Archives de août, 2011


Les alcootests et autres éthylomètres entrent en vigueur à la fin du ramadan. Seront-ils de l’efficacité attendue ? Arriveront-ils à limiter l’hécatombe que connaissent nos routes ? Le point.

C’est désormais officiel. Les alcootests, soit ces outils de mesure du taux d’alcoolémie dans le sang des conducteurs, font leur entrée sur nos routes à partir du 1er septembre. Une des mesures phares, et non moins contestées, du nouveau code de la route voit ainsi le jour. La décision a été entérinée lors de la réunion, mercredi à Rabat, du comité permanent de sécurité routière. Objectif du ministère de l’Equipement et du transport : réduire le nombre d’accidents, et ils sont nombreux, dus à la conduite en état d’ébriété. Un chiffre pour le dire : 15% des accidents enregistrés sur nos routes ont pour cause cette scandaleuse habitude qu’ont nombre de nos compatriotes à prendre le volant après des soirées bien arrosées et en sortant d’un club ou un pub où l’alcool coule à flot.

Contacté par Le Soir échos, Mohammed Meghraoui, directeur des Transports routiers et de la sécurité routière nous explique que son département a procédé à l’acquisition de deux type d’appareils. Il y aura donc l’alcootest pour détecter la présence d’alcool dans le sang, mais aussi l’éthylomètre, pour calculer le taux d’alcool. D’aucuns s’attendaient, histoire de calmer nos islamistes, à une tolérance zéro en la matière. Il n’en sera rien, ou presque, vu qu’un seuil de tolérance de l’ordre de 0, 20 mg par litre de sang a été adopté. Le ministère avait déjà acquis quelque 30 unités de mesure en 2010. Il est prévu d’en acquérir une centaine à la fin de cette année pour arriver à 450 unités à l’horizon 2013 et qui « seront distribuées équitablement aux services de police et de gendarmerie », nous précise Meghraoui.

Les alcootests, seront-ils de l’efficacité requise sur des routes où la corruption est omniprésente ? Le directeur des transports routiers et de la sécurité routière au ministère se veut rassurant. Il avance pour cela l’argument de la « double transparence » de ce moyen de contrôle. « L’éthylomètre est doté d’un logiciel intégré qui fait que le taux d’alcool évalué ne peut être modifié. Ce même éthylomètre est envoyé en pièce jointe du procès verbal aux autorités compétentes », nous explique-t-il. Ces outils de contrôle posent également la question de l’hygiène. Mohammed Meghraoui précise à ce titre que chaque appareil est doté d’un embout, celui-là même dans lequel souffle la personne testée et qui est jetable.

Au-delà des considérations techniques, l’introduction des alcootests posent également un problème d’ordre politique. C’est que selon la loi marocaine, un musulman n’a pas le droit d’acheter de l’alcool, et encore moins d’en consommer. Meghraoui fait la part des choses : « Nous savons tous que le code pénal punit ce genre d’infractions. Que ce soit la consommation d’alcool, sa vente ou encore la conduite en état d’ébriété. Le propre de toute loi est de dissuader, ou alors réprimer. Nous, ce qui nous intéresse, c’est de prévenir autant que faire se peut ».

Une séparation des attributions qui est pourtant loin d’être partagée, notamment par les islamistes qui y voient une autorisation de facto de la consommation d’alcool. Cela a d’ailleurs été un des principaux motifs du retard pris dans l’application de cette disposition.
Le débat prend une autre ampleur sur les réseaux sociaux. Créé par l’internaute Bouraque Tarek le 8 août 2011, le groupe « Alcootest/Maroc» fourmille d’avis divergents. Autant dire que la société, à chaque fois qu’il s’agit de religion, n’arrive pas à trancher.◆a

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Le Maroc aurait sans doute été le deuxième pays arabe après Djibouti à abolir la peine de mort si la bonne nouvelle n’avait pas été démentie par le ministre de la Communication. La question de la peine capitale n’en est pas moins, aujourd’hui, à l’ordre du jour.

[La mobilisation anti-peine de mort doit continuer.]

