceci près que leurs noms et leur discours sont assez rigolos… Aperçu des partis MDR marocains !

Parmi les candidats : le Parti du savon noir, le Parti de l’âne démocratique ou encore le Parti des sauterelles libérales socialistes centristes marocaines.

« Le Parti du sabone el beldi [savon noir] est le symbole de la lutte contre les saletés du pays. Nos orientations politiques sont de gauche-droite, Nord-Sud et horizontale-verticale… Glissez avec le Parti du sabone el beldi (PSB) et ne vous arrêtez jamais de militer ! »… C’est avec ces phrases bizarres et à peine déchiffrables que commence son discours de campagne le docteur Koteha, mascotte du PSB. D’une durée de trois minutes, la réalisation satirique du réalisateur artistique marocain Rachid Jadir ne manque pas d’humour. Des vidéos sur Youtube aux groupes Facebook, les partis, qui tournent à la dérision les programmes politiques en cette période de campagne électorale, fourmillent sur la Toile marocaine. Outre le PSB, le PÂDM, le PUV et le PTK sont les plus appréciés.

Revendications

حزب الصابون البلدي

Le PSB, avec ses 3 105 membres, semble être un simple parti humoristique marocain. Mais une fois que l’on l’analyse, le discours du Dr Koteha met, en réalité, à nu les revendications des manifestants avec un brin d’exagération, empli de sous-entendus. « Concernant les droits de la femme, nous lui donnerons l’occasion de se venger de toutes les années de déperdition et de hogra. Nous lui accorderons un mariage de quatre hommes jusqu’à l’infini, et nous imposerons à ces derniers le voile et des lunettes de soleil. Nous donnerons aussi aux femmes la liberté de se déshabiller et nous veillerons à ce qu’elles soient transparentes et bien formées… », peut-on écouter dans la vidéo du PSB. Pour le slogan, les interprétations sont les bienvenus. « Notre slogan est le suivant : ensemble pour lutter contre alfassas et almoufssissines… » Sûrement une méchante dyslexie du Dr Koteha, qui voulait parler de « dépravation » et de « dépravés». « Une blague sur El Fassi », conclut Rachid Jadir.

Si le PSB est le seul parti humoristique à avoir, à sa façon, vraiment joué le jeu de la campagne électorale, d’autres ont de leur côté un programme, des commentaires ou des idéologies assez insolites. Avec ses 626 membres, le Parti de l’âne démocratique marocain (PÂDM) tient un discours bref, concis mais très populaire. En guise d’insoumission, le parti met les points sur les «i» : « Nous mourrons, oui, mais nous ôterons la selle de nos dos… », peut-on lire dans la présentation de la page Facebook du PÂDM.

Concernant les motifs qui poussent certains à y « militer », ils convergent vers la même chose, et le message est même à connotation phallocratique : « Après une longue réflexion, nous avons décidé de voter pour le parti de l’âne car son programme est clair et très long et ne connaît que la droiture… Votez [pour] l’âne et vous ne serez jamais déçus ! ».

« No, we cant ! »

Le Parti ultra-vide (PUV), quant à lui, n’a « pas de programme, pas de vision, pas de stratégie. Il ne propose rien et ne mettra rien en œuvre pour y parvenir. Quand il n’applique pas à la lettre la politique de la chaise vide, le PUV se réunit à huis clos pour exclure les illuminés qui tenteraient de faire quelque chose », peut-on lire sur la page Facebook de ce parti. Rassemblant autour de lui 136 membres, le slogan du PUV peut paraître très anti-Obama : « No, we cant! » Les partisans de cette formation ce sont amusés à faire leurs propres propositions. Par exemple : « On sera de droite les jours pairs et de gauche les jours impairs », ou encore « Une carte de paresse sera distribuée au plus inactifs… », peut-on lire sur l’un des commentaires. Dans un discours plus « politique », le PUV se prononce : « Position officielle du PUV concernant les élections : on ne sait pas. Aucun de nos militants ne s’est penché sur le sujet. » Et pour couronner le tout, le PUV n’est pas un fanatique du boycott, encore moins du vote : « Certains appellent au vote, d’autres au boycott, le PUV n’appelle à rien du tout ! »

D’autres partis, tels que le Parti de tassa et kartassa (Parti de l’alcool et du plomb) ou encore le Parti des sauterelles libérales socialistes centristes marocaines (PSLSCM), ont une rhétorique nettement plus libertaire. Ils promettent en effet dans leur programme électoral de « rapprocher les dealers de drogues et les citoyens », d’« accorder des réductions pour les fêtards » ou même de « miser sur l’enseignement en prônant les valeurs de la soumission.» ça promet pour le prochain gouvernement (version humoristique).


