Kira 13 : du génie à Hay Mohammadi

Publié: octobre 9, 2011 dans "Art", association, Audiovisuelle, Cause humaine, culture, Enseignement, maroc, musique, Nationalisme, portrait, société

Hay Mohammadi à Casablanca n’est pas uniquement un quartier défavorisé. Il est aussi le bercail de plusieurs artistes ayant transformé leurs peines en succès grâce à leurs talents. Pleins feux sur un groupe de prodiges nommé Kira 13.

 

Mohamed Bakhalk, président de l’association Kira 13. Photo Yassine TOUMI

Derrière le commissariat du Derb Moulay Cherif, petit à petit, des handicapés physiques rejoignent  le café-club socioculturel Bachar-El-Khayr de Hay Mohammadi. Ici, on ne parle point de handicap mais de théâtre, de musique et d’art en général. Il y a près d’un an environ, des jeunes ayant divers talents se donnaient rendez-vous à cet endroit pour faire du théâtre. Aujourd’hui, tout a changé.

Le social, partout du social

« À la base, nous étions une troupe de théâtre dont le nom était Kira 13. Pourquoi ce nom ? Hé bien, parce que nous sommes essus de Hay Mohammadi, et tout le monde ici connait l’artiste Kira Mohamed. On a voulu lui rendre hommage, à lui, ainsi qu’à 12 autres artistes du quartier, tels Mohamed Miftah, Omar Sayed, Larbi Batma et Boujmie. Kira était le 13e de ces personnalités et, comme par enchantement, même le commissariat où se trouvait un centre de détention ici portait le numéro 13. La coïncidence est hallucinante ! », nous révèle Mohamed Bakhalk, président de l’association Kira 13.

Se réunissant souvent au café-club Bachar-El-Khayr, ils étaient quatre, avant de devenir aujourd’hui une cinquantaine, répartis dans tout le pays. « L’idée nous est venue le 20 juillet dernier, alors que nous étions en train de parler d’action sociale. Nous nous sommes dit qu’il fallait non seulement être présent sur la scène artistique, afin de faire renaître les artistes que nous avons perdus, mais aussi laisser une empreinte de nous-mêmes à Hay Mohammadi », nous explique Mohamed. D’un groupe de jeunes dispersés, Kira 13 est aujourd’hui une association artistique, culturelle, sociale et surtout volontariste, aux réalisations diverses.
« Nous avons joué dans plusieurs soirées pour la RTM, ainsi qu’à la radio Casa FM », précise Mohamed. Jusqu’à présent, Kira 13 a à son actif cinq pièces de théâtre. La première, Mazal Denia Bikhir, a été réalisée à Ouarzazate pour la colonie de vacances de la société marocaine de dragage, Drapor, et traitait de la loyauté et de la fidélité. La deuxième, Tajine Maghribi, fait une critique de la situation actuelle du pays. La troisième, jouée dans plusieurs écoles, a été réalisée pour le ministère du Tourisme, qui a voulu évoquer la question de la déperdition scolaire. « La quatrième, s’appelle Chkoun Baghi Yekhdem, où nous évoquons ces entreprises qui exploitent les stagiaires sans les payer. Enfin, Fi Dakika. Cette dernière transmet un message simple mais universel : ce n’est pas grave de perdre une minute pour une vie, mais c’est grave de perdre une vie pour une minute», nous explique Mohamed Bakhalk. Mais l’ambition ne s’arrête pas là, Kira 13 compte également se faire un nom sur la Toile : « Nous comptons créer une Web radio pour Kira 13. L’émission sociale aura pour nom Smaa Aala Wednik Barnamaj Jdid», poursuit Mohamed.

Mis à part le théâtre, Kira 13  a crée un groupe de musique composé de trois jeunes, dont deux sont malvoyants, Driss, Nizar et Zakaria, les Blind-boyz & G. « Ces derniers sont très cultivés et sont plus clairvoyants que bien d’autres. C’est leur génie qui est aveuglant. En dehors de la musique, nous faisons de la  randonnée, des formations au recyclage, des activités éducatives, du jardinage volontaire dans les écoles publiques et à prix symbolique dans les écoles privées », détaille le président de Kira 13.

Sponsors réticents

Malheureusement, Kira 13 n’a pas de sponsor. À l’exception de Drapor, personne ne s’est intéressé à eux. « Les sponsors ont-ils un problème avec Hay Mohammadi ? », s’indigne Mohamed. « Nous n’avons pas de siège, ni de bureaux. Le clientélisme est légion. Je connais de nombreuses associations qui ne font rien et qui ont des locaux et des aides mensuelles. Nous comptons, d’ailleurs, envoyer une demande à l’INDH. J’espère qu’ils voudront bien nous aider », confie Bakhalk, inquiet.
Kira 13 est une association très ambitieuse mais qui cherche de l’aide financière et morale. « Nous avons aussi l’ambition de réaliser pour la première fois au Maroc des mangas marocains en bandes dessinées puis – pourquoi pas ?– l’adapter à la télévision. Les sujets relèveront plutôt du social… », espère Mohamed.◆

Microbiographie

Bakhalk Mohamed aime à (ra)conter une courte biographie de l’humoriste Mohamed Kira. « Quand j’étais enfant, il était l’ami de mon père. Il était l’ami de tout le monde en fait, grâce à ses blagues spontanées. Il travaillait dans la menuiserie, et son sens de l’humour était connu de tous. Il a vécu modestement et mourut modestement. Nous voulons faire de lui un personnage éternel. Il a lancé plus d’une cinquantaine de blagues, que nous envisageons de réécrire sur des maillots, avec sa photo et notre logo. Un maillot 100 % marocain ! »

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