La décision était au programme du Conseil de gouvernement de jeudi dernier. Il s’agissait de ratifier le deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international des droits civils et politiques, qui suppose, de droit comme de facto, le consentement du Maroc à abolir la peine de mort. C’est du moins ce dont tous les militants des droits de l’homme se félicitaient à l’annonce du menu précité. Ils étaient bien naïfs. Contacté par Le Soir échos, Khalid Naciri dément catégoriquement ce qui n’aura été qu’un espoir. «La question de la peine capitale est très importante, mais nous n’allons pas la discuter aujourd’hui. Il s’agit, à ce jour-là, de discuter du protocole premier concernant les communications individuelles», a-t-il déclaré au Soir échos.

Une nouvelle fois, un autre faux espoir pour les ONG telles que l’AMDH ou l’OMDH. La présidente de cette dernière, Amina Bouayach, ne nous avait pas caché sa joie, croyant que la peine capitale allait enfin être discutée. Pour cette militante des droits de l’homme, «la peine capitale doit indéniablement être abolie (…). D’ailleurs, l’article 20 de la nouvelle Constitution parle du droit à la vie et le protocole doit être soumis à cela».

Rappelons que depuis le 5 septembre 1993, la peine capitale n’a plus été appliquée au Maroc. La dernière personne à avoir encouru cette peine était le commissaire Tabit pour «atteinte à la pudeur, défloration, viol avec violence, rapt et séquestration d’une femme mariée, actes de barbarie et incitation à la débauche» ; il avait été fusillé, pour ces actes barbares, sous le règne de Hassan II.

Actuellement, d’après les chiffres officiels, une centaine de personnes au Maroc seraient condamnées à mort, dont deux femmes. La sentence n’a pas encore été exécutée. Et c’est là un autre drame, celui de devoir vivre dans l’angoisse et la peur dans les couloirs d’une mort que rien ne justifie, sauf un vague référentiel islamique.◆


Mois où la religiosité atteint son paroxysme le jour, ramadan est aussi la saison où tout est permis le soir, sauf l’alcool. Un petit tour sur la corniche de Casablanca nous en dit long sur des pratiques que la morale religieuse réprouve, mais que la société tolère.

Photo Yassine TOUMI

 

Il est 3 h45. Après une première moitié plutôt agitée, la ville retrouve son calme. Karim est le seul de sa famille à rester éveillé jusqu’à cette heure. Jeune étudiant en dernière année dans une école d’ingénieurs, cela fait plus de 4 heures qu’il est devant son ordinateur. Drague en-ligne, échanges tout sauf «moralement» correctes et discussions en tout genre ponctuent ses veillées «ramadanesques» jusqu’à tôt le matin. Plus précisément, jusqu’à l’appel à la prière. Un appel par ailleurs de la fin des «futilités» puisque dès le premier « Allah Akbar », c’est la volte-face. «Dès que j’entends al adane (l’appel à la prière) du sobh, je quitte illico mon ordinateur et je me précipite vers le lavabo pour faire mes ablutions et aller à la mosquée, j’aime me faufiler dans la mosquée alors qu’il fait encore noir un peu, j’ai l’impression de renaître », nous confie Karim, métamorphosé. Le jeune homme passe sa journée dans l’ombre fraîche de sa chambre, entre jeux vidéo et discussions (sérieuses) en ligne, quand il n’est pas à la mosquée du quartier, destination saisonnière préférée de bien des Marocains pendant le mois sacré. Mais à la nuit tombée, les plans café-chicha, les sorties avec les filles, les joints de haschich et bien d’autres pratiques prennent le relais. Qu’est ce qui explique une telle dualité ? Pour le sociologue Abderahim Atri, le phénomène est tout à fait normal : « Le ramadan est connu pour être le mois des paradoxes. Nous avons d’un côté ce besoin collectif, communautaire de se rapprocher de sa foi et de Dieu. Le Marocain a besoin d’appartenir à une entité. De l’autre, nous avons aussi ce besoin de se défouler, de profiter de sa soirée après une journée d’abstinence. Et nombre de Marocains essayent de répondre à ces deux besoins, souvent contradictoires, à la fois ». Danse du ventre Et pour garder un semblant de cohérence, on se rabat sur les cafés chicha au lieu de se jeter sur des bouteilles de bière, les bars se «halalisent». Mais cet « effort » se limite aux seuls alcools. Danse du ventre, musiques aussi bruyantes qu’aux paroles obscènes (et c’est rien de le dire), prostitution. Le tout dans des ambiances, comme celle de la corniche d’Aïn-Diab à Casablanca qui devient dominée par d’énormes nuages de fumée de joints.

