Aicha,conductrice de taxi : Une leçon de féminisme.

Publié: octobre 3, 2011 dans Cause humaine, maroc, Nationalisme, portrait, société, transport

Polie et pleine d’humour, Aïcha Laghchim, 57 ans, est la première conductrice de taxi au Maroc. Portrait d’une juste face aux injustices de la route…

Aïcha Laghchim, un chauffeur de taxi de caractère. Photo Yassine TOUMI

«Rendez-vous dans un quart d’heure, m’sieur, devant Casa-Port »…. D’une voie rauque, Aïcha dit accepter volontiers de nous rencontrer. Une fois à la gare, elle est là, portant un voile rose et des lunettes noires, la couleur est vite annoncée, le caractère aussi. Aïcha nous reconnaît et vient vers nous avec beaucoup de fierté. Nous montons dans sa Dacia un peu délabrée, et le jeu des questions-réponses semble la passionner avant même d’avoir commencé. « Je n’ai pas fait beaucoup d’études, mais j’ai bien sûr mon baccalauréat. Mon enfance ainsi que ma vie actuelle n’ont rien de fameux, à part peut-être le fait que je suis divorcée, mère d’un enfant de 24 ans qui travaille lui aussi, mais dans la restauration. Nous nous battons, je l’avoue », nous confie Aïcha.

Un métier mi-hérité

Pour elle, le métier de chauffeur de taxi est une sorte d’héritage obligatoire : tous les membres de sa famille sont censés reprendre les affaires des pères. Son père, ex-chauffeur de taxi, longeait déjà les rues de Casablanca. « Mon père avait son propre agrément, mais ce n’est pas moi qui en ai hérité. C’est sa femme, je ne sais pourquoi. C’est la raison pour laquelle je me retrouve en train de travailler pour les propriétaires d’agréments, car je n’en ai pas, tout simplement. »

«Des femmes préfèrent monter dans un taxi conduit par une femme. Un quota de chauffeurs de taxi de sexe féminin serait souhaitable».

Avant d’honorer ce métier, Aïcha occupait des emplois « nuls » : « J’avais des petits boulots, dans le textile par exemple. Je peux dire que, sans un bagage scolaire, je ne pouvais pas rêver d’un poste important… », nous avoue-t-elle. Pour notre taxiwoman, la notion d’égalité est de mise. La célèbre formule « La femme est un homme comme les autres » s’applique magistralement à elle. « Il n’y a pas de mal à ce que la femme veuille travailler à bord d’un taxi, d’un bus ou même d’un camion d’éboueurs. Aujourd’hui, la femme, elle aussi, doit savoir s’affirmer, se battre dans la jungle des routes de Casablanca pour  nourrir sa famille », affirme-t-elle. Interrogée sur la réaction des gens, Aïcha laisse échapper un ricanement… «Au début, je me faisais écraser, mais il faut savoir froncer les sourcils et affirmer sa personnalité. Avec ces gens-là, il faut avoir le regard grave et le geste brut. »

Outre les soucis relationnels, notre conductrice évoque le problème des embouteillages, qui l’ont obligé à changer sa façon de travailler et à faire des sacrifices : « Auparavant, je roulais en centre-ville, et j’arrivais à accumuler en fin de journée assez d’argent. C’est fini, avec les bouchons, cela fait 2 ans que je ne bouge plus de Casa-Port. Je ne supporte plus le  »racolage ». J’attends mes clients ici. »

« Le nouveau Code de la route n’existe pas »

La taxiwoman, timide au fond, ose quelques remarques sur le Code de la route. «  Un nouveau Code de la route ? Parfait ! Mais a- t- il été mis en œuvre ? En tout cas, je n’ai remarqué aucun changement ! Les gens brûlent toujours les feux, plein d’accidents au quotidien, pas de radars, pas assez de signalisation. Quand un policier m’arrête, on dévie rapidement de la dispute vers des blagues machistes, et il me laisse partir après avoir bien rigolé… Globalement, les chauffeurs de taxi sont jaloux, mais je m’y habitue». Quant à la nouvelle Constitution, Aïcha la qualifie de « parfaite », mais « si elle est pas appliquée à la lettre, les gens resteront lésés». Aïcha est la première femme du Maroc, en 1999, à travailler comme taxiwoman, mais elle n’est plus la seule. Elle a actuellement près d’une douzaine de consœurs. Parmi elles, huit slaloment discrètement dans les rues et les avenues de Casablanca. L’expression n’est pas forcément heureuse, mais « certaines femmes préfèrent monter dans un taxi conduit par une femme. Un quota de chauffeurs de taxi de sexe féminin serait souhaitable », conclut Aïcha.◆

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commentaires
  1. Je trouve la parité très bien, braco à Aïcha !
    Il ne reste plus qu’à sécuriser un peu les routes de Casablanca… Bon courage et bonne route !

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