« La magie d’une ville » Par Sara Rami

Publié: juin 9, 2010 dans société

Coïncidence ou pur hasard , c’est au cœur de l’un des quartiers les plus dangereux de la ville de Mohammedia que se trouve une niche de vendeurs d’herbes ou autres matières premières pour mixtures magiques. De diverses préparations pour des besoins de rituels « dits » innocents ou pour de la magie noire appelé « lkhyouba ».C’est la aussi que s’installe presque naturellement les fqihs, les voyantes et les pratiquants de sorcellerie de tout genre.

Peut être que ce sujet est un tabou mais pas dans le quartier douchmane.En réalité, c’est l’intersection de deux blocs très populaires la béta et Castor. Ici le pacte est tel que chaque personne étrangère est détectée , suspectée et systématiquement apeurée .On arrive tout de même à se fondre dans la masse si l’on sait dévier les difficultés.
Douchmane alors abrite plusieurs pratiques « ici rien ne surprend , il n’y a qu’ ‘à voir ce qui se vend au dessus de nos tetes »affirme un habitant.Effectivement,aux

devantures des boutiques sont suspendues des cadavres de gros lézards des renards et des organes de hyène , menacés faut il le rappeler de disparition dans le pays.

Il y’ a des marchands moins prolixes que d’autres certes mais tous sont d ‘accord pour dire que la magie existe et qu’il n y’a aucun mal à vouloir la contrer. On parle de bouwa, de peau de serpent de hadja, de crânes d’oiseaux, de peaux de singes , d’ossements , un jargon qu’il faut à première vue maitrisé pour gagner la confiance du vendeur. Celui-ci ayant peur de représailles de parts et d’autres se montrent très méfiant même si il pratique son commerce au vu et au su de tout le monde. «Mon mari a quitté le travail 15 jours parce qu’ ‘il a osé un jour vendre à une femme des substances nuisibles pour faire du mal à autrui » affirme une vieille vendeuse. C’est dire la grande et très importante distinction faite par tous les adeptes de la magie entre celle nommé « lmhabba » ( Koboul,ldoune,tfousikha…), et « lkyouba » qualifié de diabolique. Tous se rassurent comme pour se consoler en déclarant qu’il ne font que vendre .

Assurément , la sorcellerie a besoin de beaucoup plus que des substances dans une boutique. C’est un autre périple que de vouloir passer à l’acte. C’est à quelques mètres de la, au quartier Jamila que se trouve l’une des 6 « magiciennes » repérées dans le coin. Elle vit dans une chambre .Ses deux enfants sont expédiés dehors soit pour chercher les matières dont leur mères a besoin , soit lors de la venue d’un client. Le père, lui , est alcoolique. La dame dont il est question n’ a aucun mal à exposer sa vie conjugal devant ses clients , c’est même comme cela qu’elle nous décoince » certifie une jeune casablancaise venant la convoiter.Fetouma est unie à ses clients par le même souci, celui du secret absolu. « Je garde toujours le secret et je n’ accorde pas d’importance à l’argent » dit- elle. Une façon admise chez plus d’un pour fidéliser les moins hardis.

Une fois rassurée, la personne se laisse aller à l’évocation de ses désirs sans aucunes limites.Fetouma commence par tracer la vie de sa jeune cliente ne dépassant pas les vingtaines sur les cartes tout en se remémorant le bon vieux temps ou le gros de la demande était d’hommes connus à Mohammedia! La police ne frappait jamais à ma porte dit- elle confiante. N’avait-elle pas conscience que le législateur ne sait toujours pas trop comment ni dans quelle case classer ces affaires de sorcelleries?! De plus, mises à part les dénonciations possibles, la majorité des pratiquants du secteur n’ont jamais eu de démêlés avec la police.

La grâce du bouche-à l’oreille a fait son travail. La vieille voyante est connu dans la ville et ne cesse d’être citée pour ses qualités et ses propos « dits » sincères. Au beau milieu de la discussion , et alors que la cliente s’occupe de préparer le déjeuner de sa sorcière,Fetouma l’alerte très sérieusement sur le danger que représente la consultation d’un homme dans ce domaine, celui-ci pouvant profiter de sa cliente . »Ma sœur en a été victime dit-elle, elle voulait que son mari l ‘aime plus, c’est maintenant elle qui aime plus pas son mari mais ce fqih! »

Ce même fqih, qui interrogé sur les vertus de la cervelle de hyène, affirme qu’elle donnerait des capacités de séduction. «Efficace pour faire chavirer de désir de belles dames et pour se faire obéir au doigt et à l’œil ! » présume-t-il. Sa concurrente ne manque pas de dénoncer certaines propriétés redoutables des organes d’hyène, telles que l’esclavage psychologique d’une personne qui aurait été soumise une préparation. L’expression typiquement marocaine « il a mangé de la cervelle d’hyène » signifie donc qu’un individu n’a plus de volonté, qu’il est incapable de la moindre initiative personnelle. Ce hyène est traqué même dans les zoos, la subtilisation de la dernière hyène de zoo de Ain Sebaa il y’a dix ans témoigne de l’engouement que connait cet occultisme.

En tout cas, la magie noire ou la magie douce reste même pour les plus avertis de la ville de Mohammedia, un terrain inconnu, mystérieux et loin de concret. «Je le sais mais je trouve chez Fetouma le mal à mes maux, je n’arrêterai pas… »assure l’une des promises à la magie.

Sara Rami

Advertisements
commentaires
  1. latrace dit :

    Estimez-vous heureux que le prix de la cervelle d’hyène, n’est pas donné à tout le monde…sinon on aura assisté au Maroc des hommes hyènetisés:p

  2. oth67 dit :

    C’est donc ici qu’il y a de la magie noire !
    Latrace m’a montré le chemin !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s