«Je viens de terminer le forfait obligatoire en terme de Tarawih, maintenant je suis libre, tout est permis, faisons la fête», s’enthousiasme Karim, le soir même de ce jour où il courait presque à la mosquée pour ne rien manquer au recueillement et grande sérénité de la prière du sobh. «La société marocaine est au carrefour de plusieurs contextes et de différentes cultures. Difficile alors d’avoir des convictions ou des positions tranchées et souvent, on veut la chose et son contraire», nous dit le sociologue. D’un côté purement religieux, Abdelbari Zemzemi fait la part des choses sans pour autant se scandaliser.«Certains ne prennent pas la religion au sérieux. Ils la pratiquent comme bon leur semble. Que ce soit après le ftour ou la fin du ramadan, ils reprennent leurs vices de plus belle. Mais ça ne me choque pas. Cela arrive partout. Même à Médine, les gens sortent de la prière des Tarawihs pour s’adonner à l’adultère par exemple », remarque-t-il. Pour cet imam, le problème est celui de l’éducation que nous recevons et des valeurs contradictoires que nous inculquons à nos enfants. Vaste chantier.◆


Censé être un mois de piété, ramadan est aussi la période où la criminalité bat des records. Vols à l’arraché, agressions, meurtres en tout genre…Les Marocains doivent-ils s’inquiéter ? Eclairage.

       Les agressions et autres vols se sont banalisés dans les grandes villes. Au point que rares sont ceux et celles qui osent porter plainte. Photo Yassine TOUMI

C’est de notoriété publique: le ramadan, c’est aussi le mois de toutes les violences, physiques, verbales, morales (notamment contre les non-jeûneurs). Mais depuis quelques années, le mois sacré est également devenu celui de toutes les agressions et la période où la criminalité bat des records. Il n’y qu’à lire la presse pour se rendre compte qu’il ne se passe pas un jour sans que des actes crapuleux, des vols d’une rare violence ou des accrochages avec de lourds dégâts ne soient enregistrés. Les plus spectaculaires restent, par exemple, le crime du lundi matin à Tanger et où l’atrocité avait atteint son trop-plein. Un homme avait assassiné à coup de hache sa sœur et ses deux neveux âgés de 7 mois et de 2 ans…Motif : un mariage non acté de la victime avec le père de ses enfants assassinés.

Autre exemple, celui de cette jeune fille de Marrakech qui non seulement ne s’est pas arrêtée au feu rouge, mais n’a pas hésité à foncer sur un policier qui avait tenté de l’arrêter. Sans oublier le désormais célèbre vol des 11 kilos d’or, en plein jour, armes à feu et blessés par balle en prime. Et sans parler des actes d’agressions, de vols à l’arraché ou moyennant menaces au sabre qui sont devenus monnaie courante dans les grandes (et même petites) villes. Tout est de savoir comment est-ce qu’un mois censé être de piété et de recueillement devient une haute saison de la criminalité ? Pour le criminologue Ibrahimi Hamdaoui, «la criminalité est une question d’habitude. Que ce soit pendant ramadan ou durant le reste de l’année, une personne malfaisante continue ses forfaits. Sauf que pendant le mois de l’abstinence, le manque de cigarette, de drogue ou de boissons alcoolisées la rendrai plus nerveuse, plus susceptible et, forcément, plus agressive…».