Organisée autour du thème « Explorer les frontières », la deuxième édition de TEDx Casablanca se voulait un moyen de redéfinir les barrières entre politique et économie, sphère privée et publique et même la vie et (le droit à) la mort. Compte-rendu.

Abdelhadi Tazi, ex conseiller de feu Hassan II et ancien historien du Royaume.  Photo Brahim TAOUGARAbdelhadi Tazi, ex conseiller de feu Hassan II et ancien historien du Royaume. Photo Brahim TAOUGAR

Aux Etats-Unis, l’événement, vieux de 25 ans, est considéré comme un des plus grands rendez-vous d’intellectuels. Le concept a émergé pour la première fois à Monterrey en Californie. Depuis, TED (Technology Entertainment Design), et connaissant un succès chaque fois plus grand, s’est développé dans le monde entier, traitant de  divers sujets, du moment comme d’ordre philosophique. Samedi, Le TEDx Casablanca en était à sa deuxième édition. « La 1ère édition TEDx Casablanca s’est tenue en septembre 2010 et a été la déclinaison du concept américain au Maroc et c’était aussi la première dans le Maghreb et elle avait coïncidé avec celle de TEDx Carthage en Tunisie ».

« La seule frontière qui reste, c’est l’univers que nous n’avons pas totalement exploré et nos convictions qui nous enchaînent ».
Fadhila Brahimi, coach.

C’est avec un amour paternel que Réda El Ourouba, l’un des initiateurs et organisateur du TEDx Casablanca, nous a  parlé, samedi, de cette dernière. Pour lui, le rassemblement est un « spectacle »  d’idées et de partage. « Avec tout le cœur que les huit  membres de notre équipe mettent à l’ouvrage, nous comptons faire de cet événement une rencontre de qualité ». Hormis le TEDx Casablanca, TEDx est passé par Al Akhawayn, Rabat, Agadir. Des cycles TEDx sont aussi en préparation à Kénitra et  à Tanger ainsi qu’au niveau de tout le réseau des écoles ISCAE. Pour Réda, la spécificité du TEDx Casablanca du samedi se résume en deux points «  Il est le cinquième en terme de notoriété dans la région MENA et nous sommes les premiers en termes d’audience au Maghreb », explique-t-il. Si TEDx Casablanca 2010 avait comme thème «Cinq qualités qui font échouer à l’école mais réussir dans la vie», celui de cette année a été plus bref mais plus pertinent : Explorer les frontières. « On entend dire que les marchés surveillent l’évolution politique future de pays comme l’Espagne et on se pose donc la question fatidique: quelles frontières y a-t-il, par exemple, entre l’économie et la politique ? La France, pays laïc, vit des débats houleux sur sur la religion, alors on se demande quelles frontières il y a entre la sphère privée et publique du religieux? Certains personnes veulent s’euthanasier… Y a-t-il une frontière entre  vie et  mort ? Le concept doit être redéfini. C’est cela le but. », nous résume Réda.

                                                                          Reda El Ourouba, l’un des initiateur du TEDx Casablanca

La fin des frontières

Cette phrase, tous les invités TEDx Casablanca l’on répétée samedi, mais c’est Fadhila Brahimi, fille de parents algériens, mais surtout coach et initiatrice du concept de Personnel Branding en France qui a déclenché des applaudissements quand elle l’a annoncé en premier. « La seule frontière qui reste, c’est l’univers que nous n’avons pas totalement exploré et nos convictions qui nous enchaînent », explique Fadhila. Cette dernière se définit en tant qu’exploratrice, car « nous ne devons pas oublier que nous le sommes tous par nature… ». Pour explorer les frontières, Fadhila juge que nous manquons de courage et qu’il faut passer par des étapes : « Se protéger, avoir de l’empathie mais aussi porter de l’intérêt aux autres… », dit-elle. Le message féministe le plus fort, c’est elle qui le transmet. « La femme aujourd’hui a ce don de nous montrer comment nous pouvons vivre ensemble malgré toutes nos différences ! », martèle-t-elle.

