30% d’analphabétisme au Maroc : Mon c** !

Publié: septembre 13, 2011 dans Blia, Cause humaine, Kdoub, maroc, Nationalisme, Politique, société

Le Maroc a célébré jeudi la Journée internationale de l’alphabétisation. Une occasion pour l’AMDH de faire une mise au point sur les avancées ainsi que les imperfections de l’enseignement au Maroc. Ahmed El Hayej, membre de l’AMDH et chargé du comité socioéconomique et culturel de l’association, a accordé au Soir échos une interview à ce propos.

Quel est la situation actuelle de l’alphabétisation dans l’enseignement marocain ?
L’analphabétisme a très peu régressé au Maroc malgré les efforts de l’État. La lutte ne se limite pas aux mises à jour des programmes scolaires mais doit respecter le droit universel à la scolarité.

Pensez-vous que l’existence d’un système parallèle de missions éducatives étrangères et d’écoles privées favorise l’équité en terme d’accès à un enseignement de qualité ?
Parallèlement aux écoles publiques qui se détériorent malgré le plan d’urgence qui lui a été consacré, le privé a au moins le mérite de respecter les normes universelles du droit à l’enseignement, bien qu’il est payant. Mais il ne faut pas se leurrer, le privé, tout comme les missions connaissent une politique de sélectivité et de népotisme. Là où ils dépassent de loin le public, c’est dans l’enseignement pré-scolaire. Ce dernier n’a malheureusement pas lieu au Maroc. Dans tout le reste des niveaux, le public connaît des effectifs démesurés dans une salle de cours restreinte. C’est désolant.

Les programmes scolaires sont-ils adaptés à l’évolution du savoir scolaire ?
Nos programmes scolaires ont connu une légère évolution mais leur établissement se font à la hâte. Il n’existe pas de consultant, pas de spécialistes et pas de propositions de la part du corps enseignant pour apporter les améliorations nécessaires. Malheureusement, nos programmes scolaires souffrent d’un ensemble de valeurs contradictoires inculquées sur le tas à des élèves qui n’ont pas encore d’acquis suffisants pour les assimiler toutes. Le seul objectif que se partagent l’enseignant et l’élève n’est plus de maîtriser le programme mais de le finir.

Le budget alloué à l’enseignement est-il suffisant pour compenser les lacunes du secteur ?
Le financement de l’enseignement a  augmenté cette année mais sa gestion n’est pas du tout transparente. Il y a encore des institutions de l’enseignement qui ne sont pas encore claires dans leurs dépenses. De plus, plusieurs rénovations dans le secteur sont ou inutiles ou mal-étudiées et troublent l’ambiance de l’école. C’est ce qui pousse  les étudiants à l’indifférence, l’absentéisme…

Le départ volontaire a particulièrement porté sur les enseignants. Quelles sont les causes de cette « fuite » du corps enseignant ?
Je trouve que c’est un acte irréfléchi. Nous avons besoin de ces enseignants et le ministère oublie souvent que ce ne sont pas uniquement les ressources matérielles qui doivent être mises à jour mais aussi les ressources humaines. Cela me désole personnellement de voir un enseignant se charger d’une salle de cours sur-chargée et qui se voit obligé d’enseigner cinq à six matières par semaine. Ce n’est pas du tout didactique !

Que pensez-vous des cours du soir ? L’État peut- il les contrôler ?
L’État ne peut pas contrôler les cours de soutien. De plus, le financement de ce genre de cours parascolaires n’est pas prévu dans les charges du ministère de l’Enseignement. Très souvent, les cours de soutien sont une perte de temps pour l’étudiant et une perte d’argent pour les parents.

Les derniers chiffres parlent d’un taux d’analphabétisme de 30%. A votre avis, ces chiffres sont-ils fiables ?
30% n’est pas un chiffre fiable tout simplement parce que les institutions qui sont arrivées à ces chiffres là n’ont pas fait d’appel à d’autres observateurs et analystes spécialistes en la matière. Il faut confronter les chiffres à d’autres réalités. Il faut se poser aussi cette question fatidique : est -ce que ceux qui ont des diplômes sont vraiment lettrés …

Que reproche l’AMDH au ministère de l’Enseignement ?
L’improvisation, l’amateurisme et pas de confrontation avec les expériences réussies. Le ministère de l’enseignement souffre de manque de vision. Sa politique est très court-termiste et ce qui importe au ministère c’est la quantité et non pas la qualité. Avec les objectifs du millénaire, le ministère doit atteindre les 100% d’alphabétisation à tout prix…

Dans tout cela, quel est l’avenir de l’enseignement de l’amazigh à votre avis ?
La nouvelle constitution parle de l’Amazigh en tant que langue officielle mais aucun communiqué du ministère n’évoque des projets concrets de son application dans les programmes scolaires. C’est dire!◆

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