Insécurité

Alerté par la hausse de la criminalité, le directeur général de la Sûreté nationale, Charki Draiss a récemment entamé une tournée dans toutes les villes du royaume pour assister à des réunions avec les responsables sécuritaires et évaluer l’action des services de police quant à la préservation de l’ordre public et de lutte contre toutes les formes de criminalité. Une initiative qui en dit long sur le risque grandissant sur le registre de la criminalité, même si les autorités se veulent rassurantes. Les chiffres de 2010, rendus publics par le ministère de l’Intérieur, parlent ainsi d’une faible hausse en 1,6 % de la criminalité, contre 3,46 % en 2009 et 8,61% en 2008. Mais quand on sait qu’il y a à peine 40 000 agents de police en fonction pour 30 millions d’habitants, et dans un contexte où la criminalité est en hausse, il y a de quoi s’alarmer.

Le tout se double d’une situation sociale chaque jour plus précaire pour de nombreux jeunes (chômage, échec scolaire ou professionnel, rupture familiale ou conjugale…). Pour le criminologue Mohamed Al Azhar, ramadan n’est pas la seule cause. «  Ce qui est arrivé cette année, c’est que l’été a coïncidé avec le mois du jeûne. En général, la criminalité augmente pendant l’été», nous explique-t-il. De plus, ramadan connaît des horaires où certaines ruelles sont quasiment vides et malheur à celui qui ose s’y promener. C’est aussi le mois où les citoyens, distraits la journée par le manque de sommeil et la faim, sont des proies faciles. «Pendant Ramadan, ce qui encourage les délinquants, c’est la baisse de la vigilance sécuritaire. Le vol de voitures ou l’agression deviennent un jeu d’enfant»,  nous affirme Al Azhar.

Mais au-delà des aspects sécuritaires (voir encadré), la hausse de la criminalité interroge aussi le modèle de société vers lequel tend le Maroc d’aujourd’hui et le peu d’éducation que reçoivent nos jeunes. «La société dérape dans un capitalisme dégueulasse. Et il n’y a pas assez de centres culturels ou sportifs pour les jeunes…encore moins de perspectives d’avenir. C’est pour cela qu’ils sont de plus en plus nombreux à sombrer dans la consommation de psychotropes et finissent par se croire supérieurs à n’importe qui», nous confie la même source.◆


Tandis que 2M apprivoise de jour en jour de nouveaux spectateurs et décroche petit à petit des taux d’audience considérables (52,1% en prime time contre 8,9% pour Al Oula), les chaînes de la SNRT, elles, font fuir les Marocains et ne cessent de sombrer dans le hors-sujet. Bilan.

La SNRT est au plus mal et les chiffres sont là pour le prouver. La première semaine du ramadan, c’est à peine si Al Oula a réussi à décrocher 9% de taux d’audience (contre 52,1 pour 2M en prime time). Contacté par Le Soir échos afin de nous donner des détails sur ce qui arrive à sa société, Fayssal Laaraïchi préfère rester coi. Toutefois, d’autres hauts responsables de l’audiovisuel national acceptent de nous révéler les causes de la chute libre de la SNRT.

Malgré tous les moyens qui y sont injectés, Dar Labrihi continue de s’adresser à un public qui n’existe plus. Photo AICPRESS

Il y a d’abord la qualité de l’information que nous sert la Première. «Les informations d’Al Oula durent plus de 30 minutes, 25 minutes rien que pour les activités royales et gouvernementales. Je veux bien connaître les avancées et les projets que connaît le pays, mais 25 minutes, c’est exagéré !», nous avoue un bloggeur marocain. D’où vient ce style de traitement de l’information ? D’après une source très proche du dossier, les dysfonctionnements sont légion. Le journal télévisé semble rester otage d’une trinité sacré : les activités royales, les activités gouvernementales et des sujets régions édulcorés, portant, par exemple, sur l’huile d’argan dans le sud du pays.