De la religion et du handicap

Si TEDx Casablanca est une rencontre d’idées, aucune limite ne devrait être tenue contre les discours théologiques. C’était en tout cas la conviction de deux des intervenants de cet événement, Hamza Aboulfeth, président de la société d’hébergement web, Genious Communication et Abdelhadi Tazi, historien du Royaume et conseiller de Feu Hassan II. « Je ne veux pas sombrer dans le prosélytisme, mais Dieu TED ! , témoigne Hamza avec humour, en parlant des frontières célestes et terrestres. Il t’aide si tu l’implores, mais à côté, il faut travailler dur. » De sa part, l’historien évoque une citation duProphète qui a ému l’audience : « le messager de Dieu a dit : faites attention! Nous sommes, tout un chacun, responsables et maîtres de nos actes… ». Mais, pour Amina Slaoui, présidente de l’Association marocaine des handicapés et Adil Fakir, directeur de la régie publicitaire de la SNRT, la vraie croyance c’est de croire en soi quelle que soit notre perception des choses. « Il faut rejeter le statu quo. Nous avons le pouvoir de dire non ! », constate Adil. Amina Slaoui a de son côté franchi une énorme limite : « J’ai dépassé les frontières de la mort et de la peur après mon accident à vélo », raconte-t-elle.

Samedi, TEDx Casablanca avait consacré beaucoup de surprises aux invités. L’une des plus belles fût, le surpassement d’une frontière virtuelle anonyme : @CitizenKayen , un grand actif de la twittoma qui n’est personne d’autre que… Adel Fakir !


Une liste de sites marocains aurait été piratée par des hackers algériens. L’opération aurait été menée en réponse à une attaque hacktiviste marocaine contre plusieurs sites gouvernementaux algériens.

Hackers
Dimanche (06 novembre 2011) , des hacktivistes marocains auraient piraté des sites gouvernementaux et financiers algériens parmi lesquels figurent ceux  de la Direction générale des impôts, le ministère de l’Énergie et des Mines, la Direction des grandes entreprises, la Wilaya, le site du foncier économique algérien ou encore le Ministère de l’Industrie algérien, d’après le site algérien « Tout sur l’Algérie » (TSA). «174 sites ont été piratés par des hackers algériens», a indiqué mardi un des hackers dans un message adressé au site algérien TSA. Mais, en visitant cette liste exagérée « où les noms des sites sont répétés plus de deux fois », comme le fait remarquer un internaute marocain, seuls une dizaine de sites marocains auraient succombé aux coups de l’attaque cybercriminelle algérienne. Jusqu’à hier, tous les sites marocains de ladite liste étaient opérationnels, hormis innovate.ma et buzznbuzz.net.

Des messages flous, mais haineux

Les hacktivistes algériens, durant ces derniers jours, n’ont pas lésiné sur les messages de haine qu’on pouvait lire mardi sur les sites marocains piratés : « F*** triple Hack », ou encore «En réponse à un groupe de marocains idiots ». Du côté marocain, le verbe a été moins vulgaire mais plus populiste. L’occasion prétexte aurait été la fête de la Marche verte, célébrée dimanche.

Les sites marocains hackés comporttaient des messages insultants.Les sites marocains hackés comporttaient des messages insultants.

Sur un arrière-plan noir, avec la musique de l’hymne national comme fond sonore, les hacktivistes marocains ont laissé le message « Les forces de dissuasion marocaines défendent les intérêts suprêmes du Royaume » sur le site de la Direction générale des impôts algérienne. Signant leur « exploit » par Xdz-Team, ces hacktivistes marocains affichent leur royalisme par d’autres messages comme « Dieu, la Patrie et le Roi » et « Le Sahara est marocain, n’en déplaise aux Algériens ».

Ce qui reste flou dans cette histoire, c’est que d’autres hacktivistes marocains ou algériens auraient piraté des sites de leur propre pays afin d’étaler leur savoir en la matière. « Dans le temps, les guerres se menaient au front et non pas en face d’un écran », commentait un internaute algérien sur le site TSA. Mais, les internautes marocains préfèrent ne pas donner de dimension politique à cet incident, car « il n’est question que d’une faille informatique générale, il ne faut pas exagérer ! », conclut un marocain sur le réseau de microblogging, Twitter.


Les 27 et 28 octobre s’est tenue à Marrakech la Conférence internationale sur « l’Impact des médias sociaux sur les organisations et les entreprises » (SMI’2011). Entretien avec Marouane Harmach, consultant en intelligence économique et réseaux sociaux.

internet

Il y a près de 3 905 080 d’internautes marocains, uniquement sur facebook.

