Ramadan et criminalité au #Maroc .

Publié: août 19, 2011 dans Blia, Cause humaine, maroc, société

Censé être un mois de piété, ramadan est aussi la période où la criminalité bat des records. Vols à l’arraché, agressions, meurtres en tout genre…Les Marocains doivent-ils s’inquiéter ? Eclairage.

       Les agressions et autres vols se sont banalisés dans les grandes villes. Au point que rares sont ceux et celles qui osent porter plainte. Photo Yassine TOUMI

C’est de notoriété publique: le ramadan, c’est aussi le mois de toutes les violences, physiques, verbales, morales (notamment contre les non-jeûneurs). Mais depuis quelques années, le mois sacré est également devenu celui de toutes les agressions et la période où la criminalité bat des records. Il n’y qu’à lire la presse pour se rendre compte qu’il ne se passe pas un jour sans que des actes crapuleux, des vols d’une rare violence ou des accrochages avec de lourds dégâts ne soient enregistrés. Les plus spectaculaires restent, par exemple, le crime du lundi matin à Tanger et où l’atrocité avait atteint son trop-plein. Un homme avait assassiné à coup de hache sa sœur et ses deux neveux âgés de 7 mois et de 2 ans…Motif : un mariage non acté de la victime avec le père de ses enfants assassinés.

Autre exemple, celui de cette jeune fille de Marrakech qui non seulement ne s’est pas arrêtée au feu rouge, mais n’a pas hésité à foncer sur un policier qui avait tenté de l’arrêter. Sans oublier le désormais célèbre vol des 11 kilos d’or, en plein jour, armes à feu et blessés par balle en prime. Et sans parler des actes d’agressions, de vols à l’arraché ou moyennant menaces au sabre qui sont devenus monnaie courante dans les grandes (et même petites) villes. Tout est de savoir comment est-ce qu’un mois censé être de piété et de recueillement devient une haute saison de la criminalité ? Pour le criminologue Ibrahimi Hamdaoui, «la criminalité est une question d’habitude. Que ce soit pendant ramadan ou durant le reste de l’année, une personne malfaisante continue ses forfaits. Sauf que pendant le mois de l’abstinence, le manque de cigarette, de drogue ou de boissons alcoolisées la rendrai plus nerveuse, plus susceptible et, forcément, plus agressive…».

Insécurité

Alerté par la hausse de la criminalité, le directeur général de la Sûreté nationale, Charki Draiss a récemment entamé une tournée dans toutes les villes du royaume pour assister à des réunions avec les responsables sécuritaires et évaluer l’action des services de police quant à la préservation de l’ordre public et de lutte contre toutes les formes de criminalité. Une initiative qui en dit long sur le risque grandissant sur le registre de la criminalité, même si les autorités se veulent rassurantes. Les chiffres de 2010, rendus publics par le ministère de l’Intérieur, parlent ainsi d’une faible hausse en 1,6 % de la criminalité, contre 3,46 % en 2009 et 8,61% en 2008. Mais quand on sait qu’il y a à peine 40 000 agents de police en fonction pour 30 millions d’habitants, et dans un contexte où la criminalité est en hausse, il y a de quoi s’alarmer.

Le tout se double d’une situation sociale chaque jour plus précaire pour de nombreux jeunes (chômage, échec scolaire ou professionnel, rupture familiale ou conjugale…). Pour le criminologue Mohamed Al Azhar, ramadan n’est pas la seule cause. «  Ce qui est arrivé cette année, c’est que l’été a coïncidé avec le mois du jeûne. En général, la criminalité augmente pendant l’été», nous explique-t-il. De plus, ramadan connaît des horaires où certaines ruelles sont quasiment vides et malheur à celui qui ose s’y promener. C’est aussi le mois où les citoyens, distraits la journée par le manque de sommeil et la faim, sont des proies faciles. «Pendant Ramadan, ce qui encourage les délinquants, c’est la baisse de la vigilance sécuritaire. Le vol de voitures ou l’agression deviennent un jeu d’enfant»,  nous affirme Al Azhar.

Mais au-delà des aspects sécuritaires (voir encadré), la hausse de la criminalité interroge aussi le modèle de société vers lequel tend le Maroc d’aujourd’hui et le peu d’éducation que reçoivent nos jeunes. «La société dérape dans un capitalisme dégueulasse. Et il n’y a pas assez de centres culturels ou sportifs pour les jeunes…encore moins de perspectives d’avenir. C’est pour cela qu’ils sont de plus en plus nombreux à sombrer dans la consommation de psychotropes et finissent par se croire supérieurs à n’importe qui», nous confie la même source.◆

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