Salim Bencheikh. Photo Yassine TOUMI

Un décalage qui s’élargit : mêmes émissions politiques. «Pendant la campagne référendaire, Al Oula a eu un certain souffle de changement. Tous les partis politiques, islamistes, extrémistes, se sont exprimés ; les sacralités ont été débattues, au même titre que l’institution monarchique. Malheureusement, cela n’a duré que 15 jours. Question de donner une bonne impression à la nouvelle Constitution, pas plus. Aujourd’hui, la SNRT s’adresse à un public qui n’existe plus !», affirme cette source.

Même quand il s’agit d’éduquer et de divertir, la SNRT manque à l’appel. Alors que 2M cartonne avec des séries comme Hdidane ou Dima Jirane, Dar Labrihi ne se distingue cette année par pratiquement aucun programme ramadanesque. Il faut dire que les problèmes se situent ailleurs ; notamment au plan organisationnel. La HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle) avait rendu en 2006 un avis au chef de l’Etat afin de restructurer le pôle public en entier. Pour que ce pôle public se modernise, il était nécessaire de passer par 3 phases : d’abord, la nomination d’un PDG commun entre la SOREAD et LA SNRT, chose qui a été faite. Néanmoins, les deux autres étapes n’ont pas été réalisées.

La SNRT est financée à hauteur de 90% par des subventions étatiques, en plus des ressources publicitaires qui avoisinent 250 millions de DH par an.

« Il fallait créer une direction commun entre la SOREAD et la SNRT en plus d’un Holding où nous aurions eu des filiales par activités et métiers», nous confie la source précitée. Par exemple, il aurait fallu créer une société de production et une régie de publicité communes.

Fayçal Laraïchi. Photo AICPRESS

Cette complémentarité n’a jamais existé. 2M et Al Oula sont deux mondes différents en constante concurrence. « Nous sommes en 2011, je ne vois pas pourquoi pendant le ramadan, par exemple, ils diffusent des émissions à thématiques identiques ?! », s’indigne la même source.

Autre dysfonctionnement, celui du financement. La SNRT est financée à hauteur de 90% par des subventions étatiques, en plus des ressources publicitaires qui avoisinent 250 millions de DH par an.«Pour 2M, nous confirme la source proche du dossier, l’Etat donnait 150 million de dirhams de subventions par an. Cette somme a diminué d’année en année jusqu’à arriver à 60 millions de DH. Motif : 2M a assez de ressources publicitaires et n’a plus besoin d’aide étatique». Néanmoins, l’Etat se réconcilie petit à petit avec 2M.

En effet, en 2010, elle a signé un contrat-programme avec l’Etat d’un montant avoisinant les 250 millions de DH par an. Autant dire qu’une réorganisation globale du pôle public s’impose en toute urgence. Une réorganisation où chaque composante doit avoir son propre cahier des charges et son propre contrat-programme. «La mentalité du peuple marocain a beaucoup changé. Celle de la SNRT doit faire de même», conclut la même source.◆


Au delà des nécessaires structures de prise en charge, l’addiction met pendant le mois de ramadan la société marocaine devant plusieurs de ses contradictions. Le rapport à l’alcool en est bien un. Le point.

Pendant chaque ramadan, les paradoxes comportementaux chez la majorité des Marocains atteignent leur pic et dernièrement, cette boutade a atteint son paroxysme : l’alcootest s’installe au Maroc, soit dans un pays où les musulmans seraient censés ne pas consommer d’alcool. Le contexte est pour le moins intriguant pour certains. L’annonce a été faite pendant le mois de l’abstinence. Mais toute intrigue mise de côté, le taux d’addiction à l’alcool parmi la population a de quoi alarmer. Il serait de 2,5%. Un chiffre à nuancer, l’alcoolisme étant toujours un sujet tabou.

Les personnes touchées par l’addiction sont plutôt des hommes. Le ramadan fait certes office de frein à leur dépendance, « mais nombre parmi les personnes dépendantes passe d’une manière obsédante tout le mois du ramadan à préparer sa sortie pour reprendre leurs activités éthyliques de plus belle… », nous révèle Soundous Sediki, responsable d’addictologie au Centre Ibno Rochd de Casablanca. Durant tout le mois de ramadan, les Marocains arrêtent de consommer les boissons alcoolisées mais s’adonnent à un substitut plus accessible et plus toléré : le cannabis. Pourquoi donc une telle dépendance ? Pour l’addictologue, les causes sont multiples et vont des troubles psychologiques à la vulnérabilité génétique et familiale.