HarmachMarouane Hamrach

Quels types d’outils en matière de réseaux sociaux sont-ils utilisés par les Marocains. Pourquoi s’attachent-ils à certains plus qu’à d’autres ?
Les Marocains utilisent pleins de médias sociaux. Les raisons qui font que les Marocains sont plus actifs sur un réseau social plutôt que sur un autre sont d’ordre sociologique mais aussi linguistique. La star du web reste facebook avec plus de 3,9 millions de comptes ouverts au Maroc. Ce site monopolise la plus grande part de l’espace d’expression et de partage sur le web. Ensuite, nous avons les réseaux sociaux professionnels tels que Viadeo, avec à peu près 200 000 personnes en langue française. Sur le même registre, il faut aussi compter Linkedin, qui reste moins prisé pour ses origines anglo-saxonnes mais bien parti pour rattraper Viadeo. On a aussi d’autres réseaux sociaux et microblogs, comme Twitter. La twittoma marocaine compte entre 18 000 et 40 000 actifs. Notons l’arrivée d’un nouveau venu Google +, qui n’a pas encore trouvé sa place. Mais je pense que ça va venir.
Quid des réseaux marocains?
Il y a évidemment des sites et autres réseaux qui ont du succès. Je pense à Aalam Jadid, par exemple, mais qui se cherche encore car il a un nouveau concurrent, bladibook.
On a vu lors des conférences qu’il y a 5 acteurs d’influence sur les réseaux sociaux. Les créateurs d’idées, les amplificateurs, les curateurs, les commentateurs et les observateurs. Où se positionnent les internautes marocains ? 
Globalement, puisque nous sommes dans une communauté active, on est beaucoup plus des créateurs d’idées, des commentateurs et un peu observateurs. Les internautes marocains n’ont malheureusement pas encore atteint la maturité des autres pays pour remplir les 5 cases du schéma. Mais, grosso modo, ils arrivent à mobiliser les foules et c’est déjà ça…
Les internautes marocains utilisent-ils intelligemment les réseaux sociaux ? 
Cela dépend des gens. Sur facebook, il y en a qui l’utilisent pour écouter de la musique, discuter avec des amis ou s’informer. Il y en a d’autres qui sont à la recherche d’un emploi ou d’un stage. Facebook est à la base un réseau de partage, pas plus. Il y a d’autres réseaux sociaux plus spécialisés en cela. Est-ce que les Marocains utilisent intelligemment les réseaux sociaux? La réponse est oui, mais la majorité ne fait pas attention au temps fou qu’elle perd devant l’écran, l’utilisation des applications non sécurisées et les arnaques dans lesquelles nombre d’internautes tombent. Il faut savoir qu’un réseau social est un espace grandiose de liberté d’expression, et chacun est responsable de ce qu’il y exprime.
Les entreprises marocaines doivent-elles se mettre aux réseaux sociaux. 
Il y a près de 3 905 080 d’internautes marocains, uniquement sur facebook. Donc les entreprises ont forcément leurs clients sur ces réseaux sociaux, et ils doivent les conquérir. C’est une forme de communication intéressante à ne pas ignorer. Chaque entreprise doit avoir son empreinte digitale sur le web afin de comprendre les attentes et desiderata des clients potentiels ou déjà acquis.
Comment les entreprises et les organisations marocaines utilisent les réseaux sociaux?
Hit Radio qui a réussi à créer une relation de sympathie grâce à Internet. Il y a aussi les trois opérateurs téléphoniques qui s’essayent au webmarketing. Après, il y a d’autres entreprises qui communiquent comme la Lydec, la Marocaine des jeux et la Loterie nationale. Pour les partis politiques, l’usage reste une simple formalité, obligatoire et saisonnière…
Quelles sont les limites des réseaux sociaux et les pièges à éviter ?
On doit savoir que tout ce qui est publié sur les réseaux sociaux est la propriété de tout le monde. Il n’y a pas d’intimité. Sachez qu’une fois une photo publiée sur facebook, elle devient sa propriété… On risque de nous retrouver dans des situations embarrassantes comme ce fut le cas de la famille de Yasmina Baddou. Il y a des dangers, et il faut faire très attention. Même chose pour les entreprises qui risquent d’y perdre toute leur réputation. Des chartes d’utilisation sont notamment souhaitables à instaurer.
Faudrait-il établir des barrières légales à l’utilisation d’Internet ?
Oui, car il y a des dérapages qui méritent d’être sanctionnés. Et non, car cela risque de limiter la liberté d’expression. ◆

 

PS: Pensez à simuler vos votes SVP, comme ça, nous avons une idée sur les prochaines élections marocaines du 25 Novembre 2011 . http://bit.ly/shpt4a  Merci .


Considéré comme le parent pauvre du sport, l’escrime souffre d’une quasi-absence de médiatisation. Nous avons fait le déplacement chez des responsables de la Fédération royale marocaine d’escrime. Ces derniers se battent au sabre pour élargir la pratique de ce sport peu connu.

La vingtaine de clubs et d’associations d’escrime du Maroc se situent à Rabat, Essaouira, mais la grande majorité se trouve à Casablanca.La vingtaine de clubs et d’associations d’escrime du Maroc se situent à Rabat, Essaouira, mais la grande majorité se trouve à Casablanca. Photos Yassine TOUMI

«Enfin un journaliste qui nous appelle ! ». C’est en ces termes que Bouchto Zouhair, vice-président de la FRME, nous exprime son soulagement. Il saisit l’occasion pour exprimer son mécontentement vis-à-vis de la presse sportive marocaine, qui ne s’intéresse pas à l’escrime ou si peu. La réputation de ce sport, dont la pratique serait  réservée exclusivement à une catégorie sociale plutôt aisée, serait derrière ce manque d’intérêt. «Ce qui est archifaux», rétorque Mustapha Hattab, un autre vice-président de la FRME.

D’ailleurs, de plus en plus d’enfants s’y intéressent. «On doit comprendre qu’il est accessible à tous. Lors de la dernière inauguration du foyer des jeunes à Ben-Msik, nous avons pu voir des salles d’escrime où jouaient des enfants pas forcement riches», nous rappelle Mustapha. L’escrime, pour l’aimer, il faut le comprendre, et «cette tâche est notre devoir, ainsi que celle des journalistes», clarifie le vice-président.

Dispositif électrique

Étant un sport de combat, l’ultime but de l’escrime est de toucher son adversaire avec la pointe ou le tranchant de l’une des trois armes, à savoir : l’épée, le sabre, le fleuret, sans pour autant être touché. Pour gagner, il faut toucher l’adversaire 15 fois, validées par une lampe qui s’allume à chaque effleurement, ou rester en tête durant les neuf premières minutes du duel. « Chacune des trois armes est utilisée différemment des autres, selon les circonstances du jeu et la catégorie des joueurs », nous apprend Mustapha.

La piste, mesurant 14 mètres de long sur 1,5 à 2 mètres de large, comprend des zones limitant les mouvements des escrimeurs. « Un dispositif électrique assure automatiquement le décompte des points », enchaîne Hattab. Mais le combat est régi et arbitré pour éviter tout accident. « Les escrimeurs portent des protections de la tête aux pieds. Les arbitres donnent, comme au football, un carton jaune pour avertir. Deux jaunes valent un rouge, et un rouge donne à l’adversaire un point de plus. Un carton noir est généralement donné en cas de faute grave. Le joueur est exclu et interdit de participer aux jeux pendant deux mois », poursuit le vice-président de la FRME.

Résultats honorables en championnats

« Le Maroc compte plus d’une vingtaine de clubs et d’associations d’escrime à Rabat, Essaouira, mais la grande majorité se concentre à Casablanca », précise Zouhair.

L’escrime à l’honneur lors de l’inauguration de l’Espace jeunes de Sidi-Othmane.L’escrime à l’honneur lors de l’inauguration de l’Espace jeunes de Sidi-Othmane.

Pour ce qui est de la formation publique à l’escrime, cela se déroulait dans la salle fédérale du Complexe Mohammed-V. Aujourd’hui, dans le cadre de la coopération avec le ministère de la Jeunesse, l’escrime est intégré dans le programme sport-études dans les universités.

Concernant les compétitions et de les champions marocains d’escrime, le Maroc n’est pas si médiocre qu’on le croit. « Comme au football, nous avons des championnats : Coupe du Trône, compétitions nationales et internationales. À titre d’exemple, le dernier championnat national 2010-2011, c’est le club Al-Ouafae Al-Bidaoui qui  l’avait remporté. Aussi, on avait participé au championnat africain en Égypte dernièrement, et nous étions parmi les cinq premiers », avance avec fierté Hattab.

Parmi les escrimeurs marocains les plus connus, on peut citer Marouane Khalil (Al-Ouafae Al-Bidaoui), Rachid Meftouh (champion 2011 de l’Itihad Zerktouni), Xavier Ali qui joue à l’étranger, chez les femmes, il y a Hanane Attif (Club 2100), qui a décroché une médaille d’or récemment. « Heureusement que la FRME est là, car avant sa création, c’était la prévarication. Les neuf membres qu’elle rassemble veillent à la vulgarisation de ce sport ainsi qu’à son financement. Le ministère de la Jeunesse et des Sports s’est engagé en 2010 à nous accorder 800.000 dirhams par an. En 2011, cette somme a été réduite à 680.000 dirhams. On ne comprend pas pourquoi. Pour les sponsors, personne ne veut s’aventurer pour un sport méconnu», se désole Zouhair Bouchto. Autres problèmes, : le matériel est très coûteux, et nous n’avons pas de vrais entraîneurs professionnels. Ces derniers ont besoin d’un salaire d’au moins 2 000 euros pas mois », explique le vice-président.

Si la France compte 50.000 escrimeurs et si la Tunisie et l’Égypte en ont quelque 6 000 chacune, on n’en dénombre que 780 au Maroc. « Je dis ‘‘non’’ à la discrimination sportive. Nous voulons juste être estimés à notre juste valeur », martèle Hattab.◆

 

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Aujourd’hui, le Maroc compte près de 5 000 hippies. Rencontre avec l’un des plus actifs d’entre eux, Khalil, notre Hendrix national.

                                             Khalil EL Bouayadi : «Donner l’amour à travers la musique ». Photo Yassine TOUMI

Des lunettes à la John Lennon, des cheveux légèrement longs et frisés, attachés d’un bandeau indien et une barbe de bouc… Khalil EL Bouayadi, âgé de 40 ans et résidant à Settat, est le dernier hippie marocain. « Rien de si fameux dans mon quartier d’enfance, Smaâla, à Settat. Ah si… Il y avait à l’époque beaucoup d’Américains bizarres et ils étaient…. hippies », se remémore Khalil. Ce dernier a su, dès son plus jeune âge, faire ses choix et se tracer son propre chemin. « Mon père était enseignant, intellectuel d’éducation islamique à l’université El-Qaraouiyine à Fès et me disait souvent qu’il connaissait mieux que moi ces « scarabées » [allusion au mot-valise Beatles – n.d.l.r.] que j’adulais, raconte Khalil. Mais nous n’avions jamais eu de débat sur mes choix musicaux ni mes convictions religieuses. »

Se faisant petit à petit son propre monde hippie, Khalil, se voit « obligé » d’avoir un diplôme « pour que les gens te parlent », se justifie-t-il. Il entame alors une formation et décroche son diplôme en gestion des entreprises. Une fois sur le marché du travail, Khalil se retrouve dans la situation coutumière de l’époque : au chômage. « C’est grâce à mes six années de chômage qu’aujourd’hui je suis artiste », nous confie-t-il. En 4e année de ses études, Khalil nous révèle le détail qui avait déclenché son amour de la paix. « Mon professeur de français m’avait demandé de faire un exposé sur les hippies. Nous réaliserions plus tard que l’on avait un point commun : l’ambition de donner l’amour à travers la musique. »

Le chômage comme énergie créative

Durant ses six années de chômage, Khalil passait la majorité de ses journées à lire des livres sur l’histoire de la musique, offerts par son père. « Un ami m’a dit un jour que nous vivons dans la plus tragique des misères et que cela ne ressemble pas à notre intellect. J’ai donc décidé de prendre mon avenir à deux mains. Je me suis inscrit dans un conservatoire de musique », révèle Khalil.  Pour six heures de solfège de guitare par jour, le Last hippie finissait ses nuits avec la casquette de marchand ambulant afin de payer ses cours… Khalil voyageait beaucoup, mais c’est son voyage à Essaouira qui allait lancer sa carrière de remarquable guitariste beatnik.

«Woodstock au Maroc aura lieu quand on aura de nombreux centres culturels et conservatoires de musique. Ne baissons pas les bras.»

« Je suis parti avec des amis à un restaurant. L’ambiance aurait frôlé la perfection si quelqu’un y avait joué de la musique. Et c’est ainsi que ma proposition fut retenue », précise-t-il. D’un restaurant à l’autre, Khalil commençait à se faire un nom, à devenir un pro de la guitare électrique et créa en 2005 son propre groupe de rock, The Legend Revival. « Le groupe se limite à trois membres.

Moi-même, guitariste, chanteur et compositeur, Yassine Nouari, bassiste et Mohamed Yassine Nabil, le batteur. Nous sommes tous des prosélytes de l’école hendrixienne et du Heavy Metal des années 1970 », explique Yassine. Legend Revival, comme son nom l’indique, fait revivre les légendes du rock. « Je n’oublierais jamais le jour ou nous sommes montés sur scène trois jours d’affilée à L’Boulevard. Nous étions le premier groupe de rock marocain à jouer le thème Woodstock. Hendrix, Johnny Winter, Canned Heat, Black Sabath, Jethro Tull. Tous nous hantaient ces jours-là» , se rappelle Khalil.