«Je ne pense pas que la conviction religieuse seule puisse pousser l’individu à ne plus consommer d’alcool. La religion ne peut être le seul remède».
Ibrahim Hamdaoui, sociologue

Plus de consommateurs

Comment ces personnes sont-elles prises en charge ? « On commence par une consultation ambulatoire, un travail de motivation et une thérapie comportementale », nous explique Sediki. En cas d’échec «nous effectuons une cure de désintoxication. Au bout de 2 mois, le patient n’est plus accro à l’alcool mais il faut toujours le suivre de loin », nous précise-t-elle.Dans ce même centre, une association des alcooliques anonymes est opérationnelle depuis des années. De plus, un futur projet d’hôpital d’addictologie verra bientôt le jour à l’ancienne médina. Le ministère de la santé affecte de plus en plus de médecins spécialistes en la matière.

3 QUESTIONS À …

Ibrahim Hamdaoui, Sociologue.

Exception faite du mois de ramadan, les chiffres sur la consommation d’alcool au Maroc sont de plus en plus alarmants. Que faut-il en conclure à votre avis ?
Les Marocains se retrouvent face à des institutions sociales faussées et, souvent, déprimantes poussant plusieurs à noyer leur désarroi dans l’alcool. Les Marocains sont aussi de plus en plus exposés aux tentations, sous prétexte de vouloir faire la fête. De plus, ceux qui consomment l’alcool sont censés être punis par la loi, chose qui n’arrive que très rarement. D’autres problèmes peuvent être cités tels que les troubles émotionnels, l’échec, les ruptures et les déphasages entre générations.

Comment expliquez-vous que des personnes dépendantes puissent s’abstenir un mois durant ?
Le ramadan considéré comme mois sacré, les ventes sont interdites et les consommateurs s’en abstiennent par obligation. Je ne pense pas que la conviction religieuse seule puisse pousser l’individu à ne plus consommer d’alcool. La religion ne peut être le seul remède.

Qu’est-ce qui justifie cette hypocrisie extraordinaire et le passage du tout-permis au tout-interdit pendant le ramadan ?
C’est une question d’identité qui est, je vous l’accorde, assez schizophrène. La notion d’identité a été définie par les inter actionnistes américains à partir de deux théories complémentaires : la théorie de l’identité et la théorie de l’identité sociale. Ces théories affirment que l’identité assumée par l’individu est le résultat d’un processus dynamique d’identification de soi qui fait référence à une structure sociale préétablie. L’individu possède une multitude d’identités potentiellement actualisées et qui peuvent être activées dans une situation de communication sociale bien déterminée.

Mais une chose est sûre, les Marocains consomment de plus en plus d’alcool. Il faut compter 3,65 litres par habitant et par an. Constat : la consommation a baissé à cause de l’augmentation de la taxe par l’Etat, le marquage fiscal et l’été, saison de grande consommation, qui coïncide ces dernières années avec l’arrivée du mois de ramadan. Cette baisse laisse Leila Amrani , psychologue bénévole, et vice-présidente de Nassim, une association de prévention et de lutte contre les addictions, affirmer que la religion est un facteur protecteur. En effet, le ramadan est une occasion aux buveurs de laisser reposer leur foie et d’actualiser leur foi.◆

 


A chaque ramadan, ce sont les mêmes questions qui reviennent : nos chaines de télévision répondent-elles vraiment aux attentes des Marocains ? Qu’est-ce que nos chaînes ont apporté de nouveau cette année ? Ou sommes-nous condamnés à subir les mêmes formules? Décryptage.

Depuis quelques années, plusieurs téléspectateurs marocains zappent nerveusement vers d’autres chaînes. D’autres jurent même n’avoir plus allumé leur téléviseur depuis des lustres. La cause de ce comportement : une grille de programmes télévisés totalement décalée par rapport aux attentes du public. Un réalisateur de la télévision nationale marocaine ayant requis l’anonymat va jusqu’à crier au complot : « les médias tendent à nous abrutir. Il faut absolument faire quelque chose». Mais au vu des taux d’audience, qui battent ce ramadan tous les records, ces propos sont à nuancer. Y a-t-il vraiment un décalage ou est-ce la majorité de la société marocaine qui aspire à ce type de contenu ?

La réponse est unanime : le public est exagérément disparate. Zouhair Zrioui, directeur d’antenne et des programmes de 2M ajoute qu’«il n’y a jamais eu d’étude sérieuse autorisant quelqu’un à affirmer que la grille des programmes de nos chaînes nationales est mauvaise ou bonne». Pour preuve, il nous parle de l’un des récents succès de la chaîne : «Je vous donne l’exemple de Sabahiyat 2M. Nous avons tourné les pilotes devant un panel composé de différentes souches sociales et qui a décidé de la validation du produit télévisé. L’émission connaît aujourd’hui un grand succès ! ». Lobbying anti-réformiste Mais, diffuser une émission qui ne vise qu’une seule cible est un jeu d’enfants. La difficulté réside dans le fait de satisfaire toute une famille. Pour Aissa Wahbi, directeur de programmation d’Al Amazighia, « le public cherche des produits télévisés marocains à 100 %. Regardez par exemple la série Hdidane. Cette dernière a enregistré un taux d’audience de 49,9 % à partir du 3e jour du Ramadan parce qu’il n’y a pas de voitures qui se projettent en l’air et des armes sophistiquées». «Il n’y a jamais eu d’étude sérieuse autorisant quelqu’un à affirmer que la grille des programmes de nos chaînes nationales est mauvaise ou bonne».

Pour Wahbi, ex-scénariste, le secret d’un bon produit télévisé est le suivant : le texte, le réalisateur et l’acteur. Une trinité rarement conciliée. D’autres responsables de l’audiovisuel, en plus de l’urgence de faire une étude sur les desiderata du public, parlent de l’existence de lobbies qui n’ont pas intérêt à ce que les choses changent : les sociétés de production. Pour lui, « si le paysage refuse de changer, c’est qu’il y a bien des poches de résistance » Voilà qui est dit! Mais d’aucuns dans le landerneau audiovisuel s’en offusqueront.◆

Zine fi talatine.Lefhaymia.Gallik hada wahed.Chacha show.

E-résistance

De nombreux internautes ne ratent pas l’occasion de critiquer via des groupes Facebook ou leurs blogs tout ce qu’ils jugent inadapté à leurs attentes. Elle s’appelle Fedwa, médecin, journaliste, poète et par-dessus tout, elle est la créatrice du groupe Facebook : «Pour plus d’émissions culturelles sur nos télés et radios nationales » qui a vu le jour le 20 mai 2011. D’autres groupes ont été créés pour cette même fin ou du moins pour dénoncer le contenu audiovisuel actuel. On peut citer ce groupe qui invite les Marocains à signer une « pétition contre la grille des programmes spécial ramadan de 2M et RTM» ainsi que le groupe demandant le «jugement virtuel du P-DG de la SNRT pour mauvaise gestion des chaînes de télévision» , ou encore un groupe récemment créé le 6 août 2011 , «fchoha mamfarjinch» (La honte nous ne regarderons pas) . Pour le blogueur Mounir Bensalah, il faut rester optimiste : « Je pense que certaines chaînes ont pris le soin de se rapprocher de leur cible. A mon avis, il faut insister sur le fait que la télévision est un service public, qui devrait élever le niveau intellectuel de notre société.» Rappelons que Mounir Bensalah est l’un des premiers blogueurs marocains à avoir tenté d’ouvrir le débat en août 2009, en envoyant une lettre de doléances sans réponse au ministre de la Communication lui demandant de l’exonérer du paiement de la taxe pour la promotion du paysage audiovisuel qui est de 7,10 DH par mois…On revient de loin, quand même !