L’espoir de la musique

«À Settat, j’ai un petit magasin de disques vinyle que j’entretenais en donnant des cours de musique un peu partout dans les écoles. Un vieil ami m’avait dit que le métier consistant à chanter les légendes ou à les vendre est une chose magnifique, mais cela restait un simple cimetière d’artistes que les gens visitaient de temps en temps. J’ai donc pensé à réaliser mes propres compositions », nous confie Khalil. Mais Khalil ignorait encore l’ampleur et la facilité avec laquelles les choses allaient s’ouvrir devant lui. « Feu M. Rimi, un autre ami à moi, était enseignant d’histoire à l’époque. Il venait souvent chez moi au magasin pour écouter du Santana et lui apprendre à jouer de la guitare à l’insu de ses enfants. Il voulait leur faire une énorme surprise mais il mourut plus tôt et cela m’a marqué », témoigne Khalil. Rimi avait laissé en guise d’héritage un conseil précieux à Khalil : « Créer une association, sinon personne d’autre ne le fera » Et l’association Musique espoir naquit en 2007. « L’objectif principal de ce festival est de lutter contre la délinquance des jeunes », précise Khalil.

Ce dernier lance alors la première édition du Festival musique espoir à Settat en décembre 2008. Elle avait vu la présence de quelque 4000 baba cool qui ont pleuré devant la photo faisant hommage à M. Rimi. La deuxième édition s’est tenue les 9 et 10 juillet 2010 avec un public de 3 000 personnes, « car les autorisations de production nous ont été livrées à la dernière minute, en plus de l’inexistence des sponsors et des aides financières », déplore Last hippie. La troisième édition peine à avoir lieu, car « ces complications me démotivent », nous avoue Khalil.

Mise à part l’association EAC L’boulevart, l’Institut Goethe, l’INDH, la wilaya et quelques vrais amis, personne n’a pensé à aider Last hippie. « Sincèrement, le ministère de la Culture ne fait rien du tout, ne donne rien. Que personne ne vous mente. Il voulait même me voler mon projet de musique espoir, et je me suis battu pour le récupérer », nous affirme Khalil. Ce dernier, tout comme n’importe quel amoureux de la musique, rêve d’un Mawazine 100 % marocain. Notre dernier hippie ne nous quitte pas sans nous dire ces mots sages et pleins de Flower Power : « La classe moyenne au Maroc doit s’élargir. La pauvreté rend les gens extrémistes.

La richesse rend les gens sauvagement capitalistes. Sans une classe moyenne, ne vous attendez à rien en ce qui concerne la culture du pays. Woodstock au Maroc aura lieu quand on aura de nombreux centres culturels et conservatoires de musique. Ne baissons pas les bras. Prônons le « Peace and Love », les gens », conclut-il.◆

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« Les dérives sexuelles sur Internet au Maroc », tel est le thème d’une étude dont les grandes lignes ont été présentées par Imane Kendili, psychiatre, psychologue et addictologue au CHU Ibn-Rochd, lors du 15e Congrès marocain de sexologie, qui s’est tenu les 14, 15,16 octobre à Casablanca.

Tous les jours, un tiers des 12-18 ans se connecteraient à Internet, et presque la moitié le feraient durant une à trois heures.Tous les jours, un tiers des 12-18 ans se connecteraient à Internet, et presque la moitié le feraient durant une à trois heures.

Le Congrès marocain de sexologie aura été moins théorique cette année. La 15e édition s’est penchée sur  les rapports des Marocains à internet. Parmi les sujets traités dans cette étude, qui sera prochainement publiée, on retrouve « Internet et les violences sexuelles au Maroc»,  «La cyberaddiction sexuelle au Maroc» ou encore «Couples, infidélité et Internet au Maroc».

L’étude a été réalisée par les psychiatres membres de l’Association marocaine universitaire de santé sexuelle (Amuss), Imane Kendili, Roquia Benjelloun, Adil Khoubila et Nadia Kadiri, en collaboration avec le laboratoire de Santé mentale, de Cognition et de Psychopathologie et le Centre psychiatrique universitaire Ibn-Rochd. Sur les objectifs de cette étude, les chercheurs avancent que «dans un pays comme le Maroc où les tabous et les non-dits sévissent, Internet représente un espace de liberté empreint d’anonymat où l’individu vit des échanges divers hors du regard sociétal mais réalise aussi des penchants ou fantasmes pouvant conduire  à des mésusages dont découlent  des dérives certaines que nous nous sommes proposés de sillonner».

L’étude signale notamment que le Maroc se situe à la tête des pays africains en termes d’intensité de connectivité avec un taux de pénétration de 41,3 %, laissant derrière l’Italie avec 37 % et l’Espagne à 34 %.

«Le Maroc compte, en janvier 2011, près de 13 millions d’internautes, un chiffre en hausse continue. De plus, le nombre d’internautes est presque dix fois supérieur au nombre d’accès à Internet. Cela s’explique par le fait que les Marocains ne se connectent pas forcément depuis leurs domiciles, mais aussi à partir des cybercafés. En effet, le pays compte un très grand nombre de cybercafés avec un prix qui varie entre trois et six dirhams pour une heure de connexion », selon les auteurs de l’étude.

Autre constat, à l’échelle du monde  arabe, le Maroc, encore une fois, est le pays «qui a le plus de pages Web référencées par Google».

Technicité de la méthode

Le phénomène de cette excessive «cyberexistence» des Marocains et les psychopathologies, que génère un phénomène jamais étudié au Maroc auparavant, constituent l’esprit de cette étude. Toutefois, l’étude fait face à plusieurs critiques quant aux échelles sur lesquelles elle doit se baser. Imane Kendili évoque les Critères de Griffiths (1996), les Critères diagnostiques des dépendances comportementales de Goodman (1990), les Critères de Young, les Critères diagnostiques de l’usage problématique d’Internet de Beard et Wolf (2001) et les Critères diagnostiques d’addiction à Internet chez les élèves de collège Ko et al (2009). En ce qui concerne les personnes interrogées, l’étude a tenté de cibler un échantillon diversifié. Le premier questionnaire a été distribué dans des établissements universitaires publics «sans oublier la crainte qui pouvait émaner de la vague islamiste et les grèves ainsi que les insultes et les réactions agressives verbales ou écrites», remarque la psychanalyste. Le deuxième questionnaire, destiné aux adolescents de 12 à 18 ans, comporte 58 items et explore les domaines suivants : données socio-démographiques, usage général d’Internet, comportement vis-à-vis de la Toile, vie et violence sexuelles sur Internet. Les chercheurs ont pris soin de poser un questionnaire 3-en-1 avec 3 variations interrogeant distinctement les plus de 18 ans, les moins de 18 ans et un autre questionnaire en ligne destiné au grand public. En ce qui concerne le type de question qui ont été posées, l’étude s’est appuyée sur des «interrogations d’ordre général», «Internet et vous», «Votre vie intime», ou encore  des «Questions pour les couples ».

Quant aux paramètres, l’étude intéressée est basée sur le «sentiment de perte de contrôle» vis-à-vis d’Internet chez les Marocains et «l’usage et la durée excessifs passés sur Internet ». L’étude révèle notamment des chiffres emblématiques. « Sur un échantillon de 600 Marocains, 16,5 % ont une durée de connexion de 3 à 8 heures par jour alors que 3,3 % passent plus de 8 heures devant leurs ordinateurs quotidiennement. » Pour ce qui est de la fréquence de la connexion, « 75,6 % des Marocains se connectent le plus souvent le soir dont 64,9 % à des sites de discussion en ligne. Pour ceux qui ne se contrôlent pas du tout, le chiffre atteint 11,4 % », dévoile l’étude.

Les 12-18 ans encore plus accro

Pour les jeunes Marocains âgés entre 12 et 18 ans, Imane Kendili avoue qu’« il n’est pas si facile de poser des questions qui relèvent du tabou à des personnes si jeunes.» Mais, sur des questions plus vagues, les réponses ont été spectaculaires. «32,8  % d’entre eux se connectent tous les jours et 46,6% se connectent à Internet durant une à trois heures quotidiennement Au-delà de 8 heures de connexion par jour, ils sont à peine 7,8% à l’avouer», indique l’étude. Pour ce qui est de la soirée, les 12-18 ans atteignent les 64,7% alors que 57,8% ne peuvent vraiment pas se passer d’Internet. Bref, dans l’ensemble de l’échantillon, la cyberaddiction est aigüe.

Parmi les solutions que propose l’étude, mise à part l’urgence de tirer la sonnette d’alarme, il y a  la nécessité d’établir des campagnes de sensibilisation, de prévention et de sécurisation. Le Centre  d’addiction en ligne (Cali) est aussi là pour aider les «drogués» au Web, via un dispositif payant.

En attendant la publication de cette étude, n’oublions jamais, après tout, l’existence inéluctable de notre cher